“Amor” de Josette Baïz et la compagnie Grenade

11/10/17 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , , , , , , , , ,

           “Noces” Angelin Preljocaj

« Amor », la dernière création de Josette Baïz pour la Compagnie Grenade a été jouée au Pavillon Noir d’Aix-en-Provence les 7, 8 et 9 octobre 2017 à guichet fermé

Il faut compter avec les soixante et quelques enfants du groupe Grenade créé en 1992 et les douze danseurs de la Compagnie Grenade, fondé en 1998, vivier juvénile inépuisable réuni par la chorégraphe prolifique.

Richard Siegal

Vingt Ans

Avec «Grenade, les 20 Ans » en 2012 et ses soixante deux danseurs de sept à dix neuf ans, Josette Baïz avait trouvé la formule magique. Elle avait sollicité sept chorégraphes pour remonter des extraits de leurs pièces, tous ont répondu “présent”. En cadeau d’anniversaire le Groupe Grenade a donc reçu rien moins que « Mammame » de Jean-Claude Gallotta, « Marché Noir » d’Angelin Preljocaj, « Vers un pays sage » de Jean-Christophe Maillot, « Faune » de Michel Kelemenis, « Codex » de Philippe Decouflé, « Allegoria Stanza » d’Abou Lagraa et « The Show must go on » de Jérôme Bel.
La transmission s’est faite par les chorégraphes eux-mêmes ou par leurs assistants.

Welcome

La formule ayant prouvé son efficacité, elle l’a prolongée avec « Welcome » en 2014. Six femmes chorégraphes et les onze danseurs de la Compagnie, « Pochette Surprise » de l’ibère Blanca Li, « Waves » de la toute jeune et géniale chorégraphe coréenne Sun-A Lee, « Plexus 10» et « Get…done » de Katharina Christl, alors danseuse au Ballet National de Marseille, « Let me change your name » de Eun-Me Ahn, « Le corbeau et le renard » de Dominique Hervieu et « Waxtaan, Afro-dites » de l’africaine Germaine Acogny.
L’appel à d’autres chorégraphes a permis à Josette Baïz de dépasser encore les limites de l’écriture singulière et originale qu’est « l’école » Grenade, construite sur le métissage des cultures de ses danseurs et sa formation contemporaine. Ainsi, pour l’anecdote, jamais elle n’aurait osé imaginer demander à ses jeunes danseuses -qu’elle a quasiment connu bébés- de danser seins nus. Eun-Me Ahn l’a fait sans complexe. A suivi sur le même principe « Guests » en 2015. L’anglais Wayne McGregor, le brestois Alban Richard, l’israélien Emanuel Gat, Dominique Bagouet transmis par Michel Kelemenis, l’américaine mythique de l’histoire de la danse contemporaine Lucinda Childs, le portugais Rui Horta et l’israélien Hofesh Shechter sont les contributeurs invités de « Guests ».

Amor

Avec « Amor », construit dans la même veine, Josette Baïz pousse encore son avantage avec une Compagnie Grenade très renouvelée. En continuant leur chemin dans d’autres compagnies, nombre de ses danseurs et danseuses créent un appel d’air pour les jeunes du groupe Grenade, mais pas seulement, les auditions restent ouvertes. Au risque d’être fastidieux comme un bottin mondain il faut bien citer nominalement la ribambelle de chorégraphes qui ont offert des extraits de leur oeuvre et leur transmission. Ils étaient tous présents lors de la première au Pavillon Noir. De nouveau Angelin Preljocaj avec l’une de ses pièces emblématique, « Noces », les images sublimes de Joëlle Bouvier et Régis Obadia ferment le ban par un duo éthéré et onirique.

“Les indomptés” Claude Brumachon

On a vu jadis le pas de deux de Claude Brumachon à deux pas de là, il y a tout juste vingt ans dans l’amphithéâtre de la Méjanes, interprété par le Ballet National de Marseille dirigé par Marie-Claude Piétragalla. La duplication est troublante pour ceux qui l’ont vu alors, est également troublante la parenté entre cette pièce et celle de Sharon Fridman. Deux générations, deux pays plutôt éloignés, deux duos masculins où s’expriment la rivalité et la complicité de la fraternité comme l’érotisation de la danse d’hommes, entre attirance et répulsion.
Nicolas Chaigneau et Claire Laureau osent une pièce parodique décalée et récurrente qui fera les intermèdes. L’américain Richard Siegal offre une pièce sur pointes ciselée à l’école de William Forsythe, à la fois furieusement contemporaine et néoclassique, on croit y voir comme un retour en force de la chorégraphe néo-punk américaine Karole Armitage. Ajoutez le genevois Patrick Delcroix, le duo de Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou vous aurez pléthore de matière à organiser.

Joëlle Bouvier Régis Obadia

A lire ainsi cela peut paraître rébarbatif, on eut pu craindre le copié-collé ou le patchwork. C’est sans compter avec le métier de Josette Baïz qui ne reprend pas dans leur intégralité les pièces d’autres chorégraphes comme le font les centres chorégraphiques chargés de diffusion mais qui les réinvente, associant extraits de pièces et créations commandées à des chorégraphes reconnus ou émergents, puis cousus main. Elle a su faire de ces « morceaux choisis » un feuilleton passionnant et haletant. Quand on sait que les danseurs sortent tout juste de «Guests » et enchaînent avec « Welcome » on ne peut que mettre respectueusement chapeau bas. Tout feu, tout flammes, ils ont l’insolente beauté du diable.

Jean Barak

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