Sophie Hunger, 1983

02/05/10 par  |  publié dans : Artistes, Musique | Tags :

A peine fini de découvrir son précédent disque, que Sophie Hunger revient avec 1983, un album plus électrique et plus mélangé. Jazz, folk, étaient trop vite dits.

“Ma musique n’a rien à voir avec moi. Bien sûr, je la fais, mais elle ne parle pas de moi. C’est étrange. Par exemple, quand je fais de la musique, j’ai toujours l’impression d’être seulement une toute petite partie de l’image. La musique c’est beaucoup plus grand que moi. Je suis extrêmement limitée et pas très intéressante.”
Une déclaration comme celle-là (en mars 2009 au journal L’Express) rate complètement son but. En incitant à passer son chemin, elle éveille la curiosité, voire l’admiration. Comment un si grand talent peut-il cohabiter avec une estime aussi réduite de soi? Il y aurait donc Sophie Hunger l’individu, qui ne mérite pas l’attention, et Sophie Hunger la musicienne. La première est née en Suisse allemande il y a 27 ans, la seconde 19 ans plus tard, se mettant d’abord à la guitare pour enregistrer très vite un premier disque auto-produit. Toutes deux parlent et chantent en anglais, allemand, français. Le deuxième album, Monday’s Ghost – premier à sortir en France – paraît début 2009. Discrète, on dirait même classique en apparence, Sophie Hunger n’a pas la présence excentrique d’autres artistes. Elle compose, elle chante, et voilà.

Un an plus tard, voilà 1983. Son année de naissance. Ne pas voir dans le nom du disque de narcissisme déplacé, on l’aura compris, ce n’est pas le style de la maison. En revanche, le titre 1983 est le seul chanté en allemand sur le disque. Doit-on prononcer mille neuf cent quatre vingt trois, one thousand nine hundred and twenty three, neunzen hundert drei-und-achtzig ? Ce sera 1983, dans toutes les langues.

Pas de rupture de style au programme, on retrouve dans cet opus les qualités de Monday’s Ghost: les cuivres, la guitare acoustique, la voix forte mais dosée avec minutie. Plusieurs titres auraient eu leur place sur l’album précédent, tandis qu’en parallèle, la musicienne s’avance vers un son plus rock. Parce qu’il serait trop simple de la ranger dans une tendance féminine folk, cousine d’Alela Diane. En 2010, Sophie Hunger est plus proche de Radiohead que de Cat Power. D’une écoute à l’autre, on est tantôt frappé par la tranquillité ou la vivacité de l’ensemble.

Leave Me With The Monkeys, premier titre du disque, réveille à pas de loup la force souterraine qu’on a aimée dans Monday’s Ghost. Les choeurs ressemblent à des murmures tandis que les instruments vont parfois jusqu’à s’éteindre. Titre phare de l’album, 1983 prouve s’il en était besoin combien l’allemand se prête à la chanson, après Walzer Für Niemand sur le disque précédent. Il faudrait l’apprendre pour la comprendre. Sa voix affirme sa puissance à travers la douceur des consonnes allemandes, tandis que la mélodie glisse une menace. Lorsque Sophie Hunger hausse le ton, on a toujours l’impression que c’est par révolte.

Le tranquille Headlights rappelle que c’est sur scène que la production de la musicienne se réalise, /prend sens, tout en se construisant, en testant encore. En mars 2009, dans la petite salle de la Boule noire, à Paris, Sophie Hunger était apparue introvertie dans sa concentration, passant du piano à la guitare, ou seule au micro. Puis elle avait explosé, souriante. Ce soir-là, elle avait repris Le Vent Nous Portera, appris la veille et dont elle maîtrisait mal le texte. Marchant sur un fil, elle avait traversé la chanson, hésitante. Enregistrée pour 1983, sa version du classique de Noir Désir reste dans la douceur malgré la voix assurée.
Quelques chansons plus tard, Breaking The Waves transmet enfin une forme de joie, grâce à un piano qu’on ne connaissait pas sur Monday’s Ghost. Deux titres plus pop continuent dans cette voie nouvelle, Invisible et Approximately Gone. Sophie Hunger expérimente et c’est précieux. L’album se termine sur deux chansons dépouillées, Broken English à l’harmonica, et Train People, balade apaisée, un peu mélancolique.

Après une dizaine d’écoutes, 1983 n’emporte pas autant que Monday’s Ghost, mais faisons confiance à Sophie Hunger pour nous surprendre au détour d’un passage radio, d’une chanson au hasard dans des écouteurs. Et surtout, rendez-vous dans un mois à La Cigale, à Paris, pour 1983 sur scène.

En bonus: une reprise de Love Minus Zero, No Limit, de Bob Dylan, extraite du film Citylights:


Sophie Hunger, 1983, Universal Music. En tournée dans toute la France.

Ne pas manquer non plus: – le film musical Citylights (visible ici), qui suit la chanteuse au gré de ses promenades à la guitare et au piano.
– Les vidéos produites par Kidam Prod (sur leur site Internet).

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