The Delano Orchestra – EITSOYAM

14/02/13 par  |  publié dans : Albums, Musique | Tags : , , ,

TDO-SITE

Une pochette fantomatique qui titille l’imagination, un titre codé, des bruits de pas dans la neige et des ambiances brouillées : le mystère plane autour de The Delano Orchestra. C’est ce qui fait le charme de ce sextuor clermontois qui se réclame plus de l’orchestre que du groupe de folk-rock ordinaire. Pour s’en convaincre, il suffit de les voir en live : leur set sur scène est une véritable réunion de talents (comme à peu près tous les groupes Kütu Folk d’ailleurs).

Composé de six musiciens (le leader Alexandre Rochon, le guitariste Matthieu Lopez, le batteur Christophe Pie, le bassiste Clément Chevrier, le trompettiste Julien Quinet et le violoncelliste Guillaume Bongiraud), TDO a su construire en trois albums (A Little Girl, a Little Boy, and All the Snails They Have Drawn -2008-, Will Anyone Else Leave Me -2009-, Now That You Are Free My Beloved Love- 2010-) un univers délicat et fascinant, entre murmures mélodiques et déchirures électriques.

« And he’s awake who thinks himself asleep »*

Deux ans après Now That You Are Free My Beloved Loved, qui marquait déjà un tournant dans le parcours du groupe, TDO pousse encore plus loin l’exploration musicale. EITSOYAM paraît en plein cœur de l’hiver, période idéale pour se plonger dans son univers boisé et noisy. C’est aussi et surtout un album cinématographique, qui navigue entre force vive et nostalgie en polaroïd. Minéral, nerveux, parfois abrasif, ce quatrième opus enregistré par Peter Deimel au Black Box Studio (qui a vu passer entre autres Chokebore et autres Kills) distille pourtant toujours autant la douceur qui est propre au combo. Son univers est cousu de délicatesse fragile et d’élan instinctif, cette patine nostalgique propre aux artistes qui touchent durablement.

Dès l’ouverture d’un Everything aquatique et fœtal dont la voix lointaine incite à l’éveil (« Are you awake my love? »), EITSOYAM prend l’allure d’un grand classique indie-rock. Quelques notes égarées de piano (Dreams) et de boîte à musique (la mini berceuse Wollaws) et les effets de son brouillé à l’ancienne guident l’auditeur vers les rivages rock d’une mélancolie contemplative, parfois sombre et obsessionnelle. Mais ici, le groupe n’hésite plus à envoyer de l’électricité, à coup de riffs saturés et de distorsions court-circuitées (Xxx et le déstructuré Always, chouette clin d’œil à Pavement période Crooked rain, Crooked rain).

On y parle d’amour, de voyages et d’expériences inédites à deux, comme dans Girl, délicieux bijou pop au rythme frais et léger. Le sexy Light games au rythme lancinant invite quant à lui à la rêverie et à la langueur amoureuse, rappelant au passage un des thèmes majeurs de l’ensemble : la lumière (Candle). Une lueur qui, à l’instar de la pochette, se veut en demi-teinte, en noir et bleue, quelque part entre la froideur de l’aube et la douceur du crépuscule.

Du début à la fin, la voix fragile et lointaine se met au service de la sensation, jouant son rôle d’instrument comme les autres. Quand tous se réunissent en un même mouvement, c’est un appel à la vie, à l’éveil des sens et de l’esprit (comme dans le dynamique Wake up) qui nous rappelle que l’hiver passe invariablement et qu’il est temps d’aller voir du pays.

On the road again

EITSOYAM invite alors à prendre la route, à flâner parmi les villes, les bois et les lacs à la recherche de lieux magiques où nager (l’insulaire Ark), des espaces bruts où s’alanguir sans complexe ni contrainte. Le sensuel November (rehaussé par l’accompagnement d’une voix de femme-enfant) évoque ce souvenir propre au voyage : « It was real life, it was free life ». Où roulons-nous, sur les routes nocturnes américaines ou dans des contrées nordiques sauvages et interminables? C’est selon l’envie, selon la rêverie.

Grésillement de radio, brouillard, chœurs célestes : le bitume s’acoquine alors avec l’aérien, le long plan séquence avec les lumières de la ville en accéléré. On parle de post-rock éthéré à la Mark Linkous (feu créateur du génial Sparklehorse), mais The Delano Orchestra, même s’il reconnaît volontiers l’influence de ces artistes indé des années 90, sonne comme… du Delano Orchestra. Un gracieux mélange d’onirisme jonglant avec la fureur lyrique et les accalmies régénératrices. Une musique résolument tournée vers l’ouverture, celle des grands espaces (ce n’est pas un hasard si le collectif Kütu Folk compte des membres canadiens ou européens), mais aussi artistique et temporelle. A la fois hors du temps et bien ancré dans notre réalité, EITSOYAM est un superbe compagnon de route avec qui on traverse les saisons (November, Summer), on respire (Breathe) pour mieux se relever (Wake up).

Pour clore la balade aquatique et urbaine en pays d’EITSOYAM, les paisibles Dreams et Summer convoquent une voix tremblante, des guitares qui fendent l’air, une trompette et un violoncelle chaleureux, donnant une fois encore tout son sens au mot orchestra. Un parfait final pour un album intime, exalté et élégant qui tient les portes ouvertes à un avenir qu’on entrevoit lumineux. The Delano Orchestra a encore grandi ; regardons le éclore.

The-Delano-Orchestra-EITSOYAMTDO – EITSOYAM (janvier 2013 /Kütu Folk)

1. Everything
2. Girl
3. Wake Up
4. Ark
5. Wollaws
6. Xxx
7. Breathe
8. November
9. Light Games
10. Always
11. Candle
12. Dreams
13. Summer

Plus d’infos sur : http://kutufolk.com/

* « Et il est en éveil celui qui se croit endormi » : extrait du poème The winter’s wind de John Keats.

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