Le style Kazaky

07/03/11 par  |  publié dans : Musique | Tags : ,

A l’heure où Britney Spears s’apprête à sortir son nouvel album, il y a quelque part dans le monde de la mauvaise pop qui ne demande qu’à buzzer. En Corée du Sud par exemple où la K-pop se démène pour passer les frontières, offrant à Youtube quelques clips de bon goût. On a trouvé la notre à l’est de l’Europe, en Ukraine, non loin du lieu où fut découvert Dan Balan et son tube Chica Bomb l’été dernier, six ans après le crash d’O-zone. Ça se tient.

Oleh Zhezhel, Artur Archibaz, Kyryll Fedorenko et Stas Pavlov forment un boy’s band au nom bien plus prononçable que les leurs : Kazaky. Après un premier single en automne 2010, ils sortaient Love en février 2011. (Sur)qualifiés de «Lady Gaga ukrainiens », on n’a peu entendu parler d’eux en France, et si le clip n’avait pas été relayé par Tétu, Envrak serait passé à côté.
C’est pourtant leur visibilité qui joue à double tranchant : quatre garçons en talons hauts, c’est de la folie, dans tous les sens du terme, y compris celui qui sert d’argument aux détracteurs de la marche des fiertés. Les Kazaky sont estampillés culture gay et le clip divise la communauté. Les « pour » admirent le galbe et la choré, les « contre » déplorent la musique et le cliché. On les comprend mais on se fiche du débat parce qu’on affranchit volontiers les corps et mouvements de tout qualificatif genré ou sexuel. Parce que les Kazaky, on les sortirait bien du placard à catégories. Love c’est avant tout une esthétique soignée dans un clip ridicule, et on a du second degré.

Dans les années 90, on avait Alliage, Mylène Farmer et Madonna. Les garçons, le queer et la pop à l’époque, c’était mainstream et on s’en moquait. On a découvert le premier calendrier des Dieux du Stade en 2001, avant qu’il ne devienne un produit bien huilé, donc gras. On payait en francs aussi, mais c’est anecdotique. Dans les années 2010, non contents de rappeler que les boy’s band existent encore, les Kazaky montrent qu’ils peuvent être gracieux, dénudés, et savoir danser. Tout en ne présentant que peu d’intérêts : ça rassure les choses qui ne changent pas.
Dans une vidéo statique mais jolie, probablement agrémentée de références qui nous échappent, le groupe se juche sur des chaussures vertigineuses. On s’émerveille, les nouveaux codes – même MTV – ça fascine. Le clip d’un noir et blanc digne de papier glacé commence par quelques jolis drapés ponctués de gros plans qu’on dirait une intro des G-Squad. A partir d’1min26, quand l’orgue retentit, les ukrainiens prennent des poses de grecs. On pense un peu à Vogue, on se demande s’il y a de l’histoire de l’art derrière, on regrette au passage que Rodin soit mort. L’anatomie parfaite c’était son dada, Le penseur en talons, il aurait pu y penser. Après une furtive cage à poule, les danseurs portent des têtes en gousse d’ail, on ne voit pas le rapport. Enfin, les Legos font apogée, sauf que les Kazaky courent en plans américains. On réalise alors qu’ils ont peut-être ôté leurs stilletos. Dites les mecs, tout ça pour ça, ce serait pas un peu tricher ?

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