Playlist 2013 : Sallie Ford & The sound outside – Untamed beast

12/04/13 par  |  publié dans : Albums, Musique

SALLIE_FORD_PANO

Décomplexée, talentueuse, provocatrice et drôle. Voici en quelques mots la description de Sallie Ford, leader du groupe américain Sallie Ford & The sound outside et peut-être la voix féminine rock la plus excitante du moment. Dans son 2ème album Untamed Beast, elle évoque sans tortiller la fête, le sexe et l’alcool sur fond de musique rétro. Tout un programme.

Vous avez dit Rockabilly ?

Deux ans après Dirty radio qui explorait les sons du rock des années 50, Sallie Ford & The sound outside revient donc avec Untamed Beast, un album sauvage et pêchu, entre surf musique et rockabilly des sixties. Une galette qui fleure bon le vieux son vintage (sans le kitsch) que ce soit dans les compositions ou les arrangements : voix criarde et sensuelle, guitares fuzz rétro, riffs lapidaires, reverb exacerbée et amplis à l’ancienne sont au service de mélodies efficaces et rapidement addictives.

sallie19f-1-webNe vous fiez pas aux apparences, cette jeune femme à la dégaine de secrétaire timide des années 50 et aux lunettes improbables cache bien son jeu : dotée d’une sacrée personnalité, la miss n’est pas du genre à garder la langue dans sa poche et ne s’en laisse pas conter. Figure féministe (“Il est temps qu’une fille infiltre le monde masculin du rock’n’roll et le chope par les couilles !” ) autant que championne de l’auto-dérision, Miss Ford se nourrit autant des racines de la musique US que d’une modernité qui lui est propre. Elle refuse les étiquettes et les tiroirs :“Cette génération n’a pas besoin de genres. On a besoin de liberté, d’honnêteté, de nudité.” Pour preuve, le morceau (sans doute le plus rude de l’opus) Rockability, sorte de pied de nez ironique à ceux qui estampillent un peu vite son travail de simple rockabilly.

Cash only

La pochette d’Untamed Beast (la version européenne non censurée bien sûr, où une femme topless et au crâne de taureau tient nonchalamment un cornet de glace à la main) est à l’image de Sallie et de sa musique: cash, dévergondée et fun.

salliefordpressAvec une voix rock’n roll qui se fait parfois douce (notamment dans la dernière chanson acoustique Roll around, touchante et dépouillée), Sallie apporte (sur disque et encore plus en live) une saveur salée de sueur et de poussière qu’ont remis au goût du jour des groupes comme The Black Keys, par exemple. Alors certes, l’engouement actuel pour tout ce qui est vintage a certainement contribué un peu au succès du combo, mais chez Sallie, ça sent le bayou et le vieux whisky, l’authentique et le vécu. Et si le groupe avoue volontiers avoir été plus sérieux et sombre sur le précédent opus, il s’est lâché gaiement sur le très libre Untamed Beast, condensé de fougue et de naturel.

Car Sallie est une femme multi-facettes qui vit pleinement ce qu’elle chante. Et met ses tripes dans ses compos. Elle crie, pleure et s’époumone sur le passionné Devil, telle un Elvis en jupette à pois. Elle se fait canaille sur le langoureux morceau Shivers, où l’on devine des influences à la fois rock, soul et r’n’b. Avec le très énergique Lip boy, elle envoie carrément du lourd, n’ayant rien à envier à ses pairs masculins. Il y avait PJ Harvey et Patti Smith : il faudra désormais compter avec Sallie Ford messieurs. Ses musiciens sont comme elle : ils se font manifestement plaisir. Dès l’ouverture, They told me fait retentir des guitares crasseuses qui font revivre le bon vieux rock crado chauffé à l’ampli à lampe.

Party kids, véritable cri de ralliement pour esprits libres, fait remuer le popotin autant qu’il file le frisson. Idem pour Do me right, joli cocktail d’énergie qui balance entre chœurs à la Andrew Sisters et guitares country. Et quand la lady affirme, “pour moi, le rock’n’roll n’est pas un genre, c’est une énergie”, on se dit qu’elle et ses bad boys ne finiront pas dans le musée des nostalgiques et autres passéistes qui “jouent à la manière de” pour exister.

Sympathy for the devil

Brut et sauvage, Untamed Beast livre pendant une trentaine de minutes un rock’n roll énergique et sans âge jubilatoire, qui sent la gomina et les dinners de bord de route. Pas d’esbroufe cependant, on est pas dans Grease : les mauvais garçons, les bagarres, l’alcool et le diable ne sont pas très loin. Les mises en pli et les soquettes, elles, prennent feu dans un bûcher de twist-rock gras et de guitares débauchées qui braillent (le titre Devil, véritable tube à déhancher les cowboys les plus raides). Bref, la fiesta selon Ford, ça déménage.

Les textes eux sont directs, intelligents, souvent salaces. “Je voulais pouvoir chanter à propos de sexe, je me moque d’être censurée. Un peu de sincérité bon sang !” Avec ses ronds de jambes western, le titre Bad boys sonne comme une b.o de Tarantino et va droit au but : “I can sweat, I can yell, I can raise on hell / I can fuck, I can drink, and I don’t care what you think. You could say I’m just a girl, but I’ve had a lady I do I bet she’s been..to eat / Yeah I’m like bad boys !”. Nous voilà prévenus.

Du trash, de la folie, du rétro et de l’exubérance sexy, voici la recette d’Untamed Beast. Avec un album rentre-dedans, mordant et coquin, Sallie et sa bande de mauvais garçons font plaisir à nos oreilles, à nos corps et à nos instincts les plus foufous. Un des meilleurs albums de ce printemps. De la liberté et de la fièvre que diable !

A voir, en tournée en Europe et en France : 18 mai au festival Papillons de nuit (Saint Laurent de Cuves) / 19 mai au Art rock festival (Saint Brieuc) / 22 mai à Angoulême / 23 mai à Saint Nazaire / 24 mai au festival Les 3 éléphants (Laval) / 25 mai à Cancarneau / 27 mai au Trianon de Paris / 30 mai à Montpellier / 6 juin à Angers

SallieFord-UntamedBeastSallie Ford & The sound outside- Untamed beast (2013, Fargo)

1. They told me
2. Addicted
3. Party kids
4. Bad boys
5. Shivers
6. Devil
7. Paris
8. Do me right
9. Lip boy
10. Rockability
11. Roll around

En savoir plus : http://sallieford.com/site/

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