Le fado du MUCEM au fort Saint Jean

03/08/17 par  |  publié dans : A la une, Concerts, Musique | Tags : , , ,

Pour nous, au Sud, le fado c’est Amalia Rodriguez, puis Misia et sa longue silhouette noire, yeux fermés, tête renversée dans une prière douloureuse, égrainant son rosaire dont elle ne se sépare jamais.
Avec le « Tascabeat do Rosàrio » de Lisbonne c’est à un tout autre fado que nous convie le MUCEM pour son plan B. C’est d’abord une auberge portugaise avec ses tapas traditionnels, autour de tables de jardin qui transforment la place d’armes du Fort Saint Jean en bodega improvisée. Dépassée par son succès, la soirée affichait plus que complet, au point que le chorizo a manqué.

Il y a bien deux jeunes musiciens virtuoses sur scène, l’un, également chanteur, à la guitare classique et l’autre à la guitare portugaise, instrument né des amours coupables d’un oud venu du nord avec une mandoline d’Italie, mais c’est bientôt la serveuse qui quitte son office pour chanter un fado populaire, avec son tablier de bar et ses tongs. Une autre chanteuse habillée comme tous les jours lui succède, puis le meneur de revue, hâbleur, en short et bras nus. Le « fadiagem », fado errant, est leur fado nouveau, joyeux et triste, celui de Lisbonne où tout le monde est fadiste dans les gargotes de la vieille ville.

 

Puis vient une figure du fado traditionnel à la voix puissante qui pèse de son poids d’années et d’expériences, avec sa longue robe noire et son boléro orné de mille cœurs métalliques, elle est femme de ménage le jour pour pouvoir chanter le fado la nuit. Pour la circonstance elle a pris l’avion pour la première fois, de même que l’ascenseur où elle a eu peur de rester enfermée. Enfin un grand maître, qui a maintenu vivante la tradition quand le fado était passé de mode, tradition qui revient aujourd’hui dans un esprit résolument populaire et contemporain, mais respectueux à la fois.

Le summum est atteint quand le cuistot quitte son tablier pour chanter un fado d’espagnol né en région parisienne, en s’accompagnant à la contrebassine, un instrument fabriqué avec une bassine en plastique renversée, un manche à balais et une ficelle. S’il avait été marseillais il aurait eu droit au qualificatif de fado du fada, mais comme il est parisien, il y échappe. Pour eux c’est juste une manière de dire que le fado est à tout le monde, un état d’esprit, une façon d’être ensemble, dans une Europe où on s’enrichit mutuellement, loin des clichés comme le portugais est gai, l’espagnol est gnol et le français ne se lave jamais, et ainsi de suite.

 

 

Quand le concert est terminé, trois heures plus tard, les artistes ne vous laissent pas partir comme ça, ils vous embrassent et vous serrent dans leurs bras, ils vous remercient d’être là, de la qualité de votre écoute. Pour être réputé chaleureux, le public marseillais n’avait pas été habitué à ça.

De la simplicité, de l’humour et de l’émotion jusqu’au bout, cette place d’armes ne regrettera ni les canons, ni la soldatesque. De quoi vous donner des envies de Portugal !

Avec : Afonso Guerreiro,  Fernanda Proença, Jean Marc Pablo, Marta Miranda, Pedro Guimaraes, Vitor Fernandes

Jean Barak

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