Playlist 2013 : Devendra Banhart – Mala

18/04/13 par  |  publié dans : Albums, Musique | Tags : , , ,

2013DevendraBanhartCREDITAnaKras100113Après 4 ans d’absence, le gringalet déjanté au look hippie revient avec une nouvelle coupe de cheveux, une nouvelle garde robe (plus hipster que gourou 70’s) mais surtout un nouvel album intitulé sobrement Mala . Mais nous fait-il voyager autant ? Ben oui.

Just like a child

D’après les dires de l’intéressé, le titre du disque est inspiré d’une bague offerte par sa fiancée, l’artiste contemporaine Ana Kras, originaire de Serbie, où était gravé le mot “mala”, soit “petit” en serbe. “Mala” signifie également “mauvais” en espagnol (deuxième langue maternelle de Devendra Banhart, qui a grandi au Venezuela). En portugais, le mot désigne la “valise”. On aime à penser que le musicien a voulu jouer sur les mots, tant son 8ème opus studio nous évoque le voyage, les grands espaces latins et l’errance. A l’instar du poétique interlude musical The Ballad of Keenan Milton, rêverie itinérante des plus agréables.

Mala est loin d’un disque mauvais, mais c’est un disque effectivement petit, dans le sens intime, simple. Et c’est une bonne chose dans ce cas précis. On se sent sur la route, on part au hasard des rencontres, des sons et des images à graver dans les mémoires. On passe aisément de l’anglais à l’espagnol, de mélodies douces et vintage à des morceaux plus accrocheurs et modernes. Si une certaine maturité se ressent dans ce nouveau projet, le chanteur barbu au corps svelte demeure l’ enfant curieux et spontané, ouvert à toute sorte d’expériences (humaines et métaphysiques).

Certes, l’aspect novateur de certains titres (l’expérimental Hatchet wound) peut dérouter les fans de la première heure, attirés justement par la fraîcheur artisanale de ses premiers albums qui a fait aimer jadis Devendra. Mais à l’écoute du disque entier, l’esprit du musicien au regard hagard est toujours là, quoique plus apaisé. Par bien des aspects, Mala a le charme du folk bricolé des débuts, comme si il avait été enregistré avec des amis de passages dans un grenier poussiéreux rempli de vieux jouets, de photos d’ancêtres, de chats et de tasses de thé indien.

Analogique, mon cher Banhart

L’amour du son, Devendra a su le préserver intact. Fini les effets psychédéliques et les inventions déroutantes à rallonge (dans le précédent What Will We Be notamment), qui n’ont fait que réveiller à un moment les plus gros clichés baba cool et son statut un peu ridicule de Christ de la folk.

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C’est donc avec plaisir que l’on retrouve la marque de fabrique d’un songwriter plus sobre, nomade et contemporain, qui s’inspire de la légende hippie mais avec détachement et humour, qui peint, voyage – l’artiste a vécu au Texas, au Venezuela, en Europe, en Californie et à New York- et qui remet du soleil dans ses chansons.

Un être un peu à part, solitaire et rêveur : “Mon idée du paradis, c’est une pièce remplie d’amis, où personne ne prendrait la parole. Il y en a un qui lit, un qui écrit, un qui prend des photos. Nous sommes ensemble, mais silencieux.” Des amis, il en a pourtant beaucoup. Son vieux pote par exemple, le Californien Noah Georgeson (collaborateur de Vetiver, Joanna Newsom et Adam Green) a œuvré à la réalisation de Mala (il y joue de la guitare) dans sa maison-studio de Los Angeles. Suite à la découverte d’ un vieil enregistreur Tascam qui traînait dans la boutique d’un prêteur sur gages et sur lequel avaient été enregistrés des dizaines de morceaux hip-hop, la paire a décidé de voir ce que ça donnait si on mélangeait le tout à des chansons folk.

Au final, on ne voit le résultat de cette expérience que sur le titre Your Fine Petting Duck, ballade electro-pop aux influences dance très années 80 et Won’t you come over, dont le mélange des genres folk et hip-hop se révèle radieux. Le reste oscille entre courtes balades épurées, berceuses indie pop chuchotées par une voix tremblante caractéristique et quelques morceaux plus “audacieux”. Privilégiant l’enregistrement analogique (surtout dans la seconde partie de l’opus), Devendra livre un travail raffiné, délicat et subtil. On se ballade dans le jardin plein de saveurs et de couleurs de Monsieur Banhart avec délice et langueur printanière.

De voyages et de bricoles

Le riff de Golden Girls et ses chœurs en forme de caresse, puis Daniel et son rythme jazzy feutré donnent le ton de ce que sera l’album : cool et détendu. Devendra se la joue charmeur sur une note tendrement hispanique à l’effet rétro (le très beau Mi negrita) qui sent bon les souvenirs d’enfance, l’émerveillement amoureux et le soleil d’été en fin de journée.

A cela s’ajoutent un brin d’ambiance à la Velvet underground (Never seen such a good thing, qui donne envie d’onduler les hanches nonchalamment), un soupçon de nostalgie (A gain) et d’humour (le monologue de Your fine petting duck, où le gentleman rigolo tente de repousser les avances d’une ex-copine). Et puis, il y a ces sonorités presque trip-hop (le planant Für Hildegarde Von Bingen, dédiée à une sainte catholique du XIIe siècle qui écrivait et composait de la musique), électro (la fin très étonnante de Your fine petting duck), et la boite à rythme hip-hop (Won’t you come over) qui déroutent autant qu’ils aiguisent la curiosité. Les ambiances bricolées, planantes et contemplatives que l’on aime chez Devendra (comme sur le joyau onirique, Mala), enrobent joliment le tout.

Même si le discours sur l’amour est ambigu (c’est comme si il découvrait comment marche un couple) et indécis (Pourquoi tu ne pars pas ? Pourquoi tu ne rentres pas à la maison? sur le titre Won’t you come home, doux et suave comme une paresse), ce sentiment est pourtant ce qui fait tourner le monde de Devendra. Et sa musique, qui sent vraiment bon l’amour. Le courtois, le coquin, le fantasmé, le réel, l’universel.

Sobre et raffiné, cool et chaleureux, bohème et épanoui, Mala est un petit disque délicieux, à écouter le temps d’une pause rêveuse et régénératrice. Un bain de soleil en boite, doux comme le miel sur les tartines de mamie. Merci Monsieur Banhart.

Devendra Banhart- Mala (2013, Nonesuch)
1 Golden Girls
2 Daniel
3 Für Hildegard Von Bingen
4 Never Seen Such Good Things
5 Mi Negrita
6 Your Fine Petting Duck
7 The Ballad Of Keenan Milton
8 A Gain
9 Won’t You Come Over?
10 Cristobal Risquez
11 Hatchet Wound
12 Mala
13 Won’t You Come Home
14 Taurobolium

En savoir plus : http://www.devendrabanhart.com/

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