Voix du Gaou 2013 [3/3] : un plateau rock made in France

03/08/13 par  |  publié dans : Concerts, Musique | Tags : , ,

P1040013

L’édition 2013 des Voix du Gaou a une fois de plus été très variée. Goran Bregovic et Stephan Eicher ont paré l’île de leur musique ensoleillée avant de laisser la place aux amateurs de reggae roots, venus se déhancher sur Alpha Blondy et Raspigaous. Quelques jours plus tard, c’est la star mexicaine Carlos Santana qui a complètement médusé par son jeu de guitare légendaire près de 8000 spectateurs. Le 25 juillet, c’est une soirée 100% française qu’ on nous proposait, avec Rover, Lou Doillon et Damien Saez. Romantisme et révolte au menu.

Rover et Lou sont sur une île…

P104003125 Juillet, 20h. La température n’a jamais été aussi élevée depuis le début des festivités. Les rangs sont clairsemés, la soirée s’annonce intimiste. Rover (alias Timothée Régnier) entre en scène, accompagné d’un bassiste et d’un batteur. Le songwriter globetrotter auteur d’un bel album éponyme prend la température du public et enchaîne avec ses morceaux, oscillant entre tons hauts perchés (sur le titre Queen of the fools) et tonalités plus graves. Le son métallique et profond de sa Rickenbacker se fait hypnotique sur Aqualast, plus léger sur la balade Lou. Son allure d’Elvis décomplexé et son humour charmant ne tardent pas à opérer sur le public qui le découvre avec plaisir ce soir. Un rendez-vous est pris pour un bain de minuit avec une spectatrice particulièrement motivée. Le multi-instrumentiste plaisante pas mal entre les titres, parfois un brin plus mous que sur l’album. On lui balance un canotier en paille estampillé « Voix du Gaou » et c’est avec ce couvre-chef estival qui le fait ressembler à un cow-boy que lui et ses musiciens finiront le set, en sueur.

P1040043Une bonne trentaine de minutes plus tard, changement d’ambiance sur la scène. Quelques lampadaires joliment disposés et une lumière tamisée accueillent la femme-enfant Lou Doillon. Quand elle se penche, plaisante et sourit au public, elle ressemble comme deux gouttes d’eau à sa mère, Jane Birkin. Sa voix, chaude et rauque transporte l’assistance dans une douce rêverie. Ses textes (chantés dans un anglais parfaitement maîtrisés) évoquent comme de petites histoires douce-amères l’amour, la tristesse, la joie, la jalousie et même la honte. Ce soir, c’est le dernier concert de la tournée « Places », un album à l’ambiance pop sucrée. L’émotion est palpable et fait de ce last show un moment feutré, suave et mélodieux. On voit que la belle et ses musiciens forment un groupe soudé, qui a joyeusement bourlingué de villes en villes. Et c’est bras dessus bras dessous qu’ils remercient une dernière fois, sous les applaudissements chaleureux d’une foule conquise.

Saez l’insoumis

Après la douceur, place à la révolte. Saez, on connaît depuis presque 15 ans, à l’époque de son premier opus Jours étranges. Depuis, il a signé pas moins de 9 disques, dont certains absolument magnifiques (God blesse, Messina). Ce soir, l’artiste défend son dernier album Miami, sorti en mars dernier (et dont la pochette, représentant les fesses d’une femme cachées par une Bible, a été censurée par la RATP lors de sa promotion dans le métro parisien). Ses revendications, plus que jamais, s’expriment haut et fort.

Damien Saez ; cas typique de l’artiste qu’on aime ou qu’on aime pas. Il est vrai que le garçon a mauvaise réputation. Quoiqu’on en dise, l’homme est fidèle à lui-même : à vif, ultra-sensible, provocateur, touchant. Tout au long d’un set enragé, il chante d’une voix éraillée ses chansons révoltées : Ma petite couturière, Pilule, Cigarette, La fin des mondes, Fils de France, J’accuse, A nos amours… Mélangeant avec brio des images poétiques à la Brel à un vocabulaire volontiers trash, l’artiste sombre et débraillé balance à mi parcours une version rallongée de Marie ou Marilyn.
Bien présent, il prend très souvent la guitare (électrique, acoustique), le verre d’alcool et la clope. On aura même droit à un large sourire. Et à un titre exclusif, Galaxie. Un accordéon vient adoucir quelquefois le set énervé, résolument habité par ce rejet de la société capitaliste, de la politique occidentale en général, des discours sur l’insécurité et l’identitaire en particulier.

Debout sous la lune avec devant lui un pupitre de textes, Saez susurre puis crache ses amours mortes, sa haine et sa honte de la France, du monde actuel et ses dérives. Crache sur la jeunesse idiote, les apeurés et les racistes ((joli coup de provoc dans une région qui rappelons le malheureusement a tendance à compter pas mal de votes Droite/FN), dénonce la suprématie du grand Fric, roi de ce monde. Ceux qui ne comprennent pas l’ironie de ses textes peuvent être choqués, dégoûtés (déprimés ?). Les autres, chauffés à bloc, adhèrent. Au Gaou, le public est en liesse, reprenant en chœur les refrains écorchés de leur gourou, qui ne s’arrêtera que bien après les douze coups de minuit. Ce qui est sûr, c’est que ce soir, le temps de quelques morceaux, jeunes ou pas, cons ou pas, certains ont retrouvé leur 20 ans !

P1040148Seul petit regret : ne pas avoir entendu quelques une de ses très belles chansons « d’amour » désespérées, (St Petersbourg, Les meurtrières…) qui pourraient amener les néophytes qui ne viennent pas forcément le voir lui à découvrir une autre facette de son travail. A passer outre l’image du petit branleur agressif.

Le lendemain, c’est en beauté que le Festival clôt l’édition 2013. En réunissant les précurseurs du hip-hop français – le groupe marseillais IAM– et la nouvelle génération qui fait vibrer la jeunesse -1995 et Iraka.-, ce bouquet final a rameuté les amateurs de rap français (en tout plusieurs milliers de personnes réunis sur la presqu’île). Autant de belles soirées qui donnent à coup sûr envie de voir ce qui se tramera l’édition suivante.

Allez les Voix, merci et à l’année prochaine !

-> Voir plus de photos sur la page facebook d’Envrak

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire