Playlist 2012 : The Raveonettes – Observator

08/11/12 par  |  publié dans : Albums, Musique | Tags : ,

Observator est typiquement un de ces albums à qui la chaleur de l’été indien ou la lumière du jour ne va pas forcément. Mis de côté depuis sa sortie (le 10 septembre chez Beat Dies), je l’ai ressorti lorsque le moment s’est voulu plus propice. Il y a quelques temps, je serai passé complètement au travers. Aucun regret donc. La musique est une question d’instant.

50 nuances de gris

Peu après la sortie de l’EP Into The Night, le duo danois originaire de Copenhague livre un 6ème album tout de gris vêtu qui s’accorde à merveille avec ce mois de novembre. Le son est fidèle à la pochette : étrange, flou, planant .

En début d’année, le groupe avait sondé les fans via son facebook : qui verraient-ils aux manettes de cet opus? Finalement, le producteur Richard Gottehrer, accroc du son vintage (et qui avait déjà travaillé avec le tandem sur Pretty In Black, 2005, mais aussi avec Blondie ou The Go-Go’s) gagnait le gros lot. L’album, enregistré dans le studio Sunset Sound d’Hollywood (où The Rolling Stones, Beck, Neil Young, Tom Waits, The Smashing Pumpkins, Weezer et Elliott Smith sont passés) a sans doute puisé sa maturité dans ses bonnes ondes.

Old school power

Car maturité il y a dans cet album qui fête les 10 ans de carrière du groupe. La blonde Sune Rose Wagner (chant/guitare) et son acolyte Sharin Foo (chant/basse) s’inscrivent dans la lignée de ces duos qui fascinent parce qu’ils sont unis par une complicité particulière (The Kills, The White Stripes). Autre particularité du tandem : il sonne old school. Depuis le début, les Raveonettes sont nourris de pop américaine du début des années 60. Ce côté noisy de rock-garage saturé peut sembler dépassé, mais c’est justement là que réside le charme de leur discographie.

Un peu moins présent dans Observator, ce floutage d’échos et de réverb est au service d’une œuvre plus intimiste. On dirait un vieux vinyle, un de ceux qui ont rayé la platine à force de passer en boucle les soirs de pluie. On y croise alors les fantômes du Velvet, de The Jesus and Mary Chain ou encore de Blonde Redhead (dans l’étrange Curse the night et ses voix très aiguës).

Le tout est enveloppé d’une volupté discrète mais assez incroyable, qui joue beaucoup dans l’effet addictif de l’album. Les cœurs sont ravagés, les âmes inconsolables, mais le bourdon passe bien avec la douce voix de miss Rose aux airs de baby doll sixties. Celle de sa moitié masculine s’harmonise parfaitement et apporte une atmosphère éthérée invitant à un doux spleen.

L’effet brume

L’album est court : 9 titres en 32 minutes. Dès la première love song Young and Cold (qu’on dirait sorti tout droit d’un best of des Brian Jonstown Massacre), l’effet est instantané, efficace. Le son grésille et les voix se posent magnifiquement sur des mélodies accrocheuses, lancinantes. L’utilisation du piano – une nouveauté – apporte de la clarté à plusieurs titres. C’est le cas pour le planant Observations, parfait pour une ballade nocturne en voiture sur l’autoroute, avec ses guitares langoureuses et ses accalmies aériennes.

Avec Observator, on voyage dans les brumes. Les atmosphères sonores sont très travaillées. Certaines ont la beauté froide et saisissante des plus belles héroïnes de films noirs. Le sang scandinave n’y est certainement pas pour rien.
Au milieu de ce brouillon mélancolique s’extirpent des morceaux parfois beaucoup plus pop (Downtown, She owns the street : le titre le plus dansant et le plus accessible de l’album) ou rock’n roll (le final Till the end).

Entre résignation et rébellion

Dans Observator, les chansonnettes sont moins sucrées que dans les précédents opus. La légèreté est pourtant bien là. Les textes ne sont pas des œuvres littéraires mais des observations de la vie quotidienne et des relations humaines. Face aux déceptions et à la lassitude, à la souffrance morale et physique, un sursaut de rébellion combat la résignation dès le premier titre: « I don’t wanna be young and cold ». La rupture et le manque sont exprimés avec douceur même lorsque les mots blessent (« I want you, you didn’t want me » dans l’hypnotique Curse the night, « You hit me, I’m down! »)

Le constat est net : on s’en prend tous plein les dents. Dans l’obscurité, l’apaisement est possible. Mais peut-on laisser gagner l’agressivité ou la déchéance ? Dans She owns the street, qui évoque une fille des rues paumée, Sune Rose demande « Is it valium, is it all drugs? Or is it just every day fun? Do you sleep to forget? » Imparable.

Au final, The Raveonettes signent avec Observator un ensemble vaporeux, suave, mélancolique et sexy qui s’écoute avec délice. S’ils ne font que faire doucement évoluer leur musique vers un univers de plus en plus personnel, on adhère plus que jamais à cette marque de fabrique qui font leur originalité. Espérons qu’ils seront encore là dans dix ans pour accompagner nos cafards hivernaux…

Observator (Beat Die/2012) :
01 – Young and Cold
02 – Observations
03 – Curse the Night
04 – The Enemy
05 – Sinking With the Sun
06 – She Owns the Streets
07 – Downtown
08 – You Hit Me (I’m Down)
09 – Till the End

Concerts : The Raveonettes passera par Paris le 7 décembre 2012 (Trabendo), en Belgique le 8 (Het Depo à Louvain) puis en Suisse le 15 février 2013 (L’Usine de Genève).
En savoir plus sur : http://www.theraveonettes.com/splashpage/

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