Playlist 2012 : Two Gallants -The Bloom and the Blight

15/11/12 par  |  publié dans : Albums, Musique | Tags :

Ça c’est une vraie claque, d’abord prise en live lors de leur passage il y a presque un an au festival des Nuits de l’Alligator où ils présentaient en avant-première française leur album The Bloom and the Blight (sorti en septembre chez Fargo). Alors complètement inconnus à mon bataillon, les Two Gallants impressionnent par leur présence sur scène et la qualité de leurs morceaux qui n’ont rien à envier à la fièvre des Black Keys ou autres Jack White.

HÉRITAGE SUDISTE

Les Two Gallants portent le nom d’une nouvelle de l’écrivain irlandais James Joyce mais s’abreuvent de blues et de rock’n roll. Ils viennent de Californie mais transpirent la musique black américaine née dans le delta du Mississipi. Adam Stephens (guitare, chant, harmonica) et Tyson Vogel se connaissent depuis l’âge de cinq ans, et ont écumé durant l’adolescence différents styles musicaux avant d’opter en 2001 pour le créneau qui leur ressemblent le plus : un rock-folk puissant et habité.

Férus de littérature, Faulkner en tête (on retrouve dans leur musique l’aspect « poisseux » que l’auteur américain a distillé dans ses livres), les galants hommes aiment les histoires qu’on se raconte au coin du feu, les légendes de cowboys. C’est dans cet état d’esprit de découverte qu’ils entament en 2002 un road-trip à travers les États-Unis, pendant lequel les deux amis proposent des concerts au plus près des gens, dans la rue ou sous le porche de leur maison. Les sets dans des vraies salles s’enchaînent tandis que leur réputation commence à grandir. Forts de ces expériences, les baroudeurs sortent en 2004 un premier album roots, The Throes, suivi de What The Toll Tells (2006), dans lequel ils racontent des histoires douces-amères, sous l’influence évidente de Bob Dylan. Après un EP (The scenery of Farewell, 2007) et un 3éme album intitulé simplement Two Gallants, le tandem peaufine son art, écumant encore et toujours les petites salles où il peut aller à la rencontre de la population, son moteur.

ÉPOPÉE SAUVAGE

Bloom and the Blight, produit par John Congleton (The Walkmen, Explosions In The Sky, St. Vincent), sort en 2012 et marque les retrouvailles des deux compères après des projets solos. Puisant plus que jamais son inspiration dans l’héritage sudiste des États-Unis, l’album est plus féroce que les précédents, nourri également par des influences punk ou grunge. Si Nirvana avait grandi dans la lumière de San Francisco (et non dans la grise Seattle) et avait écouté un peu plus de blues que de Mudhoney, il aurait peut-être sonné comme Two Gallants.

L’ensemble, composé de riffs énervés, de montées en puissance et d’accalmies acoustiques, dure une trentaine de minutes en tout. Par dessus s’élèvent les mots tantôt doux tantôt déchirés du barbu blond Adam, dont le grain de voix rocailleux rappelle Connor Orbest (Bright Eyes).

Dès le premier titre, on sent qu’on va être accroc à ce blues- rock crasseux d’un autre temps. Halcyon Days -ou un peu plus de 4 minutes de rock’n’roll à l’état brut- convoque une guitare saturée, une batterie au tempo écrasant et une voix éraillée qui fait mal au bide. Représentatif de l’album dans sa globalité, le morceau vacille vers un lyrisme acéré. On en redemande. Tant mieux, les compositions s’enchaînent à vitesse grand V. L’excellente Song of songs au début faussement gentillet nous en met plein la tête, cassant les rythmes pour créer une composition déstructurée des plus jouissives. Après le furieux My love won’t wait qui hurle l’impatience et le désir, on sort essoufflé.

Ca tombe bien, l’intimiste ballade amoureuse Broken eyes (qui rappelle par ses harmonies les plus belles love songs des Avett Brothers) permet de ralentir le rythme cardiaque. La suite de l’album est de la même manière faite de montées et de descentes vertigineuses. Les guitares grésillent et la voix tremblante d’Adam hurle haut et fort dans le « nirvanesque » Ride Away. Le morceau central, Winter’s youth, conjugue couplets calmes et refrain fougueusement électrique. Ses échos country en font un morceau hallucinant, à la fois rural et épique (on pense forcément un peu à Fleet Foxes).

Au milieu de ce déchaînement vocal et instrumental se faufile le délicat Ducay dont les chœurs et l’ habile jeu d’arpèges permet de souffler le temps d’une berceuse réconfortante. Idem pour le mélancolique Sunday souvenirs et son piano qui adoucit le côté brut de la pépite.

Souvent comparés aux White Stripes, Two Gallant ont en fait cette même façon d’habiter intensément leurs chansons, qui évoquent des histoires d’amour désastreuses, de vieillesse (dans le désabusé Cradle pyre) et de regrets. Déployant sur scène une énergie impressionnante pour un duo, leur musique électrise celui qui sait l’entendre. Les lourdes frappes du gringalet batteur Tyson et la voix tremblante d’Adam qui semble jouer sa vie à chaque morceau file le frisson.

Avec The Bloom and the blight, Two Gallants signe une œuvre à la fois brutale et élégante, douloureuse et vivante, masculine et fragile. Un opus qui sent la fièvre, allie l’esprit du blues à l’ancienne et les résidus d’un rock colérique. Dignes représentants d’une folk-rock mélodieuse et abrasive à la croisée de la classe et du sauvage, les deux messieurs passent avec brio d’un son crade parfaitement maîtrisé à des rythmes épiques délicats, nous invitant, tels des chercheurs d’or, à prendre la route ou à renouer avec quelques racines oubliées. On les suit sans problème.

The Bloom and the Blight (Fargo/2012)

1. “Halcyon Days”
2. “Song of Songs”
3. “My Love Won’t Wait”
4. “Broken Eyes”
5. “Ride Away”
6. “Decay”
7. “Winter’s Youth”
8. “Willie”
9. “Cradle Pyre”
10. “Sunday Souvenirs”
11. Dyin’ crapshooter’s blues (Bonus Track)
12. I’m so depressed (Bonus Track)

En savoir plus : http://www.twogallants.com
En concert le 11 décembre au Casino de Paris.

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