Sarclo sings Dylan again in french, one more time!

12/07/19 par  |  publié dans : A la une, Concerts, Festival, Musique | Tags : , , ,

Sarclo

De nouveau, c’est dans la petite salle de l’Atypic Théâtre à 13h50 que Sarclo s’aventure en territoire nobélisé. Sa profession de foi: “Je ne suis pas anarchiste, je suis bordélique, parce-qu’il n’y a pas de Fédération bordélique”. Un électron libre.

Avec un grand sourire quelque peu carnassier il vous regarde droit dans les yeux, l’intimité de la salle le permet, il pourrait vous toucher d’un revers de guitare. Mais c’est avec son interprétation dylanienne en diable qu’il vous atteint. Traduire c’est toujours trahir, ou du moins interpréter, voire s’approprier. Angélique Ionatos affirme que les artistes se cannibalisent. Sarclo semble bien être de cette trempe qui s’approprie les qualités de celui qu’il a dévoré: ceux qui ont les éditions bilingues de l’oeuvre du Maître y découvriront que le disciple est au plus loin du mot-à-mot mais au plus près du sens. Ça rate, bien sûr, mais de très près. Là où Hugues Aufray faisait dans le patronage et le gentillet, grâce lui soit rendue, non de nous avoir fait découvrir Dylan, c’est sans doute le contraire, mais de nous avoir au moins appris que l’américain pouvait se traduire. Ce n’est déjà pas si mal. Et “La fille du Nord” résonne toujours à notre oreille, à force de l’avoir si souvent écouté et fredonné. Cabrel a fait un sans-faute, mais c’est encore du Cabrel, du meilleur au demeurant. La version plus âpre de Sarclo ne nous est pas encore entrée dans la tête, mais ça pourrait bien arriver bientôt.

Sarclo est un grand affabulateur, il raconte sa rencontre et son amitié avec Dylan chez les scouts, leur amour commune pour une belle pom-pom girl, pour qui ils sont entrés en scoutisme parce qu’elle y était, et comment Dylan a traduit en anglais les chansons d’Hugues Aufray pour les chanter autour du feu de camp, ce qui l’a rendu célèbre aux Etats-Unis. On rit d’autant plus volontiers que son humour n’épargne personne, et surtout pas lui-même.

Il fera un rappel, mais comme à Avignon le temps est compté, c’est dans la rue, devant le théâtre, en pleine lumière. Il vous glisse que ce tour de chant le rend profondément heureux, que les textes de Bob Dylan parlent mieux de lui-même que ses propres chansons. Ceux qui aiment Robert Zimmerman -et pourquoi diable serions nous-là si non?- en sortent touchés, émus. Comme s’il avait écrit ses chansons en français. On retrouve le phrasé du maître, pas le timbre de la voix, le sien est plus grave et rocailleux. Ce n’est pas une imitation, mais sa façon de parler ses chansons, en contre-pied des crooners à la mode. Au diable le bel canto, on n’est pas loin du blues parlé, le talking blues. Sarclo a auto-édité un enregistrement pirate, interdit à la vente et à l’écoute sauf sur un bonne chaîne, aux éditions ACDC, “Au Cul du Camion”, pour prolonger le plaisir.

Comme les temps sont difficiles pour la culture et les artistes, et que des comme ça, on n’en fait plus, courez écouter Sarclo en Avignon. Ce n’est pas tous les jours qu’il reviendra chanter par chez nous, juste avec ses cinq guitares acoustiques et ses harmonicas de bouche. Il les aime toutes les cinq, mais au moins elles, elles ne lui reprochent pas de lire des revues de guitares.

C’est beau comme du Dylan, sincère comme du Sarclo. Les vieux scouts sont déçus, deux ont quitté la salle pour aller écouter leur collection complète de Hugues Auffray, mais si comme Sarclo vous “dites des gros mots parce-que vous parlez de grosses choses”, ne boudez pas ce moment de pure émotion.

Jean Barak

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