Report FiMé 2013 : A s’en lécher les bobines [2/3]

18/11/13 par  |  publié dans : Concerts, Musique | Tags : , ,

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Festival itinérant de l’agglomération toulonnaise, le FiMé n’a pas fini de surprendre avec des thématiques à chaque fois irrésistibles. Pour l’heure, c’est aux grands comiques du cinéma muet qu’ils ont fait la part belle. Deuxième round avec Charlie Chaplin, Charley Chase et une soirée Carte Blanche un peu à part placée sous le signe de l’électro et de l’expérimental.

Jour #4 : Charlot for ever ♥

Pour cette soirée un peu spéciale intitulée « Charlot, Octave et Bobine », les spectateurs découvrent, bien calés dans les fauteuils du Théâtre Marélios, une autre facette de Chaplin, à travers deux courts-métrages, The Adventurer (Charlot s’évade) et Easy Street (Charlot policeman). Spéciale car c’est plus à un ciné-spectacle que nous allons assister. Dans une formation en quatuor avec une partition composée d’onomatopées, de bruitages, de mélodies, de ritournelles et même de quelques phrases, Les Voix Animées habillent et ornent en direct ces œuvres burlesques réalisées en 1917.

La joyeuse troupe habillée en mimes Marceau fait tout à capella, interprétant à fond leurs personnages d’oiseaux conteurs : c’est pétillant, drôle, surprenant. La bande-son est en fait un medley de plusieurs thèmes classiques (La Marche Funèbre de Chopin, La 5ème Symphonie de Beethoven, Pierre et le Loup de Prokofiev par exemple) entrecoupés de morceaux plus étonnants (Ce matin un lapin de Chantal Goya, J’suis snob de Boris Vian ou encore La tactique du gendarme de Bourvil !). Un régal pour les oreilles et les yeux. Devant un public de tout âge conquis, les chanteurs bruitistes (dont c’est le premier ciné-concert) et l’inoubliable Charlot (à la fois prisonnier fugitif et policier apeuré) prennent tour à tour le devant de la scène.

A la question que l’on peut se poser: « Quand on prend la voix sur un film muet, peut-on encore parler de film muet ? », Les Voix Animées proposent en réponse un chemin détourné, offrant un spectacle unique qui réunit avec talent une œuvre intemporelle et les artisans de sa bande-son en live. Une très belle performance.

Jour #5 : Soirée arty à la Villa Noailles

Après le classique, place au contemporain avec la soirée Carte Blanche à Optical sound (label fondé en 1996).

En guise d’ hors d’œuvre, un court-métrage choisi par l’artiste britannique du jour Scanner (alias Robin Rimbaud) aiguise notre appétit sonore. Il s’agit d’un clip en gris, bleu et blanc, parcouru d’images tremblantes prises au cœur d’une forêt, de gros plans fixes sur des constellations et des voies lactées, de silhouettes marchant sur une plage. La musique est enveloppante ; les sons de battement de cœur créent une ambiance étrange, poétique et mélancolique.

Véritable chasseur de son, Scanner (qui a travaillé entre autres avec Danger Mouse, Laurie Anderson ou Radiohead) poursuit avec deux courts-métrages d’Alain Resnais. Dans Toute la mémoire du monde (1956), le réalisateur français évoque la vie d’un lieu. Ce film hommage à la Bibliothèque nationale de Paris explore toutes les possibilités du travelling : dans ce dédale de rayonnages en noir et blanc, les livres sont classés, répertoriés, rangés, analysés, estampillés. Les toits du bâtiment, ses statues, ses employés, ses réserves, tout y passe. Une machine bien huilée, contre l’érosion de la mémoire, dont l’aspect d’ usine est renforcé par un travail sonore tour à tour fluide et dissonant, voire inquiétant.

Enfin, dans Le chant du Styrène, Resnais filme toute la chaîne industrielle depuis les objets finis jusqu’aux puits de pétrole, réalisant une enquête poétique sur les origines du plastique. Si dans sa version initiale, ce film est commenté par Raymond Queneau sur une musique de Pierre Barbaud, Scanner propose une relecture à la fois énergique et dérangeante, fait de ruptures et de boucles sonores entêtantes.

Jour #6 : Les petites folies de Charley Chase

Ce soir, le FiMé ressuscite un grand nom du cinéma : Charley Chase. De son vrai nom Charles Parrott, ce monsieur fait partie de ces comiques américains qui ont connus un immense succès pendant la période du muet mais qui sont tombés instantanément dans l’oubli à l’avènement du parlant (Jean Dujardin s’en est d’ailleurs fortement inspiré pour son rôle dans The Artist, tout comme de la présence récurrente du chien). Son style s’éloigne du burlesque et préfigure la comédie vaudevillesque des années 30. Chase a commencé en tant que réalisateur (avec Chaplin notamment) mais quand on lui a dit un jour que lui-même avait un potentiel comique énorme, il a franchi le pas. Outre la finesse et l’élégance de son jeu d’acteur, on doit également la réussite de ses films au célèbre réalisateur Léo McCarey, qui tournera plus tard avec Laurel&Hardy et les Marx Brothers.

Le Théâtre du Rocher rend hommage à cette collaboration fructueuse en projetant quatre courts : Dog Shy (Une vie de chien), His wooden marriage (Charley rate son mariage), What price goofy (Une soirée de folie) et enfin Mighty like a moose (A visage découvert), gros coup de cœur des directeurs du FiMé qui l’ont découvert au Panier à Marseille avec pour seul accompagnement sonore les rires du public.

Pour la musique ce soir, c’est le trio du Philharmonique de la Roquette -originaire d’Arles- qui s’y colle. Et en mode improvisation s’il vous plaît. Spécialisés dans ce genre d’exercices artistiques (accompagnement de films muets, pièces de théâtre, spectacles de danse, lectures), les musiciens guident le spectateur pendant le film. A l’aide d’une contrebasse, d’une batterie, d’un piano, d’une guitare électrique ou d’une scie musicale, ils sculptent l’ambiance de chaque court, de chaque séquence : le bain du chien « Duke », la course-poursuite en taxi, le mariage avec une probable jambe de bois… Certains moments sont vraiment beaux. Le reste sert d’écrin à ces petits bijoux de comédie.

En savoir plus : www.fimefestival.fr
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