[Interview] Mr Crock et un EP participatif !

29/11/13 par  |  publié dans : Artistes, Musique | Tags : , ,

Visuel nouvel EP

Ils m’avaient prévenu, les membres de Mr Crock débordent d’énergie, et réunir ces cinq-là autour d’une table pour une interview ne fut pas une mince affaire. Il fallut d’ailleurs se passer de Ben, indisponible. Déçue, mais aussi un peu soulagée de n’avoir à gérer que quatre Crocks, j’ai bravé la pluie, le froid, des obstacles que je n’ai pas le temps de narrer, et six étages pour retrouver Walter, Christelle, Marc et Solène autour d’une tasse de thé et d’oranges.

Vous ne les connaissez peut-être pas, mais on fait le pari, Mr Crock, c’est un nom que vous allez entendre dans les prochaines années. Parce que s’il vous est encore inconnu, le groupe écume en fait depuis un petit moment déjà les scènes parisiennes comme le Trabendo, la Machine du Moulin Rouge, l’Alhambra, le Bus Palladium ou encore le Réservoir, remportant au passage le concours Ici & Demain. Forts de l’enregistrement d’un premier EP en digital 2011 et de centaines d’heures de repet’, Mr Crock s’apprête à sortir son deuxième EP financé via le site de crowdfunding Kiss Kiss Bank Bank.

Mr Crock c’est donc un quintette, on a Walter et Christelle, tous deux à la guitare et voix leads, Benjamin au clavier, Solène à l’accordéon et Marc à la batterie. Mais Mr Crock, c’est surtout l’histoire d’une rencontre, d’un groupe qui s’est formé sur scène. Pourquoi les aider ? Réponse ci-dessous…

Visuel membres

Christelle : je connaissais Walter au départ, et il faisait un peu de guitare de son côté, et moi aussi. J’ai reçu un mail d’un tremplin qui nous proposait de faire des grosses scènes parisiennes (le Gibus, l’Alhambra, l’Elysée Montmartre etc.), mais il fallait être minimum trois comme musiciens et nous on n’était que deux. Donc j’en ai parlé à Walter qui a dit qu’on allait trouver quelqu’un d’autre. De là il m’a présenté Solène.

Solène : Non Benjamin d’abord !

Walter : Oui Ben donc qui faisait du théâtre avec moi. On avait l’ambition de monter un groupe parce qu’on faisait un peu de musique au théâtre, et ça marchait plutôt bien. L’occasion s’est présentée avec Chris. Et je connaissais aussi Solène, qui faisait de l’accordéon. Et Ben connaissait Marc depuis des années…

[Et tout ça une semaine avant le premier concert. Quand Marc débarque dans le local que le groupe a trouvé pour répéter, il ignore qu’une semaine plus tard ils seront sur scène. Il ignore aussi que c’est le début d’une route qui va se prolonger bien après le tremplin. Après une grossesse express d’une semaine, le groupe se produit donc, et c’est l’accouchement dans la joie. L’aventure durera deux mois, ils iront jusqu’en finale. Ce qui était au départ un concours de circonstance devient une évidence et l’envie de continuer ensemble s’impose]

Il faut alors se trouver un nom. Pourquoi Mr Crock ?

Walter : on avait quelques compos dont Mr Crock. C’est le titre d’une chanson qui met en scène un personnage ayant deux personnalités bien distinctes. En fait ça vient d’une faute d’anglais parce que ça ne se prononce par Mr Crock mais Mr Crook normalement. Et on a gardé ce nom parce qu’il y avait une petite histoire derrière.

Christelle : c’était la première chanson qu’on chantait lors des concerts. Et la faute d’anglais, on l’a découverte plus tard !

[Un groupe qui se forme presque par hasard et une faute d’anglais, il y a de quoi prendre peur ! Et pourtant en 2011, ils enregistrent leur premier EP. Au programme cinq titres pop-rock plein de promesses, au style déjà bien affirmé. D’un côté, des compos punchy comme Cashcard ou Tonight, et de l’autre une ballade mélancolique au titre évocateur, Down. Comme trait d’union, Mr Crock, donc, aux deux facettes.]

Les influences sont multiples, le style inclassable, d’ailleurs quand on leur demande de classer leur musique, la réponse est loin d’être simple :

Solène : C’est de la Crock musique ! Non je rigole, c’est ridicule de dire ça.

Christelle : je pense que le plus juste c’est pop…

Marc : …pop rock franchement…

Christelle : …parce que pop c’est notre son, mais ça va plus loin que ça, ça serait pop-rock parce qu’on est plus rock’n’roll que la pop.

Solène : C’est très difficile de caser notre style !

Marc : un truc important c’est qu’on est un groupe dans le sens de la pop culture. Ce qui est assez courant aujourd’hui, c’est un groupe autour d’un compositeur. Et nous, on a plutôt un esprit un peu familial.

Christelle : on est tous les cinq au même rang, dans la composition, dans la place qu’on a…

Solène : …et chacun a un univers différent donc du coup chacun apporte sa patte.

Walter : et tous les termes que tu as relevés, il y a du vrai, mais le truc qui est super dur à faire – et d’ailleurs il y a un an on n’arrivait pas à le faire – c’est se caractériser. En musique, il y a vraiment des influences qui viennent de partout et si on a ce côté pop au niveau des mélodies qui sont dansantes, on a aussi un côté rock parce qu’on met de la disto. En ce sens-là, c’est du pop, c’est du rock aussi. Après alternatif, ça dépend, on y met plein de trucs. Indie ça comprend aussi plein de trucs. Je pense que c’est une influence de plusieurs styles et c’est pour ça que c’est dur à caractériser.

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“Chanter en français ? A moins de faire de la vraie poésie, tu passes pour un con. L’anglais c’est une langue chewing-gum, tu en fais ce que tu en veux”

Christelle : pour résumer ça, je pense que pop indie c’est un peu ça. Parce que pop ça regroupe plein de trucs, et indie parce qu’indépendant

Marc : il y a aussi le fait que ça évolue avec nos gouts, dernièrement on a eu un peu un trip années 60, et ça se sent sur ce qu’on joue. Là en ce moment il y a beaucoup de réverb’.

[Du côté des influences aussi, tout se mélange, Walter et Christelle se rejoignent beaucoup, Solène fait écouter des sons que Marc va détester mais ils aiment l’idée qu’inconsciemment tout ça se mélange et se retrouve dans leurs compositions. Et d’ailleurs, si le premier EP était composé de chansons de Walter et Christelle, le deuxième naît du travail des cinq véritablement.]

Christelle : en fait jusqu’ici, les compositions qu’on faisait, on les composait de notre côté. Mais maintenant on compose tous à cinq, il n’y a plus quelqu’un qui compose un truc ou qui apporte un morceau. Ou si quelqu’un apporte un début, on finit toujours à cinq et après ça crée une ambiance et on trouve des paroles qui correspondent aussi à cette ambiance.

Le groupe travaille d’abord la musique, tous ensemble, avant de mettre des mots dessus, jusqu’ici toujours en anglais les mots d’ailleurs. Pourquoi ?

Marc : d’abord nos influences sont anglaises. Ensuite, à chanter, c’est beaucoup plus facile, par exemple les voyelles nasales en français sont beaucoup plus difficiles à chanter. Et même gueuler en français c’est super dur en chantant. Et en plus les textes en français sont très analysés, et analysables. En gros, à moins de faire de la vraie poésie, tu passes vraiment pour un con.

Walter : l’anglais c’est une langue chewing-gum, on peut en faire ce qu’on veut !

Solène : il y a aussi que les paroles, on les fait souvent en dernier. Et ce qui nous vient naturellement en impro quand on a fini la musique, c’est de l’anglais. Sauf une des dernières chansons qui est en français. C’est parce que les paroles sont venues à Chris en français en impro.

[Ce titre, c’est Contrôle :]

Le nouvel EP traduit le fait que vous fonctionniez maintenant totalement ensemble…

Christelle : ah oui totalement. Les compos sont beaucoup plus cohérentes et plus riches. Et en même temps c’est difficile de comparer le premier EP et le deuxième parce que le premier EP, les compos de Walt’ étaient ses premières compos, pareil pour les miennes. C’était que des premières fois. Ce deuxième EP est fait à cinq, c’est beaucoup plus cohérent et on a énormément avancé, sur les concerts, le studio, les influences.

Et du coup, vous en êtes où de cet EP ?

Christelle : les chansons sont prêtes, les compos et les textes, tout est prêt, et on attend le financement de Kiss Kiss Bank Bank pour passer en studio. On sait déjà où on va enregistrer, on n’attend plus que ça ! Enfin il y a déjà un titre qu’on a enregistré, New Romance, on a même fait le clip. C’est le premier vrai clip qu’on ait réalisé. On avait déjà fait une vidéo, mais c’était plus pour illustrer le morceau [Tonight, ndlr].

Walter : on dit que c’est le premier clip, dans le sens que c’est le premier clip travaillé, qui a un univers.

Du coup, vous pouvez nous parler un peu plus de ce nouvel EP ?

Walter : dans l’EP, on parle beaucoup de sentiments. Et si on ne parle pas d’amour, on parle beaucoup de sentiments inavoués ou cachés. Donc on n’a pas de titre encore mais on voudrait trouver un nom qui soit en rapport avec ça.

Christelle : Et on n’a pas choisi le single encore, qui sortira en janvier avec l’EP, avec un nouveau clip aussi.

“Notre manager n’est pas payé. Beaucoup de pros qui nous soutiennent le font bénévolement. Les jeunes groupes ? C’est plus une question d’humain que de business….”

[Et parce que je ne peux m’empêcher de trépigner d’impatience, le groupe accepte de me faire écouter des extraits acoustiques des deux autres titres de cet EP qui en comptera donc quatre. J’avais aimé New Romance, adoré l’extrait de Contrôle et comment ne pas s’emballer pour Love Machine et Heart & Bones, deux morceaux complexes, pop, ou rock, ou pop rock, indie, ou on ne sait plus bien. Après tout, Solène n’avait peut-être pas tort en parlant de Crock musique ! Il est beaucoup question de séduction dans ces morceaux, et la séduction ils n’en manquent pas.

Et c’est peut-être d’ailleurs grâce à ça, en plus de l’emballement que suscitent leurs chansons, qu’ils ont réussi à réunir autour d’eux une équipe de professionnels…

Marc : on a la chance d’être super bien entouré. On a des amis qui touchent un peu à tout, pour l’univers visuel, pour les clips. Donc on arrive à se débrouiller pour tout en autoprod’.

Christelle : on a vraiment beaucoup de chance, tout nous est toujours tombé dessus, que ce soit scène, studio, manager ou équipe qui nous entoure, graphiste, ingé son, lumières. Tous les pros avec qui on travaille sont des amis à la base, ou des amis d’amis qui se sont intéressés au projet qu’on développait. Donc on a énormément de chance, ce sont des professionnels qui sont motivés par le projet. Mais oui c’est difficile d’être un projet en développement parce qu’on n’a pas de fonds, d’où le Kiss Kiss Bank Bank, et en même temps c’est important de pouvoir mettre un minimum de budget pour pouvoir bien nous entourer parce qu’ils ne peuvent pas travailler gratuitement non plus même si certains le font. Brian [le manager du groupe, ndlr] n’est pas payé tant qu’on ne gagne pas d’argent, donc on a vraiment énormément de chance. Et les groupes en développement, je pense que c’est plus une question d’humain que de business.

Marc : dans l’histoire de l’humanité, les musiciens et les troubadours ont toujours été sur les routes, à tourner d’un côté à l’autre. Il y a juste pendant une époque, on va dire, pour dire large, pendant 70 ans, les musiciens ont pu vendre des disques et vivre des enregistrements mais maintenant on rentre à nouveau dans une époque où il faut refaire des tournées, faire plein de concerts et aller sur la route et je trouve ça très positif en fait.

Donc en fait, vous vous reconnaissez plus dans cette démarche de passer de scène en scène ?

Walter : il y a deux catégories de projets, il y a le projet que tu vas travailler en amont pendant 2 ou 3 ans dans l’ombre et que tu vas sortir d’un coup. Il y a le projet où tu fais plein de scènes et tu te fais connaitre au fur et à mesure où tu fais des scènes. Après la troisième solution ça serait peut-être internet, le buzz directement. Et – même si on mélange finalement – on est plus dans la deuxième catégorie. On a fait beaucoup de scènes, on s’est formé sur scène, on essaye d’avoir un petit public, d’avoir des avis critiques qui nous font avancer.

D’ailleurs, ça ne vous manque pas la scène ?

Walter : ah si !

Marc : à mort !

Christelle : ça nous manque trop mais on s’en est éloignés un peu pour pouvoir ensuite présenter des morceaux qu’on a travaillés à mort. Et là on a prévu de travailler pendant plusieurs mois pour préparer la scène, avec un set de dingue, un ingé son, quelqu’un aux lumières, faire des résidences, monter quelque chose de solide et après quand on remontera sur scène début 2014, on va présenter quelque chose de beaucoup plus travaillé !

Mettons la charrue avant les bœufs, après l’EP et les scènes, un album ça vous tente ?

Christelle : oui et non, parce que maintenant les groupes indépendants ne font plus trop d’albums parce qu’en fait pour faire un album il faut signer chez une major et on n’est pas dans cette logique-là. Du coup on est plutôt dans la logique des groupes indépendants qui font des EP tous les 6 mois même s’ils signent dans des labels. Un album, c’est beaucoup de moyens. On ne se voit pas dans une major même si on nous proposait quelque chose, mais dans un label indépendant oui.

Marc : en fait on ne veut pas se faire bouffer.

[Et s’ils savent ce qu’ils veulent et ont les pieds sur terre, ils rêvent aussi, ces cinq-là de ne se consacrer qu’à la musique. Et quand Solène tempère, elle n’est pas prête à arrêter le cinéma (on l’a vue dans Renoir mais surtout elle était une des 17 filles) qui lui donne la chance de pouvoir à des moments être totalement disponible pour le groupe entre deux tournages, Marc se voit déjà arrêter la fac. Réalistes, ils continuent aussi leurs projets en parallèle : Walter commence une école d’ingénieur son, Marc envisage une thèse en économie et sociologie après son master, Ben est dans une école de théâtre tandis que Christelle fait une pause dans ses études de médiation culturelle.]

Et c’est pour ça qu’ils n’arrêtent pas, entre le studio, les compos, les scènes à venir, leurs autres projets. Et d’ailleurs l’interview touche à sa fin, les Crocks se dissipent. Comme une petite famille, ce n’est pas pour rien que Solène dit de Christelle qu’elle est « un peu une maman » et que Walter qualifie Solène de « cousine relou ». Pas pour rien non plus que Marc me dit, pendant que les autres dissertent du degré d’infusion optimal du thé, qu’ils ont « trouvé cet esprit de groupe » et qu’ils sont « vraiment une petite famille ».

J’ai encore le temps de poser deux petites questions, entre deux remarques sur le thé. Quand on les interroge sur leur meilleur souvenir sur scène, Walter, enfant, le sourire communicatif, parle du concert au Théâtre de Ménilmontant, où les tickets étaient à leur nom « c’était cool de voir les gens avec leurs tickets avec dessus Mr Crock, c’était dingue », et Marc de se rappeler tous ceux qui étaient venus, même d’Espagne.

Et quand on leur demande quels sont les groupes dont ils rêveraient de faire la première partie : Omar Souleyman – pour le délire, Balthazar, Darkside, Tame Impala, Arcade Fire, La Femme – plus sérieusement. Et sinon, on croise les doigts, on les verra peut-être prochainement en première partie d’un autre jeune groupe qui monte, We Are Match.

Et voilà, il est temps de partir, c’est dommage, je serais bien restée, on se dit à la prochaine fois, parce qu’on les reverra c’est sûr, et je composerai avec mon impatience jusqu’à la sortie de l’EP. En janvier. On a hâte !

En plus : pour participer au financement de ce nouvel EP, c’est via Kiss Kiss Bank Bank, parce qu’ils sont jeunes, talentueux et qu’ils ont besoin d’un petit coup de pouce, également parce que Kiss Kiss Bank Bank a cet avantage que si le projet ne se concrétise pas, votre investissement vous est remboursé. A savoir aussi que selon le montant de l’investissement, vous recevez une contrepartie, l’EP en digital ou physique, des invit’ et des surprises bien plus fun encore ! Vous pouvez aussi les retrouver sur Facebook.

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2 commentaires

    vassart martine  | 29/11/13 à 22 h 07 min

  • J adore ce que vous faites bravo chritelle et ton equipe

  • vassart martine  | 29/11/13 à 22 h 11 min

  • Bravo j adore ce que vous faites surtout toi cricri et tes amis prête a vous soutenir bis

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