The Delano Orchestra : « Notre musique est sensorielle et cinématographique»

14/02/13 par  |  publié dans : Artistes, Musique | Tags : , ,

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Avec EITSOYAM (sorti le 28 janvier), le groupe clermontois The Delano Orchestra signe un quatrième disque intense et électrique. Alexandre Rochon, tête pensante du groupe et patron du label Kütu Folk, et Matthieu Lopez, guitariste, l’évoquent pour nous…

“Les musiques sont inspirées par des moments de vie” Alexandre

Envrak : Pouvez-vous revenir sur l’histoire, le parcours de Delano Orchestra ?
Alexandre Rochon : Nous avons monté le groupe autour d’un projet solo, en juin 2006. Nous avons enregistré cinq albums, quatre sont sortis, le dernier sortira au printemps 2013.

Comment qualifieriez-vous votre musique, en quelques mots ?
Alexandre : C’est une musique sensorielle, cinématographique, des chansons intimes.
Matthieu Lopez : Pour moi, ça n’a jamais été du post-rock en tout cas ; personne n’en écoute vraiment dans le groupe et je ne trouve pas que cela corresponde musicalement. Certains morceaux, surtout sur les premiers albums, étaient vraiment “folk”. Maintenant, je dirais qu’on fait de la pop un peu dark.

Si vous deviez conseiller un titre de Delano pour faire découvrir votre univers à un néophyte, ce serait lequel ?
A : Je crois que je conseillerais Seawater paru sur l’album Now you’re free my beloved love: ce titre nous ressemble plus particulièrement car il est à la fois personnel, ambiant et très orchestral.
M : Je dirais Not an ending sur le même album.

EITSOYAM est, une fois de plus, très minéral et aquatique. L’influence de la nature est indissociable de la musique de Delano ?
A : Les musiques sont inspirées par des moments de vie. La nature, l’eau, l’air, les sons et les ambiances environnementales sont le décor de ses histoires. Elles ont donc forcément une place importante, comme dans un film.
M : Pour ma part, ce disque m’évoque plutôt des images urbaines, des grandes villes dans le brouillard…

“Peut être qu’on avait envie de montrer autre chose, de sortir un peu de nos habitudes” Matthieu

Pouvez-vous nous éclairer sur le titre énigmatique ?
A : Il s’agit d’une phrase amoureuse que l’on garde pour soi, une déclaration.

L’écriture est fine, très personnelle. Qu’est-ce qui vous inspire ?
A : L’écriture est toujours spontanée, rapide, liée au moment d’écriture de la musique. Il n’y a rien de très réfléchi, pas d’attente sur sa réception. Ce n’est pas un discours, il n’y a pas d’intention. Ce sont des accidents que je ne censure pas et que je me préserve d’interpréter.

S’il est toujours hanté et nostalgique, le disque est dans l’ensemble plus nerveux, plus rock que les précédents. On ressent également comme un élan vital, une urgence de vivre, une liberté reconquise…
M : C’est sûr, les guitares électriques sont plus présentes. Il n’y a que deux guitares acoustiques sur tout l’album et les rythmiques sont plus nerveuses. Tout ça est un mélange de ce que ressentait Alex à ce moment là et d’une force de groupe aussi. Peut être qu’on avait envie de montrer autre chose, de sortir un peu de nos habitudes.
A: L’album est en effet très électrique. Cela s’explique à la fois par l’enregistrement en parallèle d’un projet très ambiant (Mvat Mvct Mlwy) et par l’envie de faire vivre les qualités et richesses de jeu des membres du groupe. Vos impressions sur l’album sont en parfaite adéquation avec ce que je vis actuellement. Cela se ressent dans la musicalité du disque.

Il serait aussi parfait pour être la bande-son d’un film. Quel serait alors ce film ?
A: Ce pourrait être Oslo, 31 août. Mais, la fin du film serait heureuse.
M : Difficile à dire…Un film urbain, avec du brouillard. Batman? Non,quand même…

La musique est vraiment mise en avant, la voix un peu en retrait. Qu’est-ce qui prime : les instruments, l’écriture ou la sensation créée ?
M : On a toujours placé la voix un peu en retrait. Ce qui prime c’est la sensation créée.
A : La musique et la sensation qu’elle laisse. La voix est pour nous un instrument parmi les autres, elle peut disparaître et réapparaître, se fondre dans l’ambiance générale.

” Peter a été une très grande rencontre musicale et humaine” Matthieu

Le 3ème album Now You’re free my beloved Love avait été enregistré en une prise de 45 minutes. Comment ça s’est passé pour celui-là ?
A: L’album a été enregistré en live également, sur bandes analogiques. L’utilisation des bandes impose de ne pas enregistrer plus de vingt minutes consécutivement. Nous enregistrions donc plusieurs titres et choisissions les meilleures versions. Nous avions peu de temps, l’enregistrement et le mixage ont été fait au cours d’une semaine très intense.
M : On a eu un fonctionnement plus classique, en prenant morceau par morceau.

L’album a été enregistré au Black Box Studio avec Peter Deimel (dEus, Chokebore). Racontez-nous cette rencontre ?
A : Peter et sa femme Sylvie étaient venus nous voir en concert à Nantes et nous avaient proposé de dormir au studio le soir même. J’ai vécu cette rencontre comme un signe qu’il fallait suivre. Le talent de Peter et la qualité du studio nous a tous beaucoup marqué.
M : Personnellement, Peter a été une très grande rencontre musicale et humaine.

En écoutant l’album, je n’ai pu m’empêcher de penser parfois aux Smashing Pumpkins, Chokebore, Pavement, The Cure ou encore Elliot Smith et Sparklehorse. Tous ces talents indie-rock ont-ils eu une grande influence sur Delano ?
M : Ce sont des influences très fortes pour la plupart d’entre nous, que ce soit au niveau de la composition ou du jeu. Cet album a un côté plus indie rock américain que les autres, plus 90’s.
A : Ce sont des groupes que nous écoutons tous, ça influence forcément notre musique. Nous espérons aussi qu’au fur et à mesure de nos productions, nous nous rapprochons de plus en plus de quelque chose qui nous est propre et ne ressemble qu’à nous.

Y a-t-il eu ou y a-t-il d’autres artistes ou morceaux phares qui ont guidé à un moment ou à un autre le chemin de Delano Orchestra ?
A : Il y en a tellement. Je suis toujours en attente de nouvelles musiques qui m’emporteront.

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L’artwork des albums est toujours extrêmement soigné, poétique et mystérieux. L’objet disque est très important chez Kütu Folk ?
A : Oui, énormément. L’idée, depuis le départ, était de ne pas dissocier les arts graphiques de la création musicale. Certaines maisons de disques choisissent d’imposer les visuels, Kütu Folk Records impose à l’auteur du disque de les dessiner. Cela ajoute une lecture au disque, rapproche le public et l’artiste.

En parallèle d’EITSOYAM et de manière plus confidentielle sort un superbe quatuor pour cordes, Mvat Mvct Mlwy. Est-ce que l’élaboration d’un tel projet diffère beaucoup d’un album « normal » ?
A : Oui, l’écriture de ce disque a été très différente. Il s’agit d’un travail de création fait avec Guillaume Bongiraud, le violoncelliste du groupe. C’est un disque très important pour moi, il répond à une envie très forte d’écrire des musiques pour lire, penser, écrire, ne rien faire. Ce disque est peut-être le versant onirique et ambiant d’EITSOYAM.

Vous avez joué à la Coopé pour présenter l’album il y a quelques jours. Comment a été l’accueil ?
M : L’accueil nous a paru très bon : il y avait du monde et on a fait un bon concert. Il y a maintenant un côté plus “rentre dedans” sur nos live. Quatre albums, ça nous donne dorénavant du choix pour construire nos sets : on peut amener les gens à plein d’endroits différents….
A : C’est vrai que cet album se prête particulièrement à la scène.

“Il y a beaucoup de très bons souvenirs dans ce groupe” Matthieu

Parmi tous vos concerts, quel est votre meilleur souvenir ?
A: Tout cela est toujours très lié à l’ humeur, à la vie qui entoure l’instant. Je garde un vrai attachement pour les moments passés sur la scène de l’Ubu, à Rennes.
M: Musicalement, sans aucun doute notre concert à L’Ubu début 2012. Après, on est souvent marqué par les lieux, les gens, les soirées… Il y a beaucoup de très bons souvenirs dans ce groupe.

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Et le meilleur concert auquel vous avez assisté ?
A : La question impossible ! Pour les mêmes raisons que la question précédente, je pourrais parler du concert de Baxter Dury à Bourges ou celui M Pokora à La Coopérative de Mai. En 2005, un concert de Bright Eyes au Trabendo m’a également énormément marqué.
M : Wouah ,dur dur… Je dirais Blur en 2009 aux Nuits de Fourvière.

Vos derniers coups de cœur : album, chanson, film, livre ?
M : L’album Rats de Balthazar, une “vieille”chanson Game of pricks de Guided by voices, Django de Tarantino et Les enfants du Pirée par K. Mourselas pour le livre.
A : J’écoute beaucoup l’album de Julia Holter, Ekstasis. Le concert de Funeral Suits à La Coopérative de Mai m’a énormément plu et je lis Le Nouvel Amour de Philippe Forest.

Si vous pouviez inviter qui vous voulez à dîner, qui réuniriez-vous le temps d’une soirée (vivants et/ou disparus) ?
A : Mes grands-parents et les siens.
M : Elliott Smith et Michael Jordan !

Alexandre, en tant que musicien et patron de label, comment vois-tu l’avenir ?
A : Je l’espère ouvert à toutes formes d’arts, de voyages et de défis.

Aujourd’hui, à quoi aspirez-vous ? Des nouveaux projets ?
M: A jouer, loin de Clermont si possible.
A: Oui, il y a beaucoup d’envies. Des projets qui ne sont pas forcément musicaux. Pas encore de tournée de prévu mais cela ne devrait pas tarder. Et personnellement, j’aspire à profiter pleinement de toutes les choses heureuses qui entourent ma vie. Tranquillement, intensément.

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