Playlist 2012 : Rue Royale – Guide to an escape

22/11/12 par  |  publié dans : Albums, Musique | Tags : ,

Les découvertes se font souvent par le biais d’autres personnes. C’est un ami qui m’a amené vers l’univers feutré de Ruth et Brooklyn Dekker, un couple d’Américains qui réside aujourd’hui en Angleterre, à Nottingham. Sous le nom étrange – et très parisien – de Rue Royale, ils livrent un deuxième album aérien, Guide to an escape (sorti fin août chez Sinnbus Records /Very Fine Records).

L’artisanat de Rue Royale

Repéré depuis quelques mois suite à une poignée de concerts confidentiels donnés en France, Rue Royale a une vraie personnalité, à la fois simple et sensible qui force le respect. Nourrie au folk US et à la britpop, leur musique appelle autant les grands espaces que les confidences intimes. Si on retrouve le même sens des harmonies légères et la même maturité que le groupe Fleetwood Mac – avec qui on les compare souvent-, le duo anglo-américain se différencie par un univers très personnel, bricolé de chansons légères, de guitares sèches et d’un état d’âme particulier, vacillant entre une légèreté naïve et une gravité profonde. Cette approche artisanale (à l’opposé des superproductions pop ou des ballades ultra-stylisées qu’on voit fleurir à outrance dans le genre) contribue grandement au charme de Guide to an escape.

Ode amoureuse

Ce qui marque à la première écoute de ce deuxième opus est l’harmonie, le respect mutuel existant entre les 2 moitiés d’une entité. Que ce soit au niveau du chant, où la douce voix de Ruth fait écho à celle de son époux, ou au niveau des instruments, totalement complémentaires, l’ensemble irradie la sérénité. Les écoutes suivantes, bercées par une sorte de plénitude, ne font que confirmer cette symbiose, celle d’un couple en parfait accord qui traduit ce bonheur par l’équilibre délicat de ses ballades intimistes. Les touches de xylophones adoucissent encore ces petites déclarations d’amour, comme dans les très jolis Get me standing et Blame. Des bribes de romantisme à l’ancienne égayent l’ensemble « If you could find the time, come catch me up in june, then we could journey on, I love to be with you » (Meant to Roam). Enfin, le final The search and little else évoque avec reconnaissance la longue recherche de quelqu’un, qu’on a enfin trouvé « Grew up in a maze where I was afraid of the moon and in the haze of youth i went along to look for you ».

Mais ne nous y trompons pas, on n’est pas non plus dans le monde des bisounours. L’amour, thème récurrent de l’opus, est parsemé de doutes, d’ombres et de fantômes (« would you dare, would you dare pretend to know me when I stare ?» – Halfway blind). On ne construit pas une histoire sans efforts ni compromis.
Berlioz écrivait : « L’amour ne peut donner une idée de la musique ; la musique peut en donner une de l’amour ». Celle de Rue Royale évoque le chemin parcouru et les kilomètres restants, grâce à une atmosphère pudique, à la fois sereine et interrogative. Clairement mélancolique, elle pose les questions suivantes : Cette plénitude peut-elle durer toujours ? Est-ce que l’autre sera éternellement là pour comprendre toutes nos angoisses ? Certainement pas. Mais autant capter ce moment unique et en faire quelque chose qui restera. Les chansons naissent souvent de malheurs sentimentaux, de ruptures ou de désamours atroces. Ici, le moteur c’est l’amour partagé. Guide to an escape en est le lieu de recueillement et d’évasion.

Destiné à se déplacer

Car même amoureux, on a besoin de partir, de voir du pays, d’avancer. C’est ce que raconte aussi l’album. Les tourtereaux globe trotter y livrent ainsi leurs récits de voyage et de rencontres, le mal du pays parfois, comme ce nostalgique We’ll go on alright qui invoque le passé (« When nostalgia gets the better part of me, there’s an awful lot of history between us, there’s an awful lot of history in our tears »). Et puis, il y a ces confessions touchantes quant aux absences et aux manques qui font partie de toute échappée belle : « The road ahead is difficult indeed, we’ll go on alright, we’ll go on alright. »

Une batterie légère rythme les morceaux et part de temps en temps en crescendo (le titre Guide to an escape, où les percussions y sonnent comme deux cœurs qui battent à l’unisson). On croise ensuite des chœurs « christiques » et des pianos enivrants comme tout droits sortis d’un songe (l’ hypnotique Halway blind). Cette ambiance étrange contribue à la gravité incrustée en filigrane sur l’opus. Amoureux mais réalistes. La douceur s’électrise parfois un peu (la fin du morceau Crater) mais c’est pour mieux revenir tranquillement le temps d’une ballade amoureuse contemplative (Foreign night). Guide to an escape se vit alors comme un voyage qui, à coups de guitares mélodieuses et d’échos mystérieux, nous trimbale d’immenses forêts en chambres d’enfants, de routes bitumées en carnets intimes froissés.

Dans les ambiances, on pense parfois à Midlake (les dérives psychédéliques en moins), à Simon & Garfunkel, adeptes de l’harmonie vocale, ou encore à Angus et Julia Stone (en un peu plus indé et authentique). Mais comparer ne sert pas à grand chose. Le seul constat est que Rue Royale fait de la belle pop : les mélodies sont simples et célestes, la production est juste et n’en fait pas trop, les arrangements sont lumineux, les chants graciles, les sentiments humains sont bel et bien là. Bref la magie opère.

Une cure de Rue Royale pour aider à passer l’hiver ? Plutôt 2 fois qu’une. Un peu d’amour en ces périodes troublées et irritables ne peut vraiment pas faire de mal : ça se prend comme des vitamines, en prévention. Avec Guide to an escape, le couple de musiciens signe un très beau disque pop, mature et envoûtant, nous invitant effectivement à prendre la fuite. Vers d’autres paysages, d’autres envies, d’autres discours, qu’importe, tant qu’on est bien accompagné.

Guide to an escape (Sinnbus & Very Fine Records/Août 2012).

1. Guide to an escape
2. Halfway blind
3. Flightline
4. Get me standing
5. Blame
6. Knocked back to the start
7. Crater
8. Meant to Roam
9. We’ll go on alright
10. Foreign night
11. The search and little else

Plus d’infos sur : http://rueroyalemusic.com/

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