Les dix ans de Latcho Divano

01/04/17 par  |  publié dans : A la une, Festival, Musique | Tags : , , , , ,

Expulsions

C’était il y a dix ans déjà. Nicolas Sarkozy prononçait son discours de Grenoble où il stigmatisait les Roms, Emilia Sinsoilliez créait Lacho Divano avec Laurence Janner et Nicolas Martin. Au bénéfice de « l’alternance », Manuel Vals menait une politique de répression féroce des Roms, au motif que « Les Roms n’ont pas vocation à s’intégrer ». Il s’agissait de leur rendre la vie infernale pour qu’ils aillent se réfugier ailleurs, au mépris des droits humains les plus élémentaires. Le dernier immigré arrivé est plus français que les autres, ses ancêtres sont gaulois, il ferme la porte derrière lui pour empêcher les nouveaux arrivants d’adopter « le pays des droits de l’homme » dont les principes ne semblent valoir que pour autant qu’il ne se posent pas. Depuis, Vals et Sarkozy ont été remercié par les leurs, ils n’avaient pas non plus vocation à s’intégrer dans le marigot politique, et Lacho Divano continue de promouvoir la culture Rom.

 

 

Dix ans ce n’est pas rien, ça se fête. C’est donc une manifestation qui, pendant un mois, du 10 mars au 8 avril, invite à des expositions, des projections de films, des lectures, des débats, des stages, du théâtre et des concerts. Elle se terminera en apothéose ce samedi 8 avril à la Friche Belle de Mai.

 

Les derniers témoins

Nul n’ignore le génocide des juifs, pas même ceux qui le nient, du simple fait qu’ils le contestent. On connait moins celui des tziganes, des homosexuels et des malades mentaux. Il n’y a là aucune équivalence ni comparaison mais bien une accumulation, un empilement de crimes dont les traces s’effacent, du moins en apparence : à la troisième génération, elles deviennent inconscientes ou niées.

C’est ce qui rend précieux les témoignages : Ceija Stojka avait dix ans quand elle a traversé Auschwitz, Bergen Belsen et Ravensbruck. Pour les négationnistes elle est la preuve qu’on n’a gazé que des poux, mais de toutes les manières elle, elle n’a eu de cesse que de témoigner jusqu’au delà de sa mort, en 2013. A l’âge de 50 ans, elle a commencé à peindre et à écrire, une exposition de ses peintures est encore visible à la Friche Belle de Mai, jusqu’à ce samedi 8 avril, la pièce « Je rêve que je vis ? » a été jouée au studio de la Friche. Elle a aussi écrit des livres, et les deux films qui lui sont consacrés ont été projetés, le tout à la Friche, les 31 mars et 1er avril.

 

Les ambassadeurs

Si vous voulez connaître l’âme d’un peuple, il vous faut rencontrer ses ambassadeurs, les musiciens et les poètes, les écrivains et les cinéastes. Le Théâtre Gyptis est redevenu un cinéma, ce n’est pas une bonne nouvelle, mais on a pu y voir « Transylvania » de Tony Gatlif, qui menace de rendre toutes les poules volées par les tziganes en les lâchant par milliers sur les champs Elysées. A voir ses œuvres, il est bien capable de le faire. Également “Gypsy Caravan” de Jasmine Dellal, avec toutes les facette de l’univers musical Rom : Tziganes, Manouches, Gitans et autres éternels nomades. Dans la galerie du cinéma Variété une exposition de photographies de Roms, les « oubliés de l’histoire » de Matéo Maximov -écrivain cinéaste et photographe- est croisée avec celle d’Élisabeth Blanchet, sur les gens du voyage en Grande Bretagne. On a pu également y voir « Django » le film d’Étienne Comar et des documentaires, l’un de Jacques Malaterre sur Matéo Maximov et l’autre de Cheikh Djemaï, témoignages de Roms français.

 

 

Mais les pivots « grand public » de cette manifestation sont les deux concerts, celui de la fanfare moldave de Ghitsa Vagabontu à la cité de la musique vendredi dernier, où la chanteuse Rona Hartner a été remplacée au pied levé par Erika Serre, Rom hongroise arrivée à Paris à 8 ans. Débarquée de Paris en catastrophe pour un concert endiablé, elle n’a eu que quelques minutes pour s’accorder avec les Vagabontu. Enfin il y aura le Nadara Gypsy Band, ce samedi 8 avril à la Friche Belle de Mai. Alexandra Beaujard, chanteuse et accordéoniste française est tombée amoureuse de la Transylvanie, elle y a fondé un groupe avec Tocila, violoniste tsigane. Ils innovent sur la base de la musique traditionnelle tzigane, ouvrant des perspectives internationales au delà des frontières étroites de l’Europe auprès de la belle famille des musiques du monde.

 

 

Elle était déjà présente en 2010 au kiosque, en haut de la Canebière, pour l’édition 3 de Latcho Divano.

Enfin et surtout, ce samedi sera la quarante-sixième journée internationale des Rom. A partir de 14h, vous pourrez rencontrer tous ceux qui leur tendent obstinément la main dans ces années difficiles, ceux qui croient au ciel comme ceux qui n’y croient pas. Une belle occasion de prendre un bain d’humanité, avant le concert (gratuit) de Nadara et les musiciens ROM de Marseille. En romanes, Nadara se traduit « N’aies pas peur ».

Jean Barak

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire