Alexandre Astier : que notre joie demeure

10/05/12 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : , , ,

On le connaissait à la télévision sous les traits du roi Arthur dans la série Kaamelott, dont il était l’auteur et l’interprète principal. Il nous revient aujourd’hui au théâtre sous une nouvelle identité, celle de Jean-Sebastien Bach, dans la pièce Que ma joie demeure, dont il est l’auteur et l’interprète principal…

Oui, Alexandre Astier est le genre de mec qui fait tout, qui le fait bien et même très bien. Et, n’ayons pas peur de le dire, c’est énervant ! Parce que pour le commun des mortels, tout faire, c’est déjà beaucoup. Tout réussir, c’est encore autre chose.

UN SKETCH PEUT EN CACHER UN AUTRE

Après les tribulations du Roi Arthur et de ses Chevaliers de la Table Ronde, il choisit de nous conter l’histoire d’un autre grand de ce monde, Jean-Sebastien Bach. Seul en scène, il prend les traits du Kapellmeister, et propose aux spectateurs un master class atypique. La mise en scène est de Jean-Christophe Hembert (le Karadoc de Kaamelott), ami et collègue de longue date. Pour ceux qui ne connaissent pas toute l’œuvre d’Alexandre Astier, c’est sur les scènes de festivals qu’il se fait la main sur cette discipline qu’il affectionne et que l’on pourrait appeler le « cours collectif burlesque ». Deux sketchs notamment sont à voir. La Physique quantique qu’il a présenté à Paris fait sa comédie en 2009, où il tente de synthétiser cette science et de la transmettre aux néophytes que nous sommes et un Cours de clavecin sur le contrepoint fleuri par Jean-Sebastien Bach (déjà !) au festival Juste pour rire de Montreux, la même année.

Le challenge est d’intéresser le public et de le faire rire sur deux sujets qui ne s’y prêtent pas, à priori. Astier remporte son défi, le public est conquis ! Dans le paysage humoristique français il est le seul à oser s’attaquer à des thèmes dits « casse-gueule » et si le public adhère à chaque fois, c’est parce qu’il nous en parle avec passion. Ses thèmes ne sont pas choisis au hasard, pour un éventuel potentiel comique, mais bien parce qu’il les a étudié, aimé, et qu’il veut les partager avec nous.

Concernant Bach par exemple, c’est très jeune qu’il est tombé en admiration devant lui. Il nous l’explique en ces termes « j’avais sept ou huit ans. C’était le Concerto pour deux violons par I Musici. J’étais fasciné. Des trucs qui marchaient en quatre par dessus d’autres trucs qui marchaient en deux, les modulations franches, les pédales, les thèmes qui se promenaient dans toutes les voix… Et il n’y avait même pas besoin d’être musicien pour ressentir tout ça. ». Il étudiera d’ailleurs lui-même longuement la musique, au conservatoire d’abord, où il ressort avec un premier prix (!), et à l’American School of Modern Music ensuite.

PEDAGO – RIGOLO

L’admiration profonde qu’il porte à Bach et la connaissance solide qu’il a de son sujet confèrent à son spectacle une dimension supérieure, presque pédagogique, où l’on rit certes, mais où l’on apprend aussi. Astier nous initie doucement et agréablement à la musique et à ses règles complexes, ainsi qu’à la vie torturée de Bach. On entre dans le monde du compositeur, on suit ses tourments (la perte de dix de ses vingt enfants), et on comprend que la musique est pour lui un refuge, on touche presque du doigt la matière de son génie… L’humour est toujours de mise bien évidemment, Astier ne laisse jamais le temps à l’émotion de s’installer complètement, il en désamorce aussitôt l’effet par un trait d’humour. Il maîtrise presque aussi bien que son maître l’art du contrepoint, chacun étant virtuose en sa matière.

En 2010 est sorti un livre d’entretiens qu’il a réalisé avec son acolyte François Rollin. Astier et Rollin posent les bases de la pensée moderne, dont le sous-titre est Entretien libre sur la transmission entre générations. Ce n’est pas un hasard, tant Alexandre Astier est ce qu’on pourrait appeler une sorte d’ «historico-scientifico-culturo-transmetteur»: en clair, une chose bien rare dans le paysage comique français. On viendrait presque à se demander pourquoi il n’est pas encore d’utilité public…

Que ma joie demeure, Alexandre Astier, au théâtre du Rond Point jusqu’au 13 mai. Puis en tournée dans toute la France, voir dates sur cette page.

Illustration de Une piquée à Radio France. Ecouter leur émission sur Que ma joie demeure.

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