The John Butler Trio – Grand National

01/05/07 par  |  publié dans : Albums, Musique

Après le magnifique Sunrise Over Sea, The John Butler Trio revient avec un nouvel opus : Grand National. Que nous réserve le trio australien cette fois-ci ?
Il aura fallu deux ans ! Deux longues années pour que l’australien John Butler revienne dans les bacs avec un album studio tout neuf. En 2005, il avait enchanté nos oreilles avec un album magnifique, Sunrise Over Sea, alliant folk, rock, blues et country pour un résultat proche du 20/20. Comment allait-il rebondir après ce chef d’œuvre ? Réponse : bien, très bien même ! Car oui, cette nouvelle galette est une bombe ! Mélangeant encore les influences qui avaient fait son succès, John Butler apporte cette fois-ci une touche de joyeuse pop dans ses compositions. Supervisé par Mario Caldato Jr (Beastie Boys, Beck, G Love), Grand National est une formidable réserve d’optimisme et une bonne bouchée d’air pur. Quelques grammes d’oxygène dans un monde étouffant.

L’album commence par Better Than, une chanson toute légère et enjouée, emmenée par un banjo. Dès le début, on sent une atmosphère sereine et optimiste, les paroles nous incitent à ne pas nous renfermer dans nos regrets ou nos actes manqués, mais plutôt à nous tourner vers l’avenir en nous inspirant de nos erreurs. Le duo banjo/contrebasse fonctionne à merveille pour une très belle entrée en matière. Puis un harmonica et une beat box lance Daniella, deuxième chanson de cet album. On retrouve la guitare “slide” que John Butler chérit tant, véritable marque de fabrique de l’artiste sur laquelle vient se poser une voix aux influences hip hop. Hommage à sa femme dont il semble particulièrement amoureux, cette chanson continue de nous transporter dans un univers festif et coloré. L’écoute se poursuit avec Funky Tonight qui n’a pas de funky que le nom, au contraire. Voilà un véritable tube en puissance ! La batterie et son charleston à contre temps, le rythme endiablé de la guitare, plus un solo jouissif, la basse funky à souhait… Chaussez vos espadrilles et bougez vos fesses, pas la peine de vous forcer c’est naturel, laissez-vous aller !

Après cette dépense énergétique à faire pâlir un marathonien, quelle bonne idée de se reposer sur une ballade aussi magique que magnifique, Caroline. En crescendo constant, ce titre comporte un arrangement particulièrement soigné. Des cordes et des cuivres, timides au début puis expansifs à la fin apportent leur contribution à une magnifique réalisation toute en douceur et délicatesse.
Sitôt reposé, voilà que Mr Butler retrouve une soudaine envie de nous faire danser avec Good Excuse, dans la lignée de Funky Tonight. Je mettrais ma main à couper que ce titre fait partie de ceux qui sont écrits en 3 minutes et 46 secondes, résultat d’un “bœuf” entre musiciens tant il semble spontané et naturel. Used To Get High, la suivante, est l’occasion pour John de triturer ses cordes avec ses “slides” si caractéristiques. Le morceau reste dans la veine de l’album par sa réalisation au niveau des voix et son groove funk.

Mais voilà qu’arrive Gov Did Nothing, LA chanson, que dis-je… LE chef d’œuvre de cet album ! Titre de plus de 8 minutes, il traite de l’ouragan Katrina qui ravagea le Sud-Est américain, et surtout de l’incompétence totale de l’administration Bush à réagir face à ce désastre. En tournée américaine au moment des faits, John Butler et ses collègues furent particulièrement émus par cette catastrophe. Le trio attendit de rentrer à Melbourne pour réaliser ce titre. Le résultat est magnifique : véritable panorama de couleurs instrumentales, le trio demanda l’aide du pianiste de jazz Jex Saarelaht, des chanteuses soul Vika et Linda Bull, et du groupe de jazz traditionnel The Hoodangers. Débutant par des sons d’hélicoptère sur fond de pluie, le morceau transmet une rythmique enragée sur des paroles virulentes envers le gouvernement américain. Puis une pause… Marimba, piano et percussions tentent de combler une attente qui semble bien longue, sur cette musique de salle d’attente l’auditeur patiente comme ces Américains en détresse. Mais la guitare reprend le contrôle et lance la deuxième partie. Et voilà qu’arrive une voix, viscérale, puissante, fantômatique, on pense forcément au Great Gig In The Sky des Pink Floyd. Et pour finir, la guitare introduit une fanfare jazz, nous voilà replongés dans Bourbon Street à La Nouvelle Orléans et son atmosphère si particulière, comme si rien ne s’était passé là-bas… A la fin du morceau, l’auditeur reste bloqué, perdu, à peine conscient de ce qu’il vient d’entendre. Une chose est sûre : ce titre mérite à lui seul l’achat du disque.

La suite de l’album paraît tout de suite un peu fade, avec Grooving Slowly, ballade reggae un peu plate. Devil running change radicalement de style et adopte un ton beaucoup plus lourd, empiétant même parfois sur le métal. A l’instar de la précédente, John Butler n’arrive pas à convaincre dans ce style.
Mais c’est sans compter sur sa technique et son talent à la guitare acoustique car le morceau suivant, Losing You, est une très belle ballade bluesy guitare-voix (ceux qui évoqueront Bron-Yr-Aur de Led Zeppelin n’auront pas tort). Rassuré, l’auditeur entame l’écoute de Nowhere Man, un titre léger et radieux que se partagent le banjo, la guitare, la batterie et la contrebasse. Note pour plus tard : titre à écouter pour un réveil sans brutalité ! Avant-dernière chanson de l’album, [b]Fire In The Sky[/i] est le modèle type d’une chanson du John Butler trio, avec son son de guitare si particulier et son solo inévitable.

Enfin, pour terminer, le trio nous offre une chanson dont lui seul a le secret. Basse en avant, guitare “slide” inépuisable, batterie omniprésente, le morceau comporte un des plus beaux solos de guitare de l’album, un de ceux que chaque guitariste amateur rêve de claquer un jour. Enfin, il se termine avec des chœurs, comme si tous les gens qui avaient travaillé sur cet album venaient apparaître à nos oreilles, une sorte d’au revoir général conclu par cette guitare “slide”, véritable signature du John Butler Trio.

Traitant moins d’injustice ou d’abus divers, la bonne humeur de Grand National remplace les revendications du précédent album Sunrise Over Sea. Ces treize chansons constituent pour John Butler une nouvelle et vaste toile qui lui permettra de surprendre un nouveau public tout en consolidant le lien avec ses innombrables et fidèles fans. Je sais que beaucoup de gens attendent cet album, mais je ne peux jamais anticiper l’accueil qui va lui être réservé, confie John. Je n’ai aucune complaisance dans ce domaine, jamais je n’ai imaginé parvenir à renouveler systématiquement un précédent succès. Et c’est bien ainsi. Je suis content de cet album. Pour moi, sur le plan artistique, c’est un succès. CQFD !

The John Butler Trio – Grand National (sorti en mars 2007)
1 – Better than (3:28)
2 – Daniella (4:15)
3 – Funky tonight (5:26)
4 – Caroline (3:46)
5 – Good excuse (3:25)
6 – Used to get high (4:27)
7 – Gov did nothin’ (8:04)
8 – Groovin’ slowly (4:31)
9 – Devil running (4:48)
10 – Losing you (3:46)
11 – Nowhere man (3:21)
12 – Fire in the sky (5:32)
13 – Gonna take it (4:43)

Discographie :
Albums : Grand National [2007], Sunrise Over Sea [2005], Three [2001], John Butler [1998]
Maxis : Somethings Gotta Give [2004], What You Want [2004], Zebra [2003], JBT EP [2000]
Live : Live at St Gallen [2006], Living 2001 – 2002 (2 Cds) [2003]

Pour plus d’infos
Chronique du précédent album Sunrise Over Sea : http://gazette.ditaime.com/article/147.html
Site officiel de The John Butler Trio (anglais) : http://www.johnbutlertrio.com
Site français : http://www.johnbutlertrio.fr

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6 commentaires

    NalA  | 01/05/07 à 9 h 17 min

  • je n’avais pas encore eu le temps d’aller écouter ce nouvel album (ni de l’acheter d’ailleurs) avant d’aller voir le maitre en concert… je n’ai pas été déçue en fait de découvrir les nouvelles chansons en live… magique, envoutant, spirituel jOhn et ses potes m’ont transportée pendant 3heures plus haut que haut(et ouais 3h de live…)des frissons à n’en plus finir je retrouve là le nirvana même s’il em manquait peut être quelque chose ce soir là (;) ) j’en redemande encore… et je cours acheter ce nouvel opus…

  • Rubz  | 03/05/07 à 13 h 39 min

  • Fan du groupe depuis ses débuts je me suis jetté sur cet album ! Je n’ai pas eu l’occasion de les voir en concert … le trasbordeur était déja plein quand je me suis reveillé ! ;o)

  • Marie  | 07/05/07 à 16 h 02 min

  • Tu m’avais déjà convaincu d’acheter leur 1er album et maintenant c’est leur 2nd qui tourne en boucle chez moi. Merci de me faire découvrir des groupes aussi géniaux.

  • Bertrand  | 07/05/07 à 16 h 27 min

  • C’est grâce ç Rom1 et à Marie que j’ai découvert ce groupe excellent qu’on peut parfois apparenter à Creedance Clearwater Revival…
    J’espère que les disquaires de Monterrey importerait ce CD sinon je devrai me le procurer en France…

  • Lanfeust23  | 16/07/07 à 23 h 12 min

  • Merci pour cette analyse détaillée. Cet album est en effet un vrai bijoux. J’ai découvert les titres en live avant même d’avoir entendu l’album: c’était fantastique !
    En plus des idées et messages engagés, JBT rayonne par une sensibilité toute particulière dans son jeu. C’est sur, je retourne le voir en octobre ! :=)

  • Hugo  | 24/07/08 à 1 h 16 min

  • Très Bonne Review!Je les ai vus 5 fois en concert (Grand Rex,Fete de L’humanité,Olympia,Furia Sound Festival,Festival Les Oceaniques il y a 3 jours)

    Et ce groupe,car Shannon Birchall est excellent et Michael Barker est……(J’ai decouvert une autre approche de la batterie avec lui,c’est vous dire)
    m’a toujours autant mis sur le cul en concert.C’est Excellent en CD,c’est Gigantissime en live.A voir ABSOLUMENT une fois dans sa vie.On peut mourir tranquille après.

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