Le Caravansérail de la Cité de la Musique hors les murs

18/06/17 par  |  publié dans : A la une, Festival, Musique | Tags : , , , ,

C’est le terme qui convient pour deux soirées de musiques du monde au vénérable Théâtre Sylvain, caché dans sa calanque d’endoume.
Il faut avoir une bonne dose de courage ou d’inconscience pour créer un Festival de musique à Marseille qui n’en manque pas, avec le Festival de Jazz, Babel Med et la Fiesta des Suds, les sessions flamenca du Toursky et de l’espace Julien, dans un maillage culturel devenu de plus en plus dense.
D’autant que, comme s’il en était besoin, nos climats phocéens deviennent très incertains. Le mistral peut souffler dans les micros et tout arracher, la canicule chauffer à blanc les gradins du théâtre et écraser les spectateurs, jusqu’au malaise. Mais une fois qu’il a plongé derrière le Château d’If, le soleil laisse aux marseillais le répit d’une belle nuit étoilée.

Pourtant la fortune sourit aux audacieux, le public était au rendez vous, même si on n’a pas refusé du monde pour cette première édition. Il y en aura probablement d’autres, si le libéralisme aussi triomphant que sauvage laisse encore tomber quelques miettes jusqu’à la culture. A Marseille, la Ville et son Maire l’ont depuis longtemps entretenue, avec la danse, les musiques du monde et le cirque, bien au delà d’un caprice ou d’un simple alibi. On n’en attendait pas moins pour la capitale des Suds, mais ce n’est que justice de le rappeler, pourvu que ça dure.

 

Mare Nostrum

La Méditerranée est notre bien commun, avec dans le désordre la Corse, l’Occitanie, la Grèce et le Portugal, les gitans les tziganes et les manouches, mais aussi -bien entendu- nos marseillais à nous. «Rassegna» plonge ses racines en Espagne républicaine, en Algérie ou en Italie mais leurs musiques voyagent bien au delà, jusques en Amérique du Sud. Bruno Allary à la mandole, Isabelle Courroy à la flute médiévale, Sylvie Paz au cajon et au chant, Fouad Didi au violon oriental et Carine Lotta la Sicilienne au chant, ce groupe qui existe depuis vingt ans a trouvé une profondeur et une maturité qui les placent au plus haut niveau. Mais même si à cinq cent mètre de la plage du Prophète nul ne l’est en son pays, le monde leur appartient.

 

Au delà de notre univers déjà si riche, le vénézuélien Victor Cova nous a emmené dans toute ses Amériques latines avec ses rythmes de candombe, de samba ou de tango, avec en passant par l’Argentine une évocation de «Alfonsina vestida de mar» que chantait Mercedes Sosa à faire pleurer les pierres.
Ruben Paz et ses fusions latines nous vient de la Havane, il est de ces marseillais venus d’ailleurs qui nous enrichissent, comme plus près mais plus au Nord le trio Crosswind, entre musiques traditionnelles d’Angleterre d’Irlande ou des États Unis, plaçant au passage une interprétation bouleversante de «Dance Me to the End of Love», de Léonard Cohen, disparu trop tôt pour être le prochain prix Nobel de littérature mais on s’en fout, toutes générations confondues on lui a donné depuis longtemps le prix Nobel du Public.

 

Flamenco

Enfin il y a « nos » gitans, ils n’ont plus de caravanes et viennent de Port de Bouc comme « La » Florencia ou ” La” Teresa Deleria et Melinda Sala à la danse, Pépé Fernandez à la guitare, ou d’Aix en Provence comme Tchoune, au chant et à la guitare, plus déchirant que jamais. On ne s’étonne plus du compagnonnage avec Martial Paoli au piano qui peut tout jouer, de la musique classique au blues ou du flamenco, Albéniz ou Albinoni, ouvrant une dimension nouvelle au flamenco puro sans le trahir ni le dénaturer. Ils se permettent sans vergogne de jouer avec Fouad Didi, Bruno Allary ou Sylvie Paz de Rassegna, « Nous avons les mêmes racines, nous sommes sur le même arbre mais pas sur la même branche » dit Tchoune.

Olé!

A suivre !
Jean Barak

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire