Narrow Terence : violence with benefits

15/01/13 par  |  publié dans : Albums, Musique | Tags : , ,

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Deux ans après le très réussi Narco Corridos et une petite traversée du désert, le combo originaire du Sud Est livre leur nouvel opus au titre évocateur Violence with Benefits. Né dans un contexte perturbé, l’album sort le 28 janvier avec un documentaire de 30 minutes retraçant cette troublante histoire. Chronique d’un projet à la richesse instrumentale et à l’univers hallucinants.

Il était une fois Terence l’Etroit

Derrière le personnage sombre et mystérieux de Narrow Terence se cache un quatuor de virtuoses multi-instrumentistes. L’histoire commence en 2002, lorsque les deux frères autodidactes et têtes pensantes du groupe (Antoine et Nicolas Puaux) décident de « Composer des chansons cultivant l’art et l’élégance déglinguées, soignées mais dangereuses ». Puis c’est la rencontre avec les violonistes Christelle Lassort et Buni Lenski (qui fera un temps partie de l’aventure), et la réalisation d’un premier album auto-produit, Low Voice Conversation publié en 2007.
Un 2ème opus, déroutant mais jouissif, suivra en 2010 : Narco Corridos, influencé par la surf musique, le métal ou encore le jazz balkanique réunit des comptines pour enfants pas sages, habitées de mariachis et de gangsters notoires.
Fricotant avec entre autres EZ3kiel, l’anti-héros Narrow Terence écrit peu à peu sa légende…

Chemin de Croix

Quelques (longs) temps plus tard, l’album Violence with benefits naît dans un contexte trouble et perturbé :
En février 2011, suite à une altercation dans les loges d’une salle Parisienne, les frères Puaux sont jugés coupables pour « coups et blessures » par la Xème Chambre Correctionnelle de Paris et écopent d’une peine de 150h de Travaux d’Intérêt Général. Le juge d’application des peines décide de les envoyer livrer des cours aux élèves de l’Ecole Nationale de musique de la ville d’Apt (83).
Cette expérience sonne pour tous comme une repentance, un chemin de Croix. De là, naît l’envie de créer un album dans la chapelle Baroque jouxtant l’école de musique. Une manière de s’acquitter de leur peine tout en laissant une trace de cet événement marquant. Enregistré en moins de 48 heures, Violence with benefits est un disque touchant, car sincère, et qui prouve l’ attachement du combo aux orchestrations minutieuses et à un son artisanal et organique.

Fête des fous baroque

Des les premières notes, les touches de piano lancinantes, les violons inquiétants et les trompettes suaves plantent le décor. Comme le cinéma de Tarantino, la musique de Narrow Terence a de la gueule… et des gueules. Elle met en scène des personnage aux faciès marqués, burinés, rugueux, qui écument les bars miteux ou les abords de bois douteux, à la recherche d’une belle pépée à lever Avec Narrow Terence, cowboy à l’allure déglinguée, on déambule dans une fête des fous burlesque et délicieusement flippante.

Le propos lui, est brut, frontal, comme l’indiquent la succession de titres provocants (Bottom bitch, Carnival bastar). On y parle de la mort, de l’amour insalubre ou rédempteur, de l’attente et du mensonge. De la sensualité aussi, comme dans le très sexy Dinner, qu’on jurerait exécuté au fin fond d’un bar de jazz de 3ème zone. En écoutant cette voix caverneuse, dotée d’une rage (l’animal Wet dead horses) puis d’une douceur déconcertante (Meeting ghost, Still waiting), on ne peut s’empêcher de penser à Tom Waits, autre freak parmi les freaks. Malgré quelques ballades savamment composées (comme Clay musty smell, Liar) et les harmonies léchées, le groupe – que l’on doit absolument voir sur scène au moins une fois – a du mal à cacher et à retenir la violence qui l’habite. Les cordes sont pourtant bien là, jouant leur rôle de panseur d’âme et créant des thèmes sensibles d’une autre époque. Les cuivres (trompettes « espagnoles » et trombones graves) donnent le rythme à une atmosphère changeante. Car si l’ambiance générale est hantée par la présence ambiguë et fantomatiques d’Allan Poe (dont le morceau hommage est magnifiquement troublant), l’humeur, elle, est indomptable : la musique s’excite et prend de l’ampleur au détour d’un joyeux bordel (aux sonorités tribales ou tango ça dépend), avant de s’alanguir le temps de longues plages musicales mélancoliques aux couleurs de déserts arides.

Elémentaire, mon cher Jeckyll

Les Narrow Terence dessinent donc un univers musical déroutant, possédé par des fantômes disloqués et des crimes inavoués. Un monde élégant et dangereux où les femmes et l’alcool semblent apaiser un peu la rage. Mêlant également influences tziganes (Wet dead horses) aux codes du western spaghetti (le sympathique morceau Enki en est un bel exemple), l’album est construit comme une œuvre cinématographique, entrecoupée de 4 interludes aux noms étranges (Carnival Piabone, Carnival violenspiel, Carnival drulinarinbone, Carnival Bastar) qui surprennent parfois l’écoute. On ressort troublé de cette expérience (plus acoustique qu’électrique) qui convoque autant de spectres. Le sublime Ghost meeting et l’aérien final musical finissent d’apaiser cette œuvre en forme de combat à la fois épique et intime, profond et sauvage ; Le côté obscur a rarement été aussi délicieux.

violencenarrowViolence with benefits :
1.Bottom Bitch
2.Carnival Piabone
3.Enki
4.Still waiting
5.Liar
6.Carnival violenspiel
7.Wet dead horses
8.Clay Musty Smell
9.Carnival Drulinarinbone
10.Dinner
11.Edgar A. Poe
12.Carnival Bastar
13.Ghost meeting
14.Carnival

En savoir plus : http://narrowterence.bandcamp.com/album/violence-with-benefits

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