Sur les terres de Moriarty

01/05/08 par  |  publié dans : Artistes, Musique | Tags : ,

Moriarty est un excellent groupe de rock-country-blues-inétiquetable, composé de membres d’une même famille d’adoption, interculturelle et internationale ! On y trouve Charles à la guitare, Tom aux harmonicas, Rosemary au micro, Zim à la contrebasse et enfin Arthur à la guitare. Ce dernier Moriarty n’est pas présent dans les locaux de Deschamps & Makeieff où j’ai rendez-vous avec la troupe. Si le lieu et l’ambiance sont très sympas, je suis un peu contrariée de ne pas la retrouver dans un bar : j’aurais pu en déduire beaucoup de leurs commandes ! “Tu aurais été déçue” me confie Tom. Vraiment ? Pour la peine, commençons l’interview par la tournée des boissons !

Alors, qu’est-ce qu’on vous sert ?

Tom : Quelle heure est-il ? 15h30 ? Je prendrais un express.
Charles : Une menthe à l’eau pour moi.
Zim : Un café Napolitain : crème de noisette bien sucrée avec expresso serré par-dessus.
Rosemary : Moi, je vais prendre un Chaï avec du lait.
Tom : Bobo, va ! Et Arthur va prendre une binouze.
Rosemary : Non un Pastis.
Charles : OK mais un double alors !
(rires)

Charles : Tom raconte n’importe quoi. En fait, en lui il y a Thomas et Tamas comme Dr Jekyl et Mister Hide!
Zim : Il fait des trucs insensés.
Charles : Oui, il mange des dents !
Rosemary : Et surtout il emmerde le monde jusqu’à 5h du mat’

Racontez-moi comment l’histoire a commencé.

Zim : C’était à la fin du siècle dernier…
Un train arrive en gare, un homme vêtu d’une longue redingote descend sur le quai. Le sol est détrempé par une pluie d’avril. L’homme porte un chapeau, un galurin déformé sur lequel les gouttes de pluie s’accumulent. Dans son dos il a un panier, une sorte de malle contenant des animaux. Ce sont des chats. Le 1er s’appelle Thomas, il ne cesse de miauler. C’est un joli chat couleur sombre, très poilu.
Charles : Avec un pelage doux et fourni.
Zim : Le 2ème chat est Charles. Il est tout blanc. Il lape et boit du lait. Le 3ème se nomme Arthur, c’est un chat qui ressemble plutôt à une souris. Il est longiligne, hirsute et taciturne. Il miaule de façon rauque et très forte. Le 4ème est un chat birman, tout gris.
Tom : C’est toi ça ! Il se recoiffe souvent en se léchant les pattes.
Zim : Enfin le dernier est une petite chatte très mignonne avec des grands yeux bleus.
Les chats se sont mordus (Rosemary acquiesce) pendant tout le voyage mais ils se sont aussi bien amusés parce qu’ils sont une portée de frérots. Ils sont affamés parce qu’ils ont quand même traversé l’Atlantique. L’homme dépose son fardeau, la fermeture de la malle cède et les chats se font la malle.
Ils passeront leur temps à chercher d’où ils viennent. Ils feront beaucoup de boucan mais pas autant que des chiens.

Vous êtes donc une grande famille, vos instruments en font partie?

Zim : Les instruments sont comme les pelotes de laine avec lesquels les chats jouent.
Rosemary : C’est un peu vrai, nos instruments ont des noms.
Zim : Il y a Martine. C’est une guitare qui a 52ans.
Il y a aussi Olive, la machine à écrire.
Rosemary : Et les harmonicas de Tom ont tous un petit nom. Il y a lulu, mimi lala dodo, réré…
(rires)
Charles : Quand c’est Tamas, il les trempe dans du whisky !
(approbation générale)
Zim : Les instruments font partie de la famille.
Rosemary : C’est un peu notre maison, on les trimballe partout.
Zim : C’est vrai, Charles se déplace toujours avec 2 ou 3 guitares !

D’ailleurs quel est le nom de cette guitare originale que vous utilisez sur scène ?

Charles : C’est une National Steel mais elle est très particulière car elle est en bois. Elle date de 1936 !
Zim : Elle a été détériorée, trouée, mutilée et elle a beaucoup voyagé : Burkina Faso, sud des États-Unis…
Charles : C’est pour ça qu’elle a un son unique !
Rosemary : Et puis Ali Farka Touré a joué dessus aussi.

Elle continue à voyager dans votre camion, c’est marrant, on vous imaginait plutôt en charrette ?

Rosemary : Une charrette, carrément !
Zim : Non on a un vieux camion, un corbillard.
Tom : D’ailleurs on cherche à le vendre !
(avis aux amateurs)
Zim : En fait on a un problème avec les objets !
Rosemary : On a trop de choses, on accumule. Valises, table basse, on possède vraiment beaucoup d’accessoires ! On n’utilise pas tout ce qu’on a mais on sait qu’ils sont là et ça nous aide pour les impros. On peut faire ce qu’on veut, avec tout ce qu’on a. Arthur en joue beaucoup.
Zim : Y’a aussi les batteurs avec la malle !

Justement, qu’en est-il des batteurs Moriarty ?

Rosemary : On a des formules avec et sans, mais on est amené à jouer de plus en plus avec des batteurs. On joue avec deux : Vincent Talpaert et Eric Tafani Dubeussay.
Zim : C’est selon les salles !
Rosemary : Surtout pour les grosses scènes.

Comme les Solidays prochainement, c’est la première fois ?

Charles : On a déjà joué aux Solidays il y a 3 ans.
Rosemary : On avait gagné le prix Paris Jeunes Talents.
Zim : On a joué à un horaire particulièrement désavantageux : le dimanche à midi. Le festival était à peine ouvert…
Rosemary : Il n’y avait presque pas de public Et puis on ne pouvait pas se permettre de dépasser, c’est un grand festival, à cheval sur les horaires !

D’autres grandes salles de prévues ?

Rosemary : On a aussi Montreux, Benicàssim en Espagne, on joue sur… comment ils l’appellent au printemps de Bourges ?
Tom : Le Feignant ?
Zim : Le Phoenix.
Rosemary : Oui le Phoenix du printemps de Bourges.
Tom : Le Feignant, c’est marrant ça ! Ce serait pas mal comme noms : le Feignant, le Bourru, etc… L’Enculé !
Rosemary : Rhoo…
(Tamas redevient Thomas)
Tom : C’est vrai, les scènes ont plutôt des noms poétiques, ça serait bien des noms plus parlants.

Et dans ces cas-là vous joueriez sur laquelle ?

Zim : L’Incompétent.
Charles : Le Gauche…
Rosemary : (après réflexion) La Dilettante !

De gauche à droite et de haut en bas : Zim, Rosemary, Charles, Arthur et Tom.

Vos concerts sont très différents, c’est un choix ?

Zim : C’est par la force des choses.
Rosemary : On n’essaye pas mais ça nous protège de la routine.
Tom : Dernièrement, pour la première fois, on a fait la même Setlist.

Vous ne jouez pas les mêmes chansons ?

Charles : On a une tendance mais non, pourtant on aimerait bien.
Rosemary : Ca dépend si on est avec ou sans batteur et on s’adapte au lieu, au temps qu’on a, etc.
Zim : Au public, s’il est assis ou debout.
Charles : Si on est avec Thomas ou Tamas!
Tom : C’est pas millimétré tout ça.

Oui vous avez l’air de beaucoup improviser sur scène, et l’album, c’était plus ou moins marrant ?

Rosemary : Ce sont deux choses complètement distinctes.
Zim : L’album c’était plus introspectif, c’était vraiment autour de l’équipe, en cercle fermé.
Tom : Même le ton de notre jeu est différent, c’est plus mélancolique, plus triste.
Charles : Il y a même des gens qui ont écouté l’album et qui ont cru que ce n’était pas nous sur scène.

Vous aimez aussi jouer hors des salles ?

Rosemary : On aime bien les lieux un peu bizarres. On va faire un concert dans un hôtel, on vient de jouer dans une vieille usine. On a joué dans une maison d’arrêt, dans des églises…
Tom : Y’a aussi le festival « C’est dans la vallée » à Sainte-Marie-aux-Mines. On jouera ptêt dans les mines, on aimerait bien.
Charles : On a joué dans une boite à gants aussi.
Zim : Oui quand on était tout petits chats.
Rosemary : Dans des trains aussi.
Zim : N’importe où c’est assez agréable ! Même dans des couloirs de bureaux ou dans un ascenseur, bonne acoustique d’ailleurs !

Étant donné vos inspirations américaines, vous avez prévu une tournée US ?

Rosemary : On aimerait bien ! On a fait le Québec et le Canada. On a joué en Irlande aussi. On aimerait beaucoup faire les États-Unis.
En France, le public ne comprend pas forcément toutes les paroles donc il s’attache plutôt à la musique. Jouer dans des pays anglo-saxons c’est différent, les gens s’attachent aux textes et ont parfois des réactions bizarres. Par exemple pour Jimmy, le public sourit ou même rit carrément car il y a un vrai second degré dans cette chanson.

Vous êtes déçus par les Français qui ne parlent pas anglais ?

Tom : Les gens comprennent !
Rosemary : Le plus important ce sont les images qu’on véhicule. Même si le public ne saisit que quelques mots, chacun se fait son propre voyage, son film, son histoire… C’est plus intéressant que de coller complètement à ce qu’on raconte.

Un mot pour la fin ? Charles, peut-être ?

(un ange passe)
Charles : On a pris des pilules de vieillissement accéléré donc faut venir nous voir avant qu’il ne soit trop tard !!!
(rires)

En parlant de pilules, on a l’impression que vous êtes en transe sur scène !

Tom : Alors là-dessus, il faut dire qu’on est vraiment un groupe qui ne prend pas du tout ni de drogue, ni d’alcool.
Zim : J’ai dû goûter une fois à du vin.
Tom : Lui il carbure au cola !
Charles : Y’a ce Cola du Pérou là, qui est jaune fluo, comment ça s’appelle ? Inka cola !
Zim : Tout ça pour dire que notre « transe » n’est pas du tout chimique.
Charles : Je l’ai le mot de la fin : carburez à l’Inka Cola !
Photographie (c) Léa Crespi
Retrouvez Moriarty, leur album et leurs dates sur : http://www.myspace.com/moriartylands
Diana vous parlait déjà de Moriarty ici

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3 commentaires

    LVB  | 01/05/08 à 12 h 13 min

  • Très sympa cette interview, il faudra que j’essaye de les voir sur scène ces lascars ! En attendant tu as du bien te marrer à essayer de les suivre en entrevue. :D

  • anthony  | 10/05/08 à 10 h 48 min

  • super interview! ;)

  • Diana  | 15/05/08 à 10 h 56 min

  • Elle est géniale cette interview, trop “Moriarty” j’adore! Je serai au premier rang au solidays pour les acclamer!

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