Queen ou l’opéra rock

01/06/07 par  |  publié dans : Artistes, Musique

Qui ne connaît pas We are the champions ou encore We will rock you ? Certes rien que ces deux hymnes, récupérés notamment par les supporters de foot du monde entier, font danser les foules mais Queen ce n’est heureusement pas que cela.

Queen est un des groupes les plus connus au monde au même titre que les Beatles ou les Rolling Stones et la plupart des gens connaissent au moins quelques chansons de leur répertoire, parfois sans même savoir qu’il s’agit d’eux. Pourtant, si tout le monde connaît les sempiternels tubes commerciaux, I want to break free ou The show must go on, il y a une deuxième facette chez ce groupe, des chansons osées mêlant habilement glam-rock, chœurs, soli de guitare et mélodies grandiloquentes, reflet du son des années soixante-dix. Ce sont les chansons des débuts, des chansons méconnues du grand public avec comme aboutissement dans ce style le sublime Bohemian Rhapsody. Revenons sur le parcours de ce groupe anglais légendaire.

Queen est composé d’un chanteur, Freddie Mercury, d’un guitariste, Brian May, d’un batteur, Roger Taylor et d’un bassiste, John Deacon. Le groupe a composé une quinzaine d’albums sur près de vingt ans et sa formation s’est arrêtée à la suite de la mort de Freddie Mercury. En 2005, il s’est reformé le temps d’une tournée prenant le nom de Queen + Paul Rodgers et un nouvel album est en préparation. Seul Brian May et Roger Taylor participent à cette nouvelle aventure avec Paul Rodgers en tant que chanteur, ancien membre de Free et de Bad Compagny.

Now I’m here

Tout commence à la fin des années soixante avec le groupe Smile, composé de Tim Stafell au chant, Roger Meadows Taylor à la batterie, et de Brian May à la guitare. Freddie Mercury, à cette époque, est un ami de Tim Staffel. Il apprécie beaucoup le groupe et vient très régulièrement les voir jouer et répéter. Voulant lui aussi faire partie d’un groupe, il tente l’expérience à trois reprises avec Ibex et Sour Milk Sea puis Weckrage. Finalement c’est avec Roger et Brian que Freddie finit par s’unir au moment où Tim Staffel quitte Smile. Ils forment un nouveau groupe qu’ils baptisent du nom de Queen. C’est Freddie qui le trouve : un nom aux connotations royales, théâtrales, dynamiques, puissant et surtout facile à retenir. En avril 1970, Queen est né. Il ne lui manque que de l’expérience, des nouveaux titres et un bassiste. Au départ, ils récupèrent quelques titres de Smile et Weckrage qu’ils améliorent ou modifient. C’est Freddie et Brian qui composent la plupart des chansons. Après quelques essais, ils trouvent aussi leur bassiste en la personne de John Deacon. En 1971, le groupe est au complet et, jusqu’à la disparition de Freddie, restera uni quoi qu’en dise les ragots et les médias !

Les débuts ne sont pas très faciles et le groupe peine à trouver une maison de production, voulant à tout prix ne pas faire de compromis concernant leur musique. Ce sera finalement Trident, filiale d’EMI, qui va les engager et les envoyer en studio pour enregistrer leur premier album. Ils commencent donc avec peu de moyens et des conditions difficiles mais rien n’arrête le groupe qui commence petit à petit son ascension. En 1972, le groupe termine d’enregistrer son premier album ; en parallèle Freddie, lui, cherche un emblème auquel les gens pourront associer le nom. Il crée ainsi le logo de Queen en se servant des signes du zodiaque de chacun des membres : deux lions, un crabe et une vierge (en forme de fée) avec au centre la lettre Q, surmonté d’un phoenix, symbole d’espoir et d’éternité. Queen sort en 1973 avec peu de publicité. Accueilli de manière mitigée par la presse qui y voit notamment une copie de Led Zeppelin, il a pourtant un franc succès sur scène, où le jeu dynamique et puissant de Freddie fascine. Sans cesser d’enregistrer ni de se produire sur scène, Queen sort en 1974 Queen II, en clin d’oeil aux albums de Led Zeppelin qui justement portaient des numéros. Dans cet album, leur style est plus abouti, ils vont jusqu’au bout de leur volonté, se lançant dans une musique rock mélangeant tantôt des soli psychédéliques, des envolées baroques, des effets flamboyants, jouant avec les choeurs et multipliant les changements de rythmes. Les membres du groupe s’en donnent à cœur joie pour explorer toutes sortes de trouvailles musicales, sans jamais sombrer dans le ridicule.

Don’t stop me now

Tandis qu’ils partent en tournée avec Mott the Hoople dont ils font la première partie, les musiciens de Queen enchaînent avec leur troisième album : Sheer Heart Attack. La consécration est au rendez-vous avec le flamboyant Killer Queen, premier titre à se classer dans les charts. Mais Queen n’a pas encore révélé tout son talent ni toute l’originalité de ses chansons. Le coup de maître arrive en 1974 avec le quatrième album, A Night at the Opera et sa chanson phare, Bohemian Rhapsody, composée par Freddie Mercury. Ce morceau, que la maison de production veut au départ couper car elle le trouve trop long et soit disant impossible à diffuser à la radio, est pourtant immédiatement un immense succès. Des années plus tard, il sera d’ailleurs élu meilleur single de tous les temps.

Le groupe est en pleine gloire, les concerts s’enchaînent. En 1976, ils organisent un concert gratuit à Hyde Park, font des tournées à travers le monde, notamment aux Etats Unis ou au Japon, pays fan de la première heure. 1976 est aussi l’année de la sortie de A Day at the races, la suite complémentaire de A night at the Opera. L’année suivante c’est la sortie de News of the World et de ces deux fameux succès mondiaux : le puissant We will rock you de Brian May et le sublime We are the Champions de Freddie Mercury. C’est avec cet album que la France, boudant jusqu’à présent les premiers albums, va enfin s’intéresser à la reine.

Let me entertain you

Chaque album possède un son différent. Queen ne reste jamais sur des acquis musicaux, cherchant toujours à progresser, inventer, surprendre, même si son style reste particulièrement affirmé et reconnaissable, mélangeant piano, choeurs, soli de guitare, le tout accompagnant la voix exceptionnelle de Freddie. Après la sortie en 1978 de l’album Jazz, très rock et marqué par une basse omniprésente, des morceaux entraînants : Let me entertain you, Don’t stop me now et plus mercurien Moustapha, Jealousy, Queen entame un virage dans les années quatre-vingts avec l’album The Game, utilisant pour la première fois des synthétiseurs, qui viennent bouleverser la mention sacerdoce inscrite depuis les débuts sur chaque album « No synth ! ». Les tubes sont plus calibrés et commerciaux. Le discret John Deacon apporte un tube planétaire avec Another one bites the Dust tandis que Freddie Mercury compose Crazy little thing called love dans le style rockabilly, en clin d’oeil à Elvis Presley jouant également de la guitare pour la première et dernière fois ! C’est l’année également où sort leur premier Greatest Hits, composé de leurs chansons les plus populaires. L’album restera de très nombreuses semaines numéro un des ventes en Angleterre.

Contacté pour réaliser la bande originale du film Flash, le groupe fait une tournée en Amérique du Sud remplissant des stades de plus de 200 000 personnes, un record pour l’époque. En 1982, l’album Hot Space va quelque peu désorienter les fans. Moins rock, plus funky, il est aujourd’hui encore considéré comme un ovni dans leur carrière, très apprécié par certains, décrié par d’autres, il est en tout cas celui qui ressemble le moins au son Queen. C’est dans cet album que se trouve Under Pressure, en duo avec David Bowie. La chanson est le fruit d’une rencontre fortuite à Montreux au moment où le groupe répétait dans les studios. Le rythme se relâche un peu au niveau des tournées et des dates de sorties d’album. En 1984 sort l’album Works et l’enchaînement des tubes dont Radio Ga Ga, I want to break free et son fameux clip montrant les membres du groupe travestis en femmes. Cet album annonce le retour d’un côté plus rock, tendance confirmée par la sortie deux ans plus tard d’A Kind of Magic bande-son du film Highlander.

We are the champions

En 1985, Queen participe au Live Aid, organisé par Bob Geldof, y interprétant ses tubes : Radio Ga Ga, Bohemian Rhapsody ou encore Is this the world we created, chanson plus engagée vue le contexte. Ce concert est encore aujourd’hui considéré par les professionnels comme l’une des meilleures prestations live de tous les temps. Le public, pas forcément tous fans du groupe, a été complètement subjugué par la puissance et le charisme d’un Freddie Mercury au sommet de sa forme. C’est à l’occasion de la sortie de l’album A Kind of Magic que le groupe va donner ses derniers concerts. Le dernier concert du Live Magic a lieu le 6 août 1986, à Knebworth, même si personne ne sait encore que ce sera le dernier…

The night comes down

En 1989 sort un nouvel album, The Miracle, plus orienté pop, mais comportant aussi des musiques très rock : I want it all, Breakthru. Des morceaux de cet album se dégagent une incroyable intensité. Freddie Mercury est déjà malade et cette nouvelle a influencé la suite de la carrière du groupe et de ses choix musicaux. Freddie continue toutefois d’enregistrer, travaillant sans relâche jusqu’à la fin. En 1991 sort Innuendo, dernier album à sortir du vivant du chanteur. L’album contient plusieurs chansons poignantes telles que These are the days of our lives, Don’t try so hard et bien évidemment The Show must go on, chanson aux paroles à la fois sombres et pleines d’espoir, écrite par Brian May et reflétant l’état d’esprit d’un Freddie Mercury à la fois diminué et plein de courage. Il meurt le 24 novembre 1991 des suites d’une pneumonie, totalement affaibli par le virus du sida. Le groupe, triste de cette brutale disparition, va rendre un vibrant hommage à son chanteur en 1992 en organisant le Freddie Mercury Tribute. Il continue également à travailler sur certaines chansons inachevées de Freddie, enregistrées durant les derniers mois de sa vie ou laissées de côté, ce qui donne naissance en 1995 à un dernier album : Made in Heaven.

God save the Queen

Queen a certainement marqué l’histoire de la musique du XXe siècle, outre sa musique novatrice, par sa présence scénique, par son humour et par ses provocations. Ainsi, par exemple, lors d’une cérémonie donnée à Wimbledon pour la sortie du single comportant les titres Fat bottomed girls et Bicycle race, ils ont fait rouler pas moins de cinquante mannequins nues sur des vélos dans un stade. Leurs fêtes étaient parmi les fêtes les plus dépravées de l’époque et une fois encore restent légendaires. Leurs concerts à guichet fermé sont à la hauteur de leur démesure : dans les années soixante-dix et surtout dans les années quatre-vingts, Queen remplit les stades tels que Wembley en Angleterre (110 000 personnes), Morumbi à Sao Paulo (291 000), Copacabana au Brésil (500 000 personnes sur deux jours, performance jamais égalée depuis cette date sur ce continent). En 1986, leur tournée triomphale réunit au total 8 000 000 de personnes à travers l’Europe et l’Afrique. Ils sont les premiers à jouer derrière le mur de l’Est, à Budapest. Dernièrement, le groupe a devancé les Beatles dans les charts anglais (1322 semaines passés dans les charts contre 1293 pour les quatre garçons dans le vent et 1280 pour Elvis Presley).
On pourrait encore dire beaucoup de choses sur ce groupe mais je terminerai ici, en insistant juste sur le fait que Queen, ce n’est vraiment pas que les gros tubes des années quatre-vingts et les greatest hits. Il faut s’intéresser notamment aux chansons moins connues des années soixante-dix où leur style est totalement différent. Partez à la découverte de chansons originales, flamboyantes, lyriques et kitsch dont vous ne soupçonnez pas l’existence !

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6 commentaires

    Mike  | 01/06/07 à 15 h 29 min

  • Et moi qui pensais que Queen étaient americains…On en apprends tout les jours…! Super article!

  • dallilah  | 06/10/07 à 0 h 31 min

  • Héllo!
    je suis une grande Amoureuse de Farrokh Bulsara… et son groupe “QUEEN” et ton article est magnifique… merci pour Farrokh…

  • dallilah  | 02/11/07 à 21 h 00 min

  • Héllo !
    je cherche des articles sur la famille de Farrokh… c’est-à-dire ses parents… et aussi sur Jim Hutton son Ami et Amant… est ce que tu pourras faire quelque chose pour moi ???
    A+++

  • Gégé  | 19/12/07 à 13 h 33 min

  • je suis une fanatique des Queen et je fais de la battrie

  • gisela  | 05/01/09 à 22 h 22 min

  • Salut!ton article et vraiment super bien écrit, je désespèrait de trouver un site comme ça sur QUEEN.Bravo!

  • iuytt  | 03/12/09 à 14 h 23 min

  • ils sont…les meilleurs

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