Le Bestiaire de Filles Foraines

11/07/16 par  |  publié dans : Chanson française, Musique, Scènes | Tags : , , , , ,

Sarah Bloch

Elle s’appelle Sarah Léontine Bloch, comédienne à 14 heure dans une pièce inspirée d’Emile Zola « Au bonheur des Dames » et chanteuse à 21 heure 20 dans « Le bestiaire des filles foraines ». On l’a vue il y a peu en gitane délurée dans Carmen, au Dôme de Marseille, parce qu ‘elle est aussi une superbe soprano lyrique. Elle chante aussi bien Mozart que Purcell, Offenbach ou Donizetti. 

Sarah Bloch
Elle s’appelle Charlotte Gauthier et elle est pianiste, classique et moderne, habituée des grandes scènes d’opéra et d’opérette, elles s’accompagnent mutuellement dans un spectacle qui vous accroche bec et ongle, un duo de filles hors conventions et hors normes. Comme elles sont auteur compositeurs interprètes, c’est aussi complètement hors mode, mais ce n’est pas synonyme de démodé. Plutôt d’intemporel. On se souvient d’Anne Sylvestre, quand les chansons avaient encore des textes, les chanteurs et les chanteuses des choses à dire. Elles s’inscrivent dans la lignée de leurs modèles idéaux, Boris Vian, Serge Gainsbourg à ses débuts, Georges Brassens, Juliette et Le cirque des Mirages pour les textes, pour la musique Kurt Weil, Poulenc ou Debussy, entre autres.

Charlotte Gauthier

Femmes, objets, et autres

Certes, ce bestiaire est fait de tout petits riens, de ceux qu’on transporte dans une valise, un doudou pour l’enfance, une plume pour la légèreté, un fouet pour la dompteuse d’hommes, un balais pour le ménage,  et ainsi de suites, toutes ces petites choses qui font le sel de la vie sur les plaies vives.
Impertinentes et pertinentes, sarcastiques et tendres, fortes et douces, leur lucidité se moque de ces espoirs fous qu’on ne peut s’empêcher d’éprouver, et de ce qui n’arrive jamais en soi à désespérer.

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Rien n’est calibré dans ce spectacle mené comme une revue de cirque avec clown blanc et auguste: une jeune femme s’ennuie et rêve de luxe et de voluptés, une fille idiote mais si jolie, une dominatrice, des textes ciselés dont elles ont oublié le refrain. Sarah Bloch murmure ou feule, rugit, elles chantent en duo, dans la proximité troublante de cette salle intime. Ça ne passera pas en boucle à la radio : la musique est trop élaborée, le texte aussi, ça s’écoute et ça se regarde, ça se savoure comme une source dans la canicule d’Avignon. C’est très loin des grands spectacles flamboyants, ou prétentieux, ou indigents, avec des files d’attente de centaines de personnes, mais nous ne donnerons pas les noms. Quoique, juste une petite recommandation : évitez les coqueluches, fussent-elles internationales, c’est assez généralement caverneux comme deux poumons irrités.

Sarah Bloch

Sagesse du fou, folie du sage

Il faut une sacrée dose d’inconscience ou de courage pour affronter la jungle d’Avignon où le meilleur côtoie le pire. Mille cinq cent spectacle, ça en fait soixante quinze à voir par jour avec des journées de cent heures, environ. D’autant plus que le créneau de vingt à vingt trois heure est le plus encombré, in et off confondu, et il n’y a pas que de la daube. Alors, comme il faut choisir, et donc renoncer, assurément ces filles foraines valent le détour. On en sort avec le sourire, denrée rare en ces temps de culture commerciale et de barbarie virale.

La mise en scène collective est de Manon Landowski, Sarah Bloch et Charlotte Gauthier, le spectacle est produit par Loïc Bonimare.  C’est au Théâtre de Notre Dame, le lieu de Paul Sylve, qui prend grand soin de la qualité et de l’éclectisme de sa programmation, sans oublier trois Molières et un Feydeau, Avignon est toujours le plus grand théâtre du monde. Après, le Festival passé, on retrouve parfois les bons spectacles dans les bonnes maisons, tout au long de l’année, mais ce n’est pas garanti, et qui n’a pas affronté l’enfer d’Avignon n’a aucune notion du paradis. D’autant que ce pourrait bien être le même endroit.

Charlotte Gauthier Sarah Bloch

 

 

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