Erotica : le testament musical de Madonna

18/02/11 par  |  publié dans : Artistes, Musique | Tags :

Mais que vient faire Madonna dans Envrak ? De quel droit une gloire flétrie incapable de sortir un album de qualité depuis des années vient-elle pousser des vocalises dans NOS colonnes ? La question est légitime, à condition qu’on ne sache rien du passé artistique de la chanteuse.

Ceux qui ont été biberonnés à Borderline, Lucky star, Papa don’t preach ou Like a prayer savent qu’il y a eu un avant et un après Erotica (1992). Avec cet album au titre aguicheur, Madonna signe son testament, et fait ses adieux, en beauté, au monde de la musique. Considéré à tort comme la bande originale du livre Sex, sorti dans le même temps et à l’origine d’un véritable scandale, Erotica est pourtant une œuvre à part, indissociable aussi bien du livre que de tous les autres albums – antérieurs ou à venir – de Madonna. Tout au plus pouvait-on en déceler les prémisses dans son disque précédent, The immaculate collection, rendu mythique par la présence du sulfureux Justify my love.
Véritable pendant féminin de Michael Jackson depuis le milieu des années 80, Madonna délaisse désormais la pop-music, pour s’orienter vers des sonorités lo-fi flirtant par moment avec la house et le new-jack swing. La voix chute d’un octave, les accords se font plus sombres, les mélodies plus dures, les chansons beaucoup plus longues. Artistiquement, c’est une réussite. Financièrement, une catastrophe. Beaucoup trop en avance sur son temps, Erotica ne se vend pas. Seul rescapé de ce naufrage commercial, le single Deeper and deeper, le moins intéressant de l’album, trouve grâce aux yeux du public, sans doute beaucoup plus sensible à ses sonorités “dance”. Ces mêmes sonorités qui, quelques années plus tard, feront de Madonna la star des boîtes de nuit, et la réhabiliteront aux yeux du grand public. Aujourd’hui, on écoute Erotica avec nostalgie : après cet album, la chanteuse s’est complètement perdue.
Revenue à une pop plus consensuelle – volontiers ouverte à l’électronique – Madonna a assuré ses arrières avec le sympathique et très lisse Bedtime stories puis avec le presque réussi Ray of light, et a fini par sombrer définitivement dans les abîmes du commercial. Les années 2000, placées sous le signe du nauséabond, ont relégué la Madonne au rang de MILF musclée obligée de dissimuler sa voix derrière des “machins” électroniques sortis d’une usine à tubes. Triste.

Près de vingt ans après sa sortie, Envrak rend hommage au clip d’Erotica, véritable petit frère de Justify my love. On y croise Isabella Rossellini, Udo Kier, Naomi Campbell, des femmes qui s’embrassent, des hommes qui se fouettent, des gens tous nus et heureux de l’être… Et une star qui s’amuse à désintégrer son image de queen of pop en faisant du personnage de son clip Material girl une maîtresse sado-maso. A l’heure où Madonna n’a plus les armes pour provoquer son monde, on se souvient des jours heureux et on pleure.


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1 commentaire

    nempower  | 24/02/11 à 17 h 17 min

  • j’adorai….

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