Moriarty : where is the light?

01/04/11 par  |  publié dans : Concerts, Musique | Tags : ,

« Merci d’avoir répondu à notre invitation à dîner ». Moriarty reçoit dans leur lieu de résidence pour six dates, le Trianon. Si la réception est complète, les membres n’ont pas choisi les invités qu’ils accueillent. Ce 16 mars à Paris, et comme toujours en concert, il y a de tout : des fans, des curieux, des sans-gêne et des gros lourds. Pour les mettre en appétit, le groupe introduit lui-même sa première partie : le quatuor à cordes Ardeo. Le choix du hors d’œuvre surprend et les quatre filles ont beau tenter quelques cris folkloriques pour relever leur musique, classique et stridente, ça commente déjà à voix haute pendant les morceaux. Soit, les convives ce soir ne possède donc pas le sens de la politesse.

Avant le succès de leur premier album, les Moriarty se réunissaient de façon informelle pour jouer et discuter, pas nécessairement dans cet ordre. Les saloons de la tournée Gee wiz but this is a lonesome town ont réjoui la France, Envrak compris. Avec The Missing Room, l’ambiance est plutôt cabaret, quelque part dans un coin paumé des Etats-Unis. Plus musicale, moins contagieuse, leur synergie scénique s’admirerait aussi bien depuis une chaise bancale. Avec son coffre charismatique, accentué par le rouge de ses lèvres, Rosemary fait office de maitresse de maison, laissant à tout moment le reste de la famille s’exprimer. Arthur, Charles, Thomas et Zim – sans oublier Eric, batteur et Moriarty honoraire – préfèrent dialoguer par l’intermédiaire instruments, qu’ils s’échangent pour varier les conversations. Au micro, les textes d’inspiration blues chargent l’atmosphère d’émotion. « I hope you’re hungry » prévient le groupe avant de servir la peine de mort en Oklahoma dans leur plainte How many Tides. La détresse des âmes s’avère plus conséquente à digérer que le folk populaire, dont les Moriarty restent friands. Leur énergie, ils l’investissent en défendant leurs titres de froncements de sourcils, en éprouvant leurs compositions au rythme des humeurs. Lesquelles semblent toutes réunies en Clémentine. Jadis, la famille se chamaillait sur scène, présentait ses outils : il y avait Olive la machine à écrire et Gilbert, la tête de chamois. Il y maintenant une boîte au prénom et contenu mystérieux (-des cubes avec lesquels ils forment des lettres). Certains accusent le coup, attendant de pouvoir taper du pied. Sur les côtés, au fond, derrière la console ou les piliers, d’autres se bousculent, préoccupés d’y voir quelque chose à travers les jeux d’ombres, au détriment de l’écoute. Quelques uns abandonnent, haussent la voix pour couvrir le concert qui gêne leur récit de vacances.

Raconter des histoires, c’est pourtant le propre des Moriarty. Comme cette fable saugrenue du tigre et de la sirène (Beasty Jane) pendant laquelle Rosemary s’efface derrière un voile gris pour danser à l’abri des regards. Quand elle revient, c’est parée d’une robe rouge, digne de la cérémonie. Sur scène, les contes se bercent de respirations instrumentales qui rencontrent tantôt le respect de l’assistance, tantôt son impatience. Les délires laissent place aux messages, ce soir où les non-anglophones ne suivent pas. Inquiet de ne pas capter l’attention, Arthur intervient « en fait on sait parler français aussi ». Mais les indisciplinés le restent et Tom en rit jaune « j’aimerais inviter toutes les personnes qui utilisent un flash à monter sur scène ». Le groupe annonçait des « News Stories » pour cet album dont le premier chapitre était Isabella. Réservée, la majeure partie de l’auditoire entend les autres chapitres pour la première fois, le disque auto-produit – déjà en écoute sur Deezer – ne sera disponible qu’en avril. Alors quand vient le single, juste après un Jimmy lancinant, le Trianon s’échauffe. En cercle pour l’occasion autour d’une seule prise son, les Moriarty s’excusent : les applaudissements sont incompatibles avec cette acoustique. Vaine mise en garde, le public enfin dedans bat le rythme, Rosemary va chercher d’autres micros : « now you can clap ». Chacun se détend, Tom y compris, qui après les nombreux « à poil ! » lancé du fond de la salle, capitule : « this is our last song and after we can all get naked ». L’annonce est accueillie par une salve d’acclamations qui enterre la hache de la sobriété.

Il restera pourtant une Dark line in a middle of hope. Si sur ce titre, la voix de la fille Moriarty atteint de magnifiques sommets, le retour du quatuor féminin en rappel jette un nouveau froid. Les cordes sont jolies mais les invités pas d’humeur au dessert. La mélomanie classique de Rosemary n’interpénètre pas les amateurs de folk-rock qu’elle impressionne tout de même d’un chant lyrique allemand. Quand les membres repartent, la salle commence à se vider, et les fans à craindre ne pas avoir de dernier salut. Ils l’emportent finalement à renfort d’ovations méritées qui doublent d’intensité quand reviennent les Moriarty, fatigués voire blasés. Ils auront peu improvisé ce soir mais beaucoup donné. Private Lily, clôture le concert et offre aux invités le plaisir de participer. Dans un ultime geste de partage, Rosemary essuie Tom avant de lancer sa serviette éponge à la foule. Les groupies ne s’évanouissent pas et la sueur du groupe leur est renvoyée sur scène. Ce 16 mars au Trianon, l’indifférent élu n’a même pas la foi de garder son présent pour une revente sur Ebay.
Moriarty sera le 9 avril à Nantes, le 16 à Caen, le 21 à Bourges et en tournée tout le printemps dans toute la France (http://moriartyland.net/)
Crédit photos : Mélanie Bert pour Envrak
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