[ITW] ROVER : « La scène me nourrit »

23/07/13 par  |  publié dans : Artistes, Musique | Tags : ,

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Auteur d’un album éponyme mélancolique très réussi, Rover (de son vrai nom Timothée Régnier) se fait doucement mais sûrement une place dans la palette des artistes à suivre. Charmant et cultivé, le géant au cœur tendre nous parle de sa musique et d’échappées belles passées ou à venir. Rencontre.

Fils d’expatrié, tu as un parcours assez atypique, tu as beaucoup voyagé depuis tout jeune. Comment en es-tu venu à la musique ?

Rover : En quelques mots, mon père voyageait beaucoup et nous a emmené dans différents pays. J’avais 7 ans lorsqu’on s’est installé à New York : j’ai alors commencé à jouer de la guitare de façon complètement autodidacte avec mes deux grands frères. Après cette enfance en Amérique et quelques années en France, je suis parti m’installer au Liban, où j’ai vécu 3 ans et où j’ai monté avec mon frère un groupe de punk rock franco-libanais, The New Government. C’est la deuxième grande parenthèse qui a eu une influence indéniable sur ma musique.

Et comment est né le projet Rover ?

R: Juste après l’expérience libanaise, je me suis fait expulsé pour une histoire de visa et j’ai dû quitter le territoire en trois jours. Je me suis retrouvé en Europe et j’ai vécu quelques semaines à Berlin. Puis il a fallu réinventer un projet, se réinventer, car ma vie était là-bas, au Liban… Initier ce projet solo, c’était l’occasion d’apprendre à se connaître délicatement et personnellement.

Multi-instrumentiste, tu as tout fait sur cet album (interprétation, composition, écriture…). Comment s’est passé la réalisation d’un tel travail ?

R: En fait, je suis plus à l’aise en solitaire. Pour cet album, je me suis donc isolé dans une maison en Bretagne qui appartient à mes parents. J’ai passé tout un hiver à écrire des chansons et à les maquetter, dans un home studio avec de vieux instruments qu’on avait récupéré de différents voyages. Me retrouver seul dans l’intimité de cette vieille maison et de ma musique qui naissait petit à petit fut une expérience assez foudroyante mais très chouette à vivre.

On peut penser à plein d’influences : il y a des envolées à la Bowie (Queen of the fools, Full of grace), certains titres font penser à Lou Reed. En même temps on ressent l’influence pop des années 90 (Dépêche Mode etc…) et même du style crooner (Carry On). Pourtant cet album est très personnel, voire habité. Alors qu’est-ce qui t’inspire au quotidien ? Comment naît un morceau ?

R : Ça dépend des titres, mais c’est souvent l’expérience personnelle, oui, qui va faire naître un morceau et va me pousser à exprimer ce ressenti en musique. Après, l’émotion exprimée dans la chanson peut prendre différents aspects : soit on le dit dans des mots du quotidiens, très proches de ce qui nous est arrivé, soit on le transpose dans une époque différente. L’émotion peut être la même au début du siècle dernier que dans le futur. En cela, il y a quelque chose de très irréel, de magique dans la musique : on peut s’inventer des mondes, transposer les émotions dans des époques variées. Du coup, au moment de la composition, je me sens très libre, même si évidemment tout part d’un ressenti personnel issu de la « vraie vie ».

« J’ai une passion pour le sentiment nostalgique »

L’album parle d’amour parfois douloureux, mais aussi d’espoir (Lou). Il est mélancolique mais serein, chaleureux. Une mélancolie qui n’est pas triste, mais dans laquelle on se sent bien. Il y a aussi ce côté écorché vif, qu’on ressent dans le son, parfois rugueux. Ce sentiment reflète-t-il bien l’état d’esprit du disque et peut-être ton caractère?

R: Complètement. J’ai une passion pour le sentiment nostalgique. Ces moments de peine qui ne sont pas noirs et qui paradoxalement peuvent m’apporter une lueur. C’est très personnel, mais je suis plus à l’aise dans les moments difficiles d’incompréhension que nous offre la vie que dans les instants de bonheur, qui sont malgré tout éphémères. On est face à soi-même, à une réalité : c’est quelque chose qui m’anime beaucoup et qui permet de m’exprimer plus facilement. On doit faire preuve de plus de courage, la créativité est peut-être aussi plus présente, plus sincère dans ces moments en apparence noirs…

Les textes sont riches, à la fois incroyablement doux et très direct. Qu’est-ce qui prime pour toi dans un titre : le son, la mélodie, l’écriture, le ressenti global ?

R: Il n’y aucune priorité. Je ne privilégie pas forcément le texte ou la mélodie, c’est un équilibre qui se trouve tout seul. Un jeu de balances entre les différents éléments. C’est vrai que j’ai tendance à écrire la mélodie en premier, sur laquelle va venir se poser ensuite un texte, mais rien n’est figé. Ce qui importe est l’ensemble créé, le ressenti. Il n’y a pas vraiment d’intellectualisation. Je n’essaie pas de séduire à tout prix. Je veux avant tout être honnête, en priorité avec moi-même.

Est-ce que le solitaire que tu sembles être aime la scène ?

R : Oui beaucoup. Même si au final, on est assez seul sur scène. Bizarrement, même si on est entouré de musiciens et face à un public, qu’on partage quelque chose et qu’il y a un échange, on est comme assis sur une île, on reste le seul maître à bord de ce que l’on interprète.
Mais la solitude ne veut pas dire être coupé de tout être humain, c’est plutôt un état d’esprit. Une façon d’être en soi, même au milieu d’une foule. La scène me nourrit et je m’y sens très bien.

Peux-tu nous raconter un de tes souvenirs scéniques les plus marquants ?

R : Il y en a beaucoup, mais je garde un souvenir très émouvant de la première fois où j’ai joué devant une grande grande foule. C’était aux Francofolies de La Rochelle, où j’ai joué quelques morceaux devant 15 000 personnes. Un premier pas dans le grand bain qui fut très intense ! Pour un musicien, avoir devant soi 30 000 oreilles qui vous écoutent, c’est fou. En plus, le public a été très chaleureux et m’a vraiment encouragé : c’est un souvenir vraiment chouette.

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Avec qui rêverais-tu de faire un bœuf le temps d’une soirée ?

R: Je réunirais Bach, Lennon, Elvis et Dylan !

Ton agenda des prochains mois est bien chargé ?

R: Plutôt oui. On a une tournée qui continue jusqu’en novembre, avec beaucoup de festivals cet été (Les Francos, Les Voix du Gaou…). On va avoir l’occasion de s’exprimer devant un public mélomane donc on est très contents, ça va être super. Sinon, je planche en ce moment sur l’écriture d’une bande originale de film qui est pratiquement finie et dont je suis assez fier. Il s’agit de Tonnerre le premier long-métrage de Guillaume Braque, un réalisateur très talentueux, qui va certainement se révéler en début d’année prochaine.
Et puis, j’ai un peu 12 000 projets en tête, dont un qui me tient particulièrement à cœur mais dont je ne peux pas encore trop parler…. Suspens…

Rover-Rover-300x300En savoir plus :
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* http://www.envrak.fr/musique/rover-ou-lalbum-de-lerrance-romantique/

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