Trümmelschlager… A vos souhaits

07/03/11 par  |  publié dans : Artistes, Musique | Tags :

Ce Monsieur prônant la moustache, marque du sceau surréaliste un opus bête et méchamment groove. Homme-orchestre monstre, ce Remy Bricka brac balance dans ce foutoir sa vésanie tentaculaire. Sur des instrumentaux pratiquant la débauche, lorgnant vers le hip-hop et le psychédélisme Beckien (période Odelay) mais pas que, sa pop hybride offre des moments orgasmiques pour l’abruti qui sommeille en chacun de nous. Docteur Ariel Bonux vous prescrit une bonne dose de ce truc – l’album s’appelle Guru– matin, midi et soir, ainsi vous commencerez l’année sous les meilleurs auspices…

Qui est ton guide spirituel, et pourquoi ?

Je suis les préceptes du Grand Architecte de l’Univers, quoique je passe en ce moment par une phase de remise en question franc-maçonne. Ma loge me refuse l’acquisition d’un compas en bois de hêtre que je convoite depuis que mon père l’obtint en mai 1973 pour avoir converti un berger allemand au credo du Grand Orient. On me reproche de n’avoir pas accompli telle prouesse en dix ans de maçonnerie. Ce n’est pas juste : je suis plutôt chat. Question de goûts, désolé. De surcroît, je suis allergique aux aboiements, surtout germains. Alors, eu égard à mes ascendances sumériennes je me rabats sur l’adoration d’Enlil, à cause de la couche d’ozone. Ça ne plaît pas. Ça fait jaser dans l’épicerie.

Mais je tiens bon.

Si tu étais gourou d’une secte que prônerais-tu, et de quelle manière ?

Je suis déjà gourou, merci bien, et depuis novembre 1984. C’est pour cela que l’album est titré « Guru ». En compagnie de mes deux frères Grégor et Odran, ainsi que de notre scribe Andy Bishop, évêque de Meaux, comme Bossuet en son temps, je sillonne les chemins ferrugineux de Catalogne ou ceux, plus portés sur le calcaire, de Touraine.

Nous vivons chichement de rapines et d’oboles. Pour nous attirer les faveurs des villageois, nous nous renseignons au préalable sur l’identité de l’idiot, de la sorcière locale, de l’original du coin. Alors, nous nous moquons ostensiblement de lui, ou d’elle, et les gens nous écoutent en riant. Odran imite le singe, met un nez rouge et pète très fort : succès garanti. Grégor assure la sécurité et Andy prend des notes au stylo bille. C’est bon enfant.

De façon à être bien entendu, je prêche la bonne parole aux bons paroliers, l’évangile aux apôtres, je prédis aux prédicateurs, je médis la PAC avec les agriculteurs, je récite des in vino veritas aux ivrognes, des cogitos aux cartésiens, des citius altus fortus aux sportifs, sans oublier les errare humanum que je dispense aux crétins.

Puis je leur vends un album et on s’en va après s’être préparé des sandwiches, souvent à la Vache Qui Rit…

Musicien, écrivain, champion local de savate insomniaque… Ton prochain projet : c’est quoi, quand, où?

C’est une année très importante pour moi car fin 2011, je devrais obtenir une entrée dans le Guinness des records. Je m’entraîne depuis mai 1988 à parler à l’envers. Tenez : ieretucrahc ne hcaoc emmoc étidérc riova’m siamaj ne ed uluov sruojuot ia ne’j iuq à, Noskcaj Leahcim uef erttab ed nifa seuqsid ed draillim nu erdnev siav ej ueq erèpse’j. C’est très fastidieux.

En parallèle, à part la musique, je suis inscrit à un championnat de “soulevé de choses lourdes”, j’y vais une fois par semaine, le mercredi, avant mon entrainement de “posé de choses moins lourdes” qui, du coup, me semble plus facile.

​D’ici 2014, fin octobre, je prévois d’être champion de roulette basque, de pelote russe, de ski espagnol, de branlette alpine, de brie d’Aix et de calisson de Meaux, bourgade où notre scribe Andy Bishop officie en tant qu’évêque, comme Bossuet en son temps, mais je vous l’ai déjà dit, je crois. Je prends des cours d’imitation de leprechaun, m’initie à la cuisine corpopétrussienne, au lancer de tout, à la peinture sur coing. Le tout en catégorie poussins deuxième dan.​

Peux-tu nous résumer le pitch de ton bouquin La marge molle, pour nous qui ne lisons que Pif Gadget, Télé Loisir et donc pas Chronicart ?

​Mon contrat avec Balland m’interdit d’en parler. Mon éditeur Eric Zemmour a été très clair là-dessus. Ce que je peux vous dire, c’est que la presse est unanime. Un type du Canard Enchaîné l’a qualifié de « grand chef d’œuvre moral ». Philippe Sollers pleure de ne pas l’avoir écrit. Le Monde des livres m’a octroyé ses quatre F de Télérama, les Inrocks ont organisé une interview croisée entre moi et Djamel, qui n’a malheureusement pas eu lieu, l’acteur ayant souffert d’une phlébite du genou au dernier moment. On me compare à Saint Simon, à la Rochefoucauld. Uof tse’c !

​Certes, Pif Gadget n’a pas été tendre avec moi. Ils me reprochent d’avoir corrompu les personnages de Placid et Muzo, que je représente dans mon livre comme de gros bourgeois fin de siècle, très Napoléon III, un peu à la manière de Monsieur Prudhomme. Pif Gadget veut ma peau. Avez-vous reçu leur sarbacane en os de poulpe ? Elle venait avec une cible à mon effigie. C’est laid.

Pourquoi Barcelone et pas chez nous, c’est à cause du roi à talonnettes ?

​Cette question est assez embarrassante. On ne se connaît pas suffisamment, comprenez. ​

A quoi carbures-tu ? Redbull , produits illicites , nains Espagnols…

J’ai vécu deux ans au Canada, mais ces deux années m’ont paru quatre. Pas étonnant ! Ils fonctionnent au 110 volts. Je ne m’en suis rendu compte qu’à deux jours du départ, quatre donc ! Je n’allais tout de même pas m’acheter un adaptateur secteur ! Imaginez-vous !

Il a fallu ruser, trouver des techniques. C’est pour ça que je me suis fait la raie sur le côté. Regardez-la, ma raie. Vous voyez ces plaquettes ? Des capteurs solaires, comme sur les calculettes ! C’est pour cela que je vis dans le sud. Je peux vous l’avouer maintenant qu’on se connaît mieux. Si j’étais resté en Touraine, je passerais mes journées sur le secteur. Mais malgré tout, même ici, figurez-vous monsieur, cela ne suffit toujours pas à alimenter la journée d’un Trümmelschlager. « Travailler, travailler, travailler, toujours travailler chez Trümmelschlager ». C’est ma devise. Alors matez ma raie. Non, l’autre. Si, si, regardez, ne faites pas le timide. Vous voyez, ce truc qui sort de mon cul ? C’est une éolienne, une petite. Une tasse de flageolets, et c’est parti ! Grâce à cet objet fantastique, dix centimètres cube de prout équivalent à un jogging de trente minutes. Le saviez-vous ?

​Dites, je ne vois pas ce qui fait marrer votre copain, derrière. Mon gars, sans la bonne poêlée de chili con carne que je me suis baffrée hier soir, je ne serais pas là à répondre à vos questions. Ehcin at snad reihc av !

Ton existence a changé, depuis que Deezer t’a mis en avant sur sa page principale ?

Non. Et je boude.

Tu définis ta musique comme étant pop mais c’est quoi la pop pour toi, et surtout maintenant au vingt-et-unième siècle ?

​La pop, c’est le schlager allemand, d’où mon nom. C’est un genre populo qui sent la frite et les moules, à base de mélodies faciles à chanter, sifflotables à souhait, reproductibles sur accordéon ou Bontempi. C’est ce qui fait la matière même de l’Eurovision, et je suis très attaché à l’Europe. J’ai un T-Shirt « Le Traité de Rome c’est cool ». J’aurais tort de cracher dans la soupe. Je suis austro-français, j’ai des racines bataves, je vis en Espagne. Cinq pays me proposent des contrats pour l’Eurovision et les grosses légumes d’Another Record parlementent en ce moment pour que je puisse représenter tous ces pays à la fois, moyennant quelques postiches : un short à bretelle pour l’Autriche, par exemple. La pop, c’est l’identité européenne en trois minutes trente. C’est ce que je fais.

Another Records c’est quoi, c’est qui ? Et pourquoi eux ?

​Another Record, c’est un label associatiftentaculaire, noyautant toutes les strates de toute institution française, du syndicat des coachs en charcuterie à la franc-maçonnerie de haute voltige. C’est d’ailleurs lors de la cérémonie initiatique d’Eric Zemmour que je les ai rencontrés. Ils tenaient la buvette. Clément, Franck et Adelyne qu’ils s’appellent, de gais lurons, toujours prêts à foutre la dawa. Zemmour n’avait pas encore enfilé sa tunique qu’ils la salopaient avec de la sangria Don Simon ! À un moment – c’est très drôle, écoutez – à un moment le candidat, Zemmour en l’occurrence, doit porter à ses yeux une paire de jumelles aux objectifs obstrués. Il admet ainsi son ignorance, fait preuve de modestie, blablabla, bref des trucs de franc-mac. Eh bah vous savez ce qu’ils avaient fait ? Ils avaient tartiné les jumelles de cirage ! Zemmour, au moment crucial, s’est retrouvé avec deux cocards ! Comme dans Police Academy ! Non, mais franchement… Les mecs d’Another Record, c’est vraiment des malades!!
Trümmelschlager – Guru (Another Records)
La page myspace de l’artiste ici.

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