Moriarty : trois ans après

02/05/11 par  |  publié dans : Artistes, Musique | Tags : ,

17h30 dans le hangar du Centquatre, j’ai rendez-vous avec les Moriarty qui s’apprêtent à chanter sur le buffle d’un manège forgé, le manège Sénart. Se préparer pour un concert événement demande des tests, et du temps. Nous en manquons. Rosemary me répondra donc seule pendant que Charles, Arthur, Zim, Thomas et Eric feront les balances instrumentales. Je ne peux poser qu’une question au groupe dans son ensemble, ce sera celle posée il y a trois ans lors de notre première interview sur Envrak :

Alors qu’est-ce qu’on vous sert ?

Rosemary : Si on était dans un café, je prendrais un café. Et ça ne se fait pas du tout mais je le prendrais avec une guimauve à la violette. Et un macaron à la fleur d’oranger.
Zim : Je prendrais une insulte du serveur parisien.
Arthur : Un jus de Hanneton, mais c’est assez rare à trouver.
Eric : Un verre de rouge, de préférence du Sud-Ouest.
Thomas : Je prendrais une blague.
Charles : Et moi un café très gourmand. Mais on fabrique notre propre thé tu sais, alors on prendrait tous des Moriarty.

Le groupe Moriarty sur le manège Sénart

Que représentait New stories, puisque ce n’est pas le nom de votre deuxième album, The Missing Room sorti ce mois-ci?

Rosemary : New stories, c’était au moment où on a commencé à tourner avec les nouveaux morceaux avant de les avoir enregistrés, c’était le nom de la tournée de gestation. Les chansons étaient toutes nouvelles, ce qui était intéressant c’était l’interaction entre le public et nous pour faire grandir un peu ces histoires avant de les enregistrer.

La tournée avant l’album, ce n’était pas pour que le public arrête de chanter à tue-tête, comme il le fait pour Jimmy ?

Rosemary : Au contraire ! C’est très étrange, la première fois que ça nous est arrivé, c’était à la maroquinerie y’a quatre ans. Les chansons étaient sorties un petit peu avant en radio et lors de ce concert, le public a commencé à chanter Jimmy et là on s’est rendu compte que la chanson ne nous appartenait plus. Qu’elle appartenait aux gens. C’est magique. Chacun l’attribue à son imaginaire, à des moments passés sur le morceau et vient nous raconter en plus ce que ça évoque pour eux.

N’avez-vous pas peur de perdre votre public en parlant parfois plus anglais que français ?

Rosemary : En fait on fait les deux. C’est vrai qu’on teste un peu les réactions pour voir si les gens comprennent l’anglais, s’ils rigolent à nos blagues par exemple. Puis on se dit « bon ils comprennent ! ». On essaye de faire toujours les deux, d’être un peu bilingue, comme on l’est entre nous dans la vie de tous les jours.

Plus important, qu’est-il arrivé à Gilbert, cette bonne vieille tête de chamois qu’on ne voit plus sur scène ? Et Olive, votre machine à écrire ?

Rosemary : Gilbert a pris sa retraite, il avait 60 ans, ainsi que Colette. Ils sont dans la montagne. On a plutôt pris sur scène des instruments qu’on avait croisés sur la route, dont un harmonium, une guitare achetée en suède, une achetée au japon, etc. La machine à écrire a disparu parce qu’on s’en est pas du tout servi pour le deuxième disque. Et malheureusement, j’ai entendu dire que la dernière usine de machine à écrire avait fermé. On était très triste d’apprendre cette nouvelle. C’est un objet qui nous est cher : sur le graphisme de l’album, tous les textes sont tapés à la machine.

Votre graphisme est effectivement très soigné, à qui le doit-on ?

Rosemary : Sur le premier album, y’avait plusieurs mains. Cette fois-ci c’est Stéphane, le contrebassiste, qui a tout fait. Il a fait le graphisme un peu en fonction du titre, The Missing Room, sur lequel on a réussi à se mettre d’accord, ce qui est quand même quelque chose d’un peu miraculeux ! Stéphane a fait beaucoup de dessins et de photos sur la route, il s’inspire aussi de films noirs.

I will do, artwork

Stéphane, alias Zim donc, chante aussi davantage sur scène.

Rosemary : Oui, il chante beaucoup plus qu’avant. Arthur aussi d’ailleurs. Tous. C’est assez agréable pour moi, je me sens bien plus soutenue vocalement. Et en même temps c’est agréable pour tout le monde, c’est plus joyeux.

C’est quelque chose que vous avez décidé au moment de l’écriture ?

Rosemary : Non. Ça s’est décidé en répétant les morceaux : on essaye, on voit ce qui marche, ce qui ne marche pas. Et puis parfois sur scène, y’a des choses qui s’improvisent aussi, des accidents et on se dit « ah tiens ça s’est super on va le garder ».

Peut-on savoir pourquoi tu t’éclipses de scène pendant le concert comme en mars au Trianon)?

Rosemary : C’est lors d’un morceau qui est instrumental et arrive après Nobody home. C’est quelque chose qui est à la fois très poétique et évoque un moment où on est seul. Quand on est en tournée, on est entouré par des gens et en même temps on est seul, seul dans les chambres d’hôtels aussi. On en change tous les soirs, on n’est jamais à la maison et quand on arrive chez nous, il n’y a personne. Là-dessus, je m’en vais et les laisse exprimer cet espace vide, cette Missing room. Je sors et moi-même je pars ailleurs. Je vais nager en fait, je ne sais pas si ça s’est vu mais je nage !

(Rosemary est appelée pour les balances, Arthur la remplace) Un mot sur vos batteurs ?

Arthur : On en a deux différents. Vincent a produit le disque artistiquement, il a organisé et couché les chansons. C’était très important, il a réalisé le disque et nous a vraiment fait sortir le meilleur de nous mêmes. C’est drôle parce que Vincent est assez grand et large d’épaule quand Eric – qui joue avec nous ce soir – est plutôt petit et trapu. C’est deux cousins Moriarty et en fait ils s’échangent, parce que sinon ils auraient plus de vies.

Vous vous attendiez à pouvoir faire un deuxième disque ?

Arthur : On s’est pas vraiment rendu compte et on a été assez étonné quand les gens disaient qu’on faisait de la country ou de la folk, on n’a jamais mis d’étiquettes sur notre musique, pour nous c’était simplement la musique qu’on fait. Je crois qu’il y avait certainement une uniformité dans le premier disque, y’a des chansons qu’on avait enregistrées et qu’on n’a pas utilisées parce qu’elles ne fonctionnaient pas avec les autres. C’est comme un film, un montage. Il y a des séquences, mêmes si elles sont extraordinaires, qui ne marchent pas dans le film. On est content de pouvoir montrer d’autres choses maintenant.

(Arthur doit partir, nous finirons sur les paroles de Rosemary) Un souhait pour The Missing Room ?

Rosemary : Ce qu’on aimerait, c’est que l’album continue à vivre sans nous.

Mais pour le concert, leur présence est requise…

Plus d’informations sur : http://moriartyland.net/
Lire aussi : Moriarty : where is the light? / Sur les terres de Moriarty

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire