Susheela Raman à Gonesse

16/04/09 par  |  publié dans : Concerts, Musique

Gonesse, ville de 26 000 habitants, située dans le Val d’Oise, respectivement à 30 km de Paris et à 11 km de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle ! Jusque là, pas de quoi attirer les foules. Pourtant, c’est tout près des pistes d’atterrissage que la ville nous invite au voyage à travers la voix enchanteresse de Susheela Raman.

Vendredi 20 mars 2009, je mets les pieds à Gonesse pour la première fois. Ce qui m’y emmène ? Quelque chose de commun et de surprenant à la fois : un concert, le spectacle d’une jeune femme de 36 ans, Anglaise d’origine Tamoule, Susheela Raman. De Gonesse, je ne connaissais que son lien avec l’aéroport, célèbre depuis le crash du Concorde en 2000, sa promiscuité avec Sarcelles et sa mauvaise réputation. Bref, pas de quoi supposer qu’une chanteuse qui fait facilement le tour du monde atterrisse dans le paysage gonessien. Et pourtant, la salle Jacques Brel accueille régulièrement des chanteuses de World music portant les couleurs du monde et les vertus de tolérance et d’ouverture. Le programme en est composé par le chanteur kabyle Idir qui n’hésite pas à faire jouer sa notoriété pour faire venir de grands noms tels que celui de Susheela Raman.
A 20h moins quelques minutes, une foule pénètre dans la salle Jacques Brel. Le public est d’abord accueilli très chaleureusement par un buffet gratuit, composé par des bénévoles, d’associations de femmes principalement, qui essayent de faire connaître leurs actions en participant à des manifestations municipales. Leur combat est celui des femmes, leur cuisine celle du monde. De quoi mettre dans l’ambiance du concert. Le prix modeste des places (13€) ne permet pas d’hésiter longtemps sur l’achat d’un billet, alors, la petite salle de Gonesse se remplit. Environ 150 personnes sont venues applaudir la chanteuse.
Quelques minutes plus tard, Susheela entre en scène. Pas de décors, pas d’effets, juste deux musiciens l’accompagnant, un guitariste et un percussionniste. Quel besoin d’artifice lorsqu’on a une telle voix ? Dès les premières notes, l’artiste nous emporte dans un autre univers, sur un autre continent. Le dépaysement est garanti. Sa voix transporte son auditoire avec une aisance si impressionnante qu’elle pourrait nous faire écouter n’importe quoi. D’ailleurs, son nouvel album, encore plus que les précédents, est un métissage qui joue sur des sonorités différentes, allant de la soul à la musique tamoule traditionnelle, du punk à l’électro-expérimentale. A trois sur scène, il vaut mieux être bien entouré. Susheela Raman sait choisir de bons musiciens servant son propos, lui permettant de jouir de toutes les gammes que sa voix propose. Ces chansons évoquent beaucoup ses racines, ses croyances, les chants traditionnels pour une divinité avec toujours un soupçon de culture occidentale qui fait aussi partie d’elle. Pour les publics non avertis en matière de World music, cette artiste peut être une bonne entrée en matière.

On peut regretter toutefois certains détails. Tout d’abord, même si elle fait l’effort parfois de parler français et de commenter ses chansons, il est dommage de ne pas en comprendre le texte. Il ne serait pas idiot d’accompagner le concert d’un petit livret ou pourquoi pas de sous-titres, comme cela peut se faire à l’Opéra. D’autre part, lors d’une tournée promotionnelle comme c’était le cas ce soir là, le public ne connaît pas encore les chansons du répertoire. Or parfois, la position des musiciens – notamment le guitariste passant une grande partie du concert à genoux essayant divers réglages – voire même les propres hésitations ou innovations de Susheela évoquent plus la répétition que le concert bien rodé.
Mais au vue de la prestation globale et de l’accueil de la petite salle de Gonesse, le concert aura tout de même été un très agréable moment.

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