Le Flamenc’oriental de Tchoune et Didi

29/11/16 par  |  publié dans : A la une, Concerts, Festival, Musique | Tags : , , , , , ,

Les voyages de Jean Fernandez dit « Tchoune »

Tchoune Didi

 

Tchoune est un gitan d’Aix-en-Provence, fils d’immigrés espagnols qui ont fui le fascisme de Franco et fait souche en Provence, ces barbares ne savent pas ce qu’ils ont perdu.
On prétend qu’il est né avec une guitare dans les mains, ce qui fait frémir en imaginant les affres de l’accouchement. Gitan jusqu’au bout des ongles il est un farouche défenseur du flamenco puro, qui ne saurait à ses yeux qu’être de sa « race », comme on dit chez eux. Pour autant, il ne récuse pas l’héritage hispanique, depuis Albéniz et Manuel des Falla jusqu’à Fédérico Garcia Lorca, il y a dans sa musique de la place pour tout le monde. “Tout le monde” n’est pas une simple figure de style : à l’image de ses lointains ancêtres partis il y a six siècles du Rajasthan, il a joué sur la place de la Mairie d’Aix en Provence avec des manouches des tziganes et une danseuse espagnole, chanté dans une église à Venelles avec une violoniste franco tzigane et une chanteuse franco algérienne, au château de Bouc Bel Air avec Cristina Rosmini, à la cité de la musique à Marseille et au Festival d’Avignon avec la Négrita, mi tzigane ni gitane, et avec des chanteurs corses, occitans et provençaux, des chants sacrés.
Il était donc naturel qu’il allât faire un détour en orient : entre la musique arabe, arabo-andalouse, hispanique et gitane il y a un continuum dont les nuances sont si subtiles que seuls les musicologues érudits perçoivent les transitions.

Tchoune

Orientales

Pour l’occasion, c’est avec le violoniste et chanteur algérien Fouad Didi qu’il tentait une rencontre qui n’était pas donnée d’avance. Tchoune était accompagné par Manuel Gomez, un gitan de Port de Bouc et Martial Paoli, un corse improbable à la facture classique, perdu dans ce monde de migrants où il semble s’être lui même trouvé.
Le neuvième Festival « Les Inovendables » de Léda Atomica Musique leur a permis un ban d’essai, entre Brecht et chanteuses grecques, jazz et chanson française d’auteurs compositeur interprète.

Fouad Didi

 

Fouad Didi était accompagné au oud par Farid Zebroune et à la guitare par Malik Ziad, dont on ne saurait dire si il joue gitan ou oriental, les deux sans doute. Ça commence flamenco puro mais ils laissent la place au Maghreb, puis vient le temps de la confrontation, chacun s’aventurant à accompagner le répertoire de l’autre, jusqu’à l’harmonie dans un dialogue où les différences s’estompent dans un espace inédit, celui des voyageurs sans frontières.

Tchoune Didi

 

Certains les ferment, les frontières,
pour refouler les victimes des incendies qu’ils ont eux même provoqués, d’autres les traversent. La soirée fut étrange, deux mondes se retrouvaient, le public de Fouad Didi chantait les chansons qu’ils connaissent par cœur, dansait dans l’avant scène de ce petit espace de la rue Saint Pierre près de La Plaine, celui de Tchoune demandant « Otra » pour un rappel flamenco.

Tchoune Didi

 

La culture ne sauvera peut-être pas le monde, mais en attendant, elle le rend vivable !

Jean Barak

 

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