Sarclo sings Dylan in french

23/07/18 par  |  publié dans : A la une, Concerts, Festival, Musique | Tags : , , ,

C’est dans la petite salle de l’Atypic Théâtre que Sarclo s’aventure en territoire fraichement nobélisé.

Avec un grand sourire quelque peu carnassier il vous regarde droit dans les yeux, l’intimité de la salle le permet, il pourrait vous toucher d’un revers de guitare. Mais c’est avec son interprétation dylanienne en diable qu’il vous atteint. Traduire c’est toujours trahir, ou du moins interpréter, voire s’approprier. Angélique Ionatos affirme que les artistes se cannibalisent. Sarclo semble bien être de cette trempe qui s’approprie les qualités de celui qu’il a dévoré: ceux qui ont les éditions bilingues de l’oeuvre du Maître y découvriront que le disciple est au plus près du sens. Ça rate, bien sûr, mais de très près. Là où Hugues Aufray faisait dans le patronage et le gentillet, grâce lui soit rendue, non d’avoir fait découvrir Dylan, c’est sans doute le contraire, mais de nous avoir au moins appris que l’américain pouvait se traduire. Ce n’est déjà pas si mal. Et “La fille du Nord” résonne toujours à notre oreille, à force de l’avoir si souvent écouté et fredonné. Cabrel a fait un sans faute, mais c’est encore du Cabrel. La version plus âpre de Sarclo ne nous est pas encore entrée dans la tête, mais ça pourrait bien arriver un jour.

Sarclo est un grand affabulateur, il raconte sa rencontre et son amitié avec Dylan, leur amour commune pour une belle pom pom girl, pour qui ils sont entré en scoutisme, parce qu’elle y était, et comment Dylan a traduit en anglais les chansons d’Hugues Aufray pour les chanter autour du feu de camps. On rit d’autant plus volontiers que son humour n’épargne personne, et surtout pas lui même.

Il fera un rappel, mais comme à Avignon le temps est compté, ce sera dans la rue, devant le théâtre, en pleine lumière. Il vous glisse que ce tour de chant le rend profondément heureux, que les textes de Bob Dylan parlent mieux de lui même que ses propres chansons. Ceux qui aiment Robert Zimmerman -et pourquoi diable serions nous là si non?- en sortent touchés, émus. Comme si il avait écrit ses chansons en français. On retrouve le phrasé du maître, pas le timbre de la voix, le sien est plus grave et rocailleux, ce n’est pas une imitation, mais sa façon de parler ses chansons, loin des crooners à la mode.

 

Comme le disque n’est pas créé et ne le sera peut-être jamais, les temps sont difficiles pour la culture et les artistes, courez écouter Sarclo en Avignon, ce n’est peut-être pas demain qu’il reviendra chanter par chez nous, juste avec ses quatre guitares acoustiques. Il les aime toutes les quatre, mais au moins elles, elles ne lui reprochent pas de lire des revues de guitares.

C’est beau comme du Dylan, sincère comme du Sarclo. 

Un moment de pure émotion.

Jean Barak

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