Le jazz vocal d’aujourd’hui

02/08/09 par  |  publié dans : Musique

Tu jazz(es) ?

Je ne sais pas si André Manoukian réclamant à corps perdu une Nouvelle Star qui sache chanter du jazz (Camélia-Jordana, si tu nous regardes…) a réussi à influencer une mode ; mais il faut bien l’avouer, y’en n’a plus que pour le jazz en ce moment. Des festivals franciliens par-ci, des nouvelles vedettes par-là et même un p’tit frenchy, au papa super célèbre, qui s’autoproclame “Manouche sans guitare”, le comble !
Je ne bouderai pas mon plaisir, après tout un petit coup de jeune à un genre musical que j’aime beaucoup n’est pas forcément pour me déplaire. Mais… renouveau du jazz vocal, je veux bien ; à une condition ! Que ça gazouille comme avant : le jazz, qu’il soit vocal ou instrumental, est un courant qui a toujours tenu le haut du pavé, qui fait classe et cultivé (c’est sûrement la raison principale de son insuccès populaire depuis les années 1960 et les débuts de cette chère culture de masse) ; alors pas question que le XXIe siècle me le foute dans le caniveau !

Petit tour opérateur du jazz vocal au féminin (c’est quand même les filles les meilleures, faut bien l’avouer) d’hier et puis surtout d’aujourd’hui.

(Old good) Summertime

La question “par qui diantre commencer ?” s’est posée à moi de manière obsédante pendant au moins cinq minutes mais j’ai vite su y répondre : je vais commencer par la plus vieille ! (à chacun sa logique)

C’est à Billie Holiday que revient l’honneur d’ouvrir le bal, mais comme on ne dit pas l’âge des dames, je ne ferai pas de biographie détaillée. De toute façon, là n’est pas mon propos. Billie Holiday, c’est la diva, “Lady Day” comme on l’appelait, lE charme à l’ancienne en somme. Une voix chaude et traînante, un petit son rocailleux, parfois nasillard, en fin de note. Autour d’elle, une ambiance feutrée et rassurante. Une chanson de Billie Holiday, c’est comme un cocon dans lequel on se sent bien. On retient d’elle Strange fruit (entre autres !), le gardénia dans les cheveux et des collaborations au sommet avec Duke Ellington ou Count Basie.

Billie Holiday

De deux ans sa cadette, vient la Grande dame du jazz, j’ai nommé Ella Fitzgerald. Là, on joue sur du velours de la plus grande qualité. C’est sans doute la chanteuse de jazz la plus connue, et à juste titre. Une voix d’une pureté impressionnante, aussi à l’aise dans les graves que dans les aigus et une faculté pour le scat qui n’a rien à envier à Cab Calloway (vous savez, le vieux en smoking qui fait patienter le public avant le concert final des Blues Brothers). Pour les chansons, il y en aurait trop à citer mais si je devais en emporter trois sur une île déserte, ce serait Summertime (reprise par Janis Joplin), Cry me a river (pas reprise par Justin Timberlake) et Dream a little dream of me (reprise par les Mamas & Papas). Des standards quoi ! Chantés également par toutes les étoiles du jazz vocal mais les versions que le public a davantage retenu sont celles d’Ella Fitzgerald. Sûrement parce qu’Ella, elle l’a… Pour les collaborations, elle a pu compter sur Louis Armstrong, Gershwin, Nate King Cole… pas mal !
Je devrais aussi vous parlez de Sarah Vaughan et de plein d’autres, mais le sujet c’est les nouvelles chanteuses, donc… petit saut dans le XXe siècle.

Je tiens à vous parler un court instant de la déesse de la musique incarnée sur terre, Nina Simone. Les Muse, Mickaël Bubblé et tous les musiciens du monde pourraient s’essayer à reprendre Feeling good un milliard de fois, qu’il ne lui arriverait pas à la cheville. Nina Simone possédait un style bien à elle, un talent de pianiste impressionnant, et une façon de vous chopper l’âme par les entrailles que ça chamboule, forcément. Du jazz piano-voix comme I love you Porgy, à des rythmes plus endiablés qui rappellent Ray Charles au sommet de sa forme comme avec Sinnerman, Nina Simone balaie les trompettes et les sax’ auxquels nous avait habitué les divas précédentes. Sa reprise de House of the rising sun est tout simplement impressionnante.

Nina Simone

La classe américaine, mais pas que…

Avec un tel patrimoine derrière soi, pas facile de se faire entendre de manière crédible. Pourtant deux-trois s’en sortent plutôt bien !

Lisa Ekdahl d’abord. La jolie frimousse suédoise innove à plus d’un titre. Déjà, elle est blonde et poids plume… Avec les grandes dames dont on a eu la chance de faire plus ample connaissance précédemment… ça peut surprendre ! Par ailleurs, et ce qui étonne davantage, elle a la voix qui va avec sa corpulence : un petit timbre fluet et comme fragile, qui a pourtant la force incroyable de nous convaincre. Après des débuts dans sa langue maternelle (des ballades en suédois ça vaut le détour si je puis me permettre !), elle s’est mise à l’anglais avec un succès international.

Lisa Ekdahl

Ensuite, Diana Krall. En voilà une qui sait chanter. En voilà une qui sait reprendre un succès surtout. Voix chaude, profonde comme un fauteuil de cuir d’Aston Martin, tignasse blonde et talons aiguilles. Ca tu vois, c’est du jazz, du vrai, du J majuscule avec martini olive et piano blanc. Sauf que voilà, à part faire une bonne ambiance dans un bar select, ça n’apporte pas forcément grand chose… c’est joli, oui, mais “avant, c’était pas pire”…

Dans le même genre (et on va encore me taper mentalement, je le sens), je mettrais Madeleine Peyroux. Sauf que… et je ne saurai me l’expliquer, je préfère. Ce qu’elle fait de sa voix me plaît davantage, elle ne se contente pas de “poser”, elle prend plus de risque et du coup j’aime bien.

Enfin, et trop rapidement, il faut que je place un nom : Fiona Apple. Là, c’est la cour des grands : de l’originalité, un talent indéniable et surtout, et là j’insiste, une capacité à vivre avec son temps. Avec elle, il ne s’agit pas de faire comme avant et de pomper les grands classiques (parce que retrouver la Vie en rose sur tout album de chanteuse estampillée jazz… merci !) ; Fiona Apple écrit et compose des musiques originales, inspirées du jazz, mais avec un accent de modernité qui étonne. Et c’est tant mieux !

Fiona Apple

Du bon, du très bon, mais pas que…

Et après les patronnes, les “daronnes” pour les plus djeuns, voilà les petites nouvelles qui aimeraient bien se faire une place au soleil… c’est pas gagné pour tout le monde !

Découverte par hasard sur Deezer l’année dernière, Fredrika Stahl a un timbre de folie. Pour de vrai ! Seulement… son album Tributaries,bon, il est pas génial. Ca sent le déjà-vu (d’où le nom de son album, j’imagine) et un peu le banal aussi, genre mon prod artistique était en grève. Et c’est tellement dommage ! La dame a du potentiel, d’ailleurs il y a quand même une ou deux chansons réussies (So High par exemple).

La starlette du moment c’est elle : Melody Gardot. Elle squatte les ondes de TSF Jazz (radio parisienne 100% jazz) 24h/24. Et honnêtement, moi qui aime vivre dangereusement et frôler les overdoses musicales quand j’aime bien, je ne m’en plains pas ! C’est fait à l’ancienne avec contrebasse et balais qui remplacent les baguettes à la batterie mais avec une place pour la technique de maintenant. Une voix réjouissante, du soleil même quand les chansons sont tristes et les coeurs qui se mettent à ronronner direct. C’est de là magie, je vous dis !

Melody Gardot

Pour finir, Lady Linn and her Magnificent Sevent. Dans le genre, “tiens prends-en plein les yeux rien qu’avec le nom de mon groupe”, on a rarement vu mieux ! Intriguée par ce truc pompeux qui squatte la page d’accueil de Deezer depuis quelques semaines, je suis allée voir, normal. Et bien ! quelle déconvenue ! c’est d’un chiant… On y ressort tous les clichés jazz et swing des années 1940 et 1950, avec les clappements de main, les choeurs de chanteurs noirs et compagnie (roulement d’yeux et soupir profond). Une voix relativement désagréable, quand même, et un style pas supportable à la Duffy qui reprend le sample de Stand by me… en pire. Planquez-vous !

Voilà ! Le jazz revient en force et André ainsi que moi-même, on est super contents ! Si ça peut le populariser un peu plus, moi je dis oui ; j’suis partageuse. Mais comme disait l’autre : “Méfiez-vous des contre-façons !”
J’ai eu beau vous donner mon avis, parfois assez catégorique j’en conviens, la playlist vous permettra de vous faire votre propre avis sur ces chanteuses. Pour écouter Fredrika Stahl et Lady Linn, il vous faudra aller sur deezer. Le site étant en rénovation, les players exportables ne sont plus disponibles. Bonne écoute !

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6 commentaires

    Alejandro  | 02/08/09 à 16 h 32 min

  • merci pour l’article. c’ètait très instructif.

  • Gaëlle  | 04/08/09 à 19 h 28 min

  • Un article qui donne envie de redécouvrir les classiques. Merci !

  • adrien F  | 30/08/09 à 12 h 12 min

  • bon petit article. Connais pas encore Fiona, mais je sens que ça va être brutal, plain de sueur et de larmes…

  • Camiiille  | 30/08/09 à 13 h 23 min

  • Ah mais je ne te souhaite rien de moins !

  • Camiiille  | 30/08/09 à 16 h 01 min

  • C’est tout le mal que je te souhaite !

    ps : “plain”… ? Un peu trop longues, les vacances cette année ;)

  • Bruno  | 29/11/10 à 13 h 26 min

  • Merci pour ces quelques noms, tous m’étaient connus … sauf Fiona Apple, je cours l’écouter de ce pas.
    (Melody Gardot, je ne m’en lasse pas, incroyable maturité dans la voix pour une jeune femme de 25 ans !)

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