Corpi Ingrati au BNM

25/03/17 par  |  publié dans : A la une, Danse, Non classé, Scènes | Tags : , , , ,

« Corpi Ingrati » d’Emio Gréco et Pieter Scholten a été créé avec le Concerto Soave, au Théâtre du Prado du Ballet National de Marseille

Claudio Monteverdi est né il y a quatre cent cinquante ans. En collaboration avec le Concerto Soave dirigé par Jean Marc Aymes, dans le cadre du Festival « Mars en Baroque », les deux Directeurs du Ballet National de Marseille commémorent l’événement en créant l’Opéra dansé « Corpi Ingrati », à partir de madrigaux du compositeur. La danse faisait déjà partie intégrante des œuvres baroques, les « balli » étaient intimement liés aux chants.
La soirée commençait par un concert de musique et de chant choral, avec voix, clavecin et épinette, violons et violoncelle, pour le « Ballo delle Ninfe dell’istro» suivi du « Ballo di Tirsi e Clori ». Le public scolaire aussi nombreux que turbulent à l’entrée de la salle découvrait cette musique qu’on n’entend plus que sur France Musique au cœur de la nuit, il l’a applaudi chaleureusement, après une écoute d’une rare intensité.

 

 

Suivait le « Ballo del Ingrate », ballet de cour écrit en 1608 sous le titre de « La mascarade des ingrates » composée à l’occasion du mariage d’un Duc et d’une Infante. Vénus, Cupidon, Pluton maître des enfers et une ingrate chantent devant les bouches de l’enfer pour l’édification des jeunes femmes trop belles qui se rient de leurs prétendants, leur refusant ce qui pourtant avec le temps se perdra. Cupidon demande à Pluton de les faire sortir de l’enfer pour que chacun sache ce qu’il advient des belles cruelles et leur tourments éternels. Vénus et Cupidon remonteront aux cieux, les ingrates retourneront en enfer.

 

Contemporanéité

Le bal des ingrates devient « Corpi Ingrati », les chorégraphes fidèles à leur fil conducteur du « corps en révolte » s’emparent de cette histoire pour l’ancrer dans le présent. Outre le Concerto Soave on y entend le discours d’une Marine extrême et d’un Trump tonitruant, la danse devient un manifeste, puis une manifestation avec pancartes et slogan féministe, « on ne naît pas femme on le devient » ou plus largement le cri d’une jeunesse qui rejette les vieux carcans religieux et sociétaux: « Où est notre vérité? » « Où est notre corps? » « Où est notre changement? » « Où est notre présent? » ou encore « Ne nous délivrez pas, on s’en charge » . Le tout dominé par le panneau « Bienvenue dans le Bien et le Mal ». Droits des femmes, droits humains, droit d’assumer le genre qu’on se choisit, « Corpi Ingrati » est un objet allégorique atypique où le chant, la musique et la danse se confrontent à l’actualité, à cinq siècles d’intervalle. Le spectacle est superbement porté par les jeunes danseurs du BNM next, dont une danseuse.
Avec Carlos Diez Moreno, Bryony Harrison, Kengo Nanjo et Francisco Rodrigues Patricio.

Jean Barak

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire