La positive attitude de Stromae

22/05/10 par  |  publié dans : Artistes, Musique | Tags :

Après le single Alors on danse, succès internet, radio et clubbing, la page d’accueil de Deezer nous proposait en début de semaine deux nouveaux titres de Stromae, au côté du détonnant Sea of Cowards de The Dead Weather. Loin du rock garage du supergroupe de décoiffés aux lunettes noires, le métisse belge aux oreilles décollées s’illustre dans la « new chanson » : du new beat à paroles qui flirte avec le hip hop et l’électro. Le mois prochain sortira son premier album, Cheeze comme un sourire jaune, dont il faisait la promo le mois précédent.
Après avoir patienté dans le hall d’Universal, bercée par une série de clips commerciaux, j’investis la salle Mercury où Stromae donne ses interviews du jour. La pièce est vaste, encombrée d’une table de réunion elle-même cerclée de trop de chaises, de quelques sièges plus confortables dans un coin et des disques or et platine des artistes du label (Florent Pagny/Zazie) posés à même le sol. Grand, mince, timide, Stromae me rejoint avec le sourire puis s’assoit, docile et déjà humble, sur un canapé du même rouge que le gilet qu’il porte par-dessus son polo. J’ai un bon pressentiment.

À gauche, Stromae dans sa promo, à droite Zach Braff dans Garden State

Si Paul m’a saluée d’une bise sous son prénom, c’est à Stromae que je pose ma première question en prononçant correctement son pseudo « stromaye » du premier coup : « tu l’as bien dit directement, c’est bien, c’est rare ». J’ai surtout appris mes leçons lui dis-je en clin d’œil aux siennes, petit buzz internet – et Youtube – grâce auquel il s’est fait connaître. Dans sa chambre, sur scène, sur les toits ou en plein stade (du roi Baudoin, à Bruxelles), on l’y voit ironiser sur ses textes et choisir ses beats, ses leitmotivs et petites boucles jazz, salsa ou disco. Quatre minutes semblent suffire pour écrire une chanson (« bien sûr c’est une mise en scène, tu l’avais compris »). Le maestro autoproclamé – en verlan – ne claque pas des doigts pour composer : « en l’occurrence pour Alors on danse ça a été très vite. Après il y a d’autres compositions qui ont pris beaucoup plus de temps, des fois même une semaine ». Pas immédiat donc – « et encore moins pour écrire » – parce qu’il est assez perfectionniste ; que ça vient moins naturellement aussi.

Pourtant, si « les thématiques sont en général toutes les mêmes », Stromae soigne ses textes, à renfort d’humour noir. Il y a donc de tout dans ses prochains titres, y compris une chanson d’amour, le passage obligé « parce qu’on me le dit en plus “hey, pourquoi tu parles pas d’amour”, parce que c’est cliché ». Te Quiero raconte une histoire qui commence mal pour finir (très) mal, tout ça parce qu’il l’aime : « c’est en même temps une déclaration et ma démarche, je pense que c’est là que je me différencie ». Dodo l’enfant Do est une comptine pour un enfant abusé dont le père bat la mère qui le trompe sur un rythme dance music. Mais Stromae précise qu’il n’est pas fataliste, il équilibre ses sons dansants avec des fables plus profondes. De fait, Alors on danse dénonce l’illusion clubbing tout en générant son propre cercle vicieux : le single tourne en boite de nuit « mais c’est pas si mal parce qu’en général on dit “musique de club, musique d’abrutis” et là je dis quelque chose, un truc qui est vrai, et je pense que ça m’a beaucoup aidé aussi. » Et d’équilibrer également avec le clip qu’il a co-réalisé – fort d’une formation en école de cinéma – et qui appuie son propos : « Si j’avais fait un morceau qui dit “c’est bien les boites de nuits” avec un clip avec des meufs qui dansent à poil et des saxos ç’aurait été juste Pitbull ou ce qu’on a vu trop souvent. Le travail d’un artiste est aussi de faire différent. »

Pas fan d’hip-hop creux, Stromae se verrait bien collaborer avec le rappeur The Streets, en Angleterre, la chanteuse de R&B Zaho, en France ou idéalement ceux qui ont pu le bercer : JD (Men In Black) qui n’a plus d’actualité ou Ibrahim Ferrer qui est décédé – « la soul m’a beaucoup inspiré, tout ce qui est vieille salsa cubaine. Je le réutilise parce que c’est justement courant dans l’acide house. » Ainsi, Cheeze se nourrit d’un passé riche en références, styles et autres maestros : « Y’a toujours des petites influences 90s avec aussi de la trance mais ramenée au goût du jour ». Pour ma part, j’incite Paul à se mettre au rock, ce qui ne lui déplait pas : il trouve que les White Stripes ont « une ligne de basse de ouf », que Mademoiselle K – qu’il a découverte récemment – est « juste mortelle » en live. Stromae n’a cependant pas besoin de mes conseils pour être n° 1 des charts en Allemagne, en Autriche et en Suisse, ou supporté par la Belgique francophone, fait rare dans ce pays qui attend souvent les succès français. Je ne peux m’empêcher de lui faire remarquer qu’il a vingt-cinq ans, du succès, l’occasion de faire son album, et qu’il est soutenu nationalement, plus chanceux que tous, moins de raisons d’être pessimiste… Il concède : « tu sais quoi, je vais changer les paroles de mon disque tout de suite », mais l’album sort le 21 juin, ça me parait trop juste, je l’en dispense. On essayera de l’apprécier comme ça.

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