Voir Midi à sa porte

01/09/09 par  |  publié dans : Musique | Tags :

Midi festival : les 24, 25 et 26 juillet 2009. Du programme je ne connaissais que deux groupes, le premier Mahjongg, conseillé par un de mes amis indien, dandy de naissance. Ou l’inverse. Et le second : Skeleton$, chaudement recommandé par un obscur blog dont j’ai depuis égaré la source. Deux groupes inconnus du grand public et pas facile d’accès en guise de “têtes d’affiches”. Et au vu du reste de la programmation, je me disais : “quelle bonne idée d’organiser un festival, à Hyères qui plus est, et à contre-courant des grosses machines festivalières dont les programmations bêlent comme Dolly”. Oui, je me disais cette longue phrase en boucle, et sans respirer du cerveau. Cependant une question me taraudait : quel public allais-je y croiser ? Journalistes en villégiature et hipsters en vacances ? Ou l’inverse ? Filles à papa torturées et intellos endimanchés ? Ou l’inverse ? Je m’égare. Et c’est d’ailleurs un peu le sentiment que j’avais en me lançant sur ce projet d’article.

Autant sortir de suite la carte presse de l’honnêteté. Je ne suis pas journaliste. Je ne suis pas objectif. C’est avec une excitation voilée d’appréhension que j’ai donc mis cap sur la Villa Noailles pour aborder de plein pied ce festival. Un échec amoureux m’avait fait rater l’ouverture du festival vendredi 24 juillet au soir, ainsi que l’alléchant samedi après-midi à la plage du Bikini. Pour ce que ça me faisait.

J’arrive donc sur place le 25 juillet vers 17h, les groupes font leurs balances. Mahjongg est sur scène, les techniciens qui s’affairent en plaisantant mangent des sandwichs. J’ai faim. Un homme de petite taille au regard fou est derrière la table de mixage, vraisemblablement l’ingé son du groupe. Un des techniciens m’explique que “ces gars-là sont de vrais bouchers, et si je les laisse faire ils vont rendre le public complètement sourd”. En effet l’ingé son semble prendre un malin plaisir à tourner les potards pleine puissance. Son regard est fascinant, je sors mon appareil photo qui décide de se suicider à ce moment-là. Tout ceci commence fort.

Le groupe Mahjongg (photo : Chris Gubbels)

Suivent les White Williams, ils admirent le paysage qui s’étend sous leurs yeux, le spot de la villa Noailles est, il est vrai, magnifique et surplombe Hyères avec la mer qui s’étire au loin. Une vraie carte postale même si grimper jusqu’ici n’est pas une tâche aisée, et quelques collègues journalistes arrivent rouges de sueur. Ils montent sur scène et se prennent en photo, eux. L’ambiance est des plus détendue. Une personne de l’équipe en profite pour remarquer ma présence et me signaler que l’espace n’est pas encore ouvert au public, je lui glisse que j’attends toujours mon accréditation presse. Réponse qui semble la satisfaire. Je commence à apprécier ce super-pouvoir journalistique.

Entre les groupes et leurs balances, les cigales reprennent possession du territoire sonore.
L’attaché presse arrive, j’ai mon badge et mon bracelet. Elle m’interroge sur ce webzine pour lequel je travaille, et n’a pas l’air de me faire confiance. Tant mieux, comme ça on est deux. Je vais m’acheter un sandwich. Je n’apprendrai que trop tard que grâce à mon pass j’ai accès au buffet en backstage. D’autres se font payer l’hôtel, le déplacement. Et l’intégrité du journaliste ?

Arrivent ensuite les premiers festivaliers. Je suis surpris, des enfants accompagnés de leurs parents, des “+de50” et une foule hétéroclite de sudistes plus ou moins branchés. L’ambiance est calme, très calme, c’est “bon enfant” comme dirait le ringard que je suis. Et l’espace se remplit lentement, surtout aux alentours de la buvette.

Les Little Pictures, qui ouvrent la soirée, sont deux visages poupins. MPC, saxophone, clarinette et xylophone d’enfant. Cheap cheap music. Le concert est maladroit et à l’image de leur musique, fragile. Au bord de la rupture de voix, la chanteuse néo-zélandaise fait des bulles et je préfère les imaginer dans un vieux pub enfumé, baigné de schooners de bière. Ils y seraient peut-être plus à leur place que sur cette scène qu’ils peinent à habiter. J’ai du mal avec les artistes mal-à-l’aise, c’est communicatif.

Les little pictures.

Changement de plateau. Les White Williams livrent une bouillie expérimentale pop qui ne prend pas, bien loin de ce que j’ai entendu sur leur MySpace. Le chant est douteux, et toute la reverb’ du monde n’y peut rien. La nuit tombe, j’en profite pour observer du coin de l’œil les 500 ou 700 personnes présentes ce soir. Une bonne moitié des festivaliers prétendant appartenir au genre masculin arborent des shorts ultra courts qui leur arrivent mi-cuisse. Les slims gris et les Wayfarer montures blanches coulent encore de beaux jours. Sixpack, American Apparel, New Era, chemise à carreaux, moustache et nœud papillon. Là où beaucoup cultivent un look bourgeois strict d’autres versent dans le hippie chic. Mais je ne pense plus rien de tout ça depuis bien longtemps.
Les White Williams entament un morceau qui peine à ressembler à Battle, l’intention est louable mais le chant saccage une fois de plus tant d’efforts.

Une amie me rejoint, on échange des banalités. Les rangs commencent à se resserrer devant la scène et je me fraye un passage pour Mahjongg, une certaine fébrilité est palpable à l’arrivée du groupe. J’oublie pour un temps cet article, et ceux qui m’entourent, et je me laisse aller à l’énergie pure que dégagent ces vaudous blancs de Chicago. Le groupe fait la part belle aux percussions et rythmiques en tout genre. Le batteur est tout simplement impressionnant, tout en breaks et contre-temps. Le public s’enlève les doigts du cul et lève quelques bras en l’air, des cris fusent. Merci.

S’en suit un long changement de plateau, je ne me sens plus trop à mon aise et me demande pourquoi je suis venu jouer au journaliste dans ce festival. Pourtant le groupe des Telepathe enchaîne sans se soucier de mes états d’âme. Les deux jeunes filles chantent sur des nappes synthés pop et du boum-boum, les pieds rivés au sol. Avec cet éclairage rouge, elles ressemblent aux jumelles dans Shining. Et leur show à un long couloir lugubre.

Telepathe (photo : Andres Lazlo Konrath)

Je commence vraiment à m’ennuyer et je fais un jeu de mot douteux Télépathe/myopathe qui rencontre peu de succès. Aussi, je me mets à interroger des personnes de l’équipe, dans un souci d’investigation mais aussi parce que je cherche un moyen de locomotion pour rentrer sur Toulon. La plupart reconnaissent ne pas écouter ce genre de musique d’habitude, pourtant une grande partie est bénévole et apprécie l’ambiance familiale et détendue du lieu, jamais de débordement, une programmation originale, il fait beau. Vincent, présent depuis la toute première édition, va jusqu’à refuser du travail à New York pour être ici.

Un des techniciens veut bien me raccompagner et je finis par quitter les lieux, sur un mi bémol, et avec comme une impression d’inachevé.

Seul Mahjongg a su me plaire. Mon rôle de “journaliste” me pèse, coincé dans le jugement. Si seulement demain pouvait se terminer sur un fa dièse majeur…
Plus d’info sur les myspace des artistes : mahjongg, The little pictures, White Williams, Telepathe
Reportage : deuxième partie

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