Suuns & Black Heart Procession

02/06/11 par  |  publié dans : Concerts, Musique

“106” : c’est le nombre attribué à cet ancien dock Rouennais transformé l’année dernière en salle de diffusion de musiques actuelles. L’ancienne friche a ouvert en novembre, la communication a un impact à des centaines de kilomètres à la ronde. Fantastique ! La programmation a l’air bien branchée rock. Fin 2010, Envrak embarque donc le dépliant dans sa poche et fait le tour de ce qui est annoncé.

C’est comme ça que nous découvrons les fabuleux Black Heart Procession
. Ce groupe rock alternatif tout droit venu des USA a la particularité d’évoluer avec un noyau en duo et de faire appel ensuite à une multitude de musiciens pour enrichir leurs compos. Et ils n’en sont pas à leur coup d’essai ! C’est pour leur sixième album, sobrement intitulé Six, qu’ils s’engagent dans une tournée internationale.

Quelques semaines avant le concert, on s’intéresse à la première partie. Suuns est composé de quatre montréalais. Mais non non, pas d’accent québécois, et ce n’est pas parce qu’ils viennent du froid que leur cerveau n’est pas irrigué par la créativité (on pense notamment à Arcade Fire qui est natif du même endroit.)

En octobre 2010, Suuns sort donc son tout premier album, Zeroes QC, en hommage au nom originel du groupe (Zeroes). Un premier titre, Up past the nursery, nous fait tomber en émoi pour ce groupe en quelques secondes. Ne vous fiez pas aux apparences et à la douce mélodie de leur nom : Suuns se répand dans un univers glacial complètement maléfique.

La voix est frêle et susurre des mots à peine compréhensibles. A cela se rajoutent les chœurs qui amènent une ambiance mystique, dérangeante, glauque. Suuns semble être tout droit sorti de nos plus mauvais cauchemars pour nous mettre face à eux en restant tout éveillés. Le quatuor nous met mal à l’aise et s’en amuse. Nos oreilles sont face à un groupe de tortionnaires complètement barrés qui parviennent à s’emparer de nos esprits en quelques mesures. Les plus petites parcelles de masochisme au fond de nous ont été conquises en un morceau. Voilà de quoi être avertis pour le concert…


Jeudi 19 mai : le jour du concert est enfin arrivé.
Au guichet, les gens se pressent pour acheter les dernières places de BHP et Suuns, mais c’est pour mieux se ruer dans la grande salle de la SMAC afin d’assister au show de Chinese Man, programmé le même soir et déjà complet. La partie Club est quasi déserte : sur la jauge de 320 personnes possibles, il semble qu’à peine la moitié soit remplie. Non seulement Suuns va nous martyriser le cœur mais en plus ce sera en petit comité. Allez zou, premier rang…

Le single Pie IX donne le clap de départ. Voilà un groupe qui sait exactement comment amener progressivement la furie dans la salle, tellement doucement que nos corps n’en peuvent plus : ils supplient les musiciens de tout faire enfin partir dans une batterie infernale qui soulagerait nos esprits.

Les ex-Zeroes sont sur scène encore plus déjantés que sur disque. Les artistes forment à la fois une unité autiste connectée uniquement entre eux quatre et un ensemble transmettant à la foule sa fureur schizophrène. Comme sur le disque, les titres vont et viennent entre des humeurs psychédéliques, parfois pop ou rock indé, souvent dark électro ou flirtant avec le dub.

Le mot est bégayant, créant à lui-même un cinquième instrument. Un instrument dont Ben Shemie (le chanteur) joue au maximum, amenant une rythmique d’ores et déjà apposée comme la signature sonore des Québécois. On retrouvera cette particularité sur plusieurs morceaux du disque : ce fil rouge fait de Zeroes QC un objet tout à fait cohérent dans sa démence. Pour compléter le concept, à cela se rajoute la pochette qui annonce le nom du psychoband en lettres saccadées, à l’image de la diction de Shemie.

La première partie a complètement éclipsé la tête d’affiche. A la fin de son set, Suuns est rappelé, à dose de pieds frappés sur le sol, d’applaudissements et de cris tous plus forts les uns que les autres. Ça siffle dans la salle pendant un moment. Mais on ne rappelle pas une première partie… Quelques dizaines d’envoûtés restent devant la scène à hurler et à espérer au plus profond d’eux que le 106 fera exception à la règle. Devant l’obstination du public à vouloir voir revenir “on stage” le quator, les techniciens se voient dans l’obligation de couper court au manège : les lumières se rallument tandis que Suuns reste en coulisses. Il est temps de profiter du changement de plateau pour aller se reposer les oreilles et l’esprit.

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