Sixto Rodriguez, abîmé et (trop) fragile

05/06/13 par  |  publié dans : Concerts, Musique | Tags : , ,

sugar“Il fait encore jour !” s’exclame un déçu parmi d’autres, en sortant du Zénith, hier soir. Il est à peine 22 h. A bord du métro qui nous ramène dans Paris, les visages sont tout sauf réjouis. On s’y était pourtant préparé. 71 ans, deux disques sortis il y a quarante ans, bien sûr que le Sixto Rodriguez qu’on allait voir en concert serait très différent de celui découvert dans le documentaire Sugar Man de Malik Bendjelloul. Les spectateurs s’y attendaient, mais une bonne partie d’entre eux ont tout de même quitté la salle avant les rappels, hier. Ceux-là auront loupé la reprise de Like a Rolling Stone, n’auront pu constater que c’est ce morceau-là qui parvient le mieux à remuer la fosse.

Presque aveugle, Sixto Rodriguez entre sur scène guidé par sa fille. Pendant l’heure et quart que dure le concert, il garde la même guitare. Entre chaque titre, il se tourne vers son guitariste, comme pour lui demander de l’aide : “On joue quoi, déjà, après ? Je place mes doigts où, pour cet accord là ?” Car entre ses mains, l’instrument ressemble plutôt à un jouet. On l’entend à peine, couvert par un groupe doué pour donner le change. C’est éprouvant, mais on essaie de ne pas avoir pitié, car peut-être que Rodriguez est conscient qu’il se ridiculise parfois, peut-être qu’il se rend compte que les applaudissements le soutiennent plus qu’ils ne l’approuvent ?

Il reprend La Vie en rose, vite fait, et ce qui pourrait être une interprétation touchante de maladresse se transforme en un moment gênant. Sixto Rodriguez est un vieil homme abîmé dont la voix part en vrille. Pas de quoi en faire un drame, ça a même son charme sur quelques titres maîtrisés et interprétés avec un plaisir visible. Il reste un personnage, qui transporte avec lui une histoire hors du commun. Et on en connaît d’autres qui chantent faux et qui remplissent un Zénith à bien plus de 25€ la place. Mais ceux-là ne dégagent pas cette impression diffuse de vulnérabilité.

On a lu par ici que ces dates parisiennes ne rapporteraient pas gros à leurs organisateurs. Mais alors – pour eux – quel est l’intérêt ? D’autant qu’à la sortie du concert, on ne se précipite pas sur les stands de vente de CD et de t-shirts. Espérons juste que ces trois prestations (concerts ce soir et demain) ne créeront pas un contre-buzz autour de Rodriguez et qu’il ne deviendra pas la fausse vraie redécouverte musicale de ces derniers mois. Un conseil : écoutez ses disques.

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