“As Four Step”, Baru Madiljin à la Condition des Soies

28/07/17 par  |  publié dans : A la une, Danse, Festival, Scènes | Tags : , , , , ,

As Four Step

Le Tjimur Dance Theater a été créé en 2006 par Ljuzem Madiljin, Directrice artistique et chorégraphe, et Baru Madiljin, chorégraphe de « As Four Step ». C’est l’une de leurs quatre pièces, sans compter celle en préparation, ils font partie de la programmation taïwanaise qui se produit pendant le Festival d’Avignon depuis maintenant onze ans. Entre la Condition des soies et les Hivernales, on peut découvrir deux pièces chorégraphiques, du cirque et des marionnettes.

 

As Four Step

Macrocosme et microcosme

La danse comme le théâtre, la musique et le cirque se sont mondialisés. C’est le bon côté de ce phénomène, la mondialisation du capital et de l’esclavagisme moderne est une autre histoire, sa face cachée. Les pures danses ethniques existent encore dans les espaces confidentiels et retirés où elles ont toujours tout leur sens, celui de la transmission de la cosmogonie et de la tradition orale des peuples sans écriture, durant les grandes fêtes rituelles. Autres choses sont nos danses folkloriques qui sont souvent des danses de musée, des danses témoin en quelque sorte, un prétexte à grands rassemblement populaires célébrant la richesse et la diversité passée. Elle a ses pré carrés et nul ne s’en plaint.
Avec le Tjimur Dance Theater de Ljuzem et Baru Madiljin nous sommes à la croisée des chemins, là où, à mi distance, la danse contemporaine s’empare de la culture des origines ou à l’inverse se nourit d’elle, celle des aborigènes Païwan de Taïwan.

As Four Steps

La danse des quatre pas

Deux danseurs et deux danseuses reprennent la danse cérémonielle des quatre pas dans une esthétique contemporaine. Immédiatement l’alchimie opère, on ne sait plus qui enrichit l’autre pour parvenir à cette pièce enracinée dans une culture multi millénaire. En chinois « As four step » se traduit « comme si ce n’était pas de la danse », ors ça en est, mais déconstruite et reconstruite selon d’autres règles. Une traduction en quelque sorte, qui n’est pas une trahison mais une célébration. Bien sûr, le sens de la danse Païwan nous échappe, comme le chant psalmodié des danseurs, mais il nous appartient de le réinventer : ce qui peut exister entre un homme et une femme ou dans un quatuor qui fait déjà société, ce que célèbre une cérémonie rituelle est universel.

As Four Steps

Exotisme

On aimerait savoir comment les Païwan de Taïwan reçoivent cette relecture de leur culture, comme un hommage ou comme un sacrilège, les deux existent sans doute, selon les générations. C’est de toute évidence une réelle ouverture sur le monde, comme en témoigne l’accueil en Amérique Latine ou au Canada où ils sont invités à un Festival d’Arts indigènes, ou encore en Avignon où ils font salle comble. L’exotisme est un aphrodisiaque puissant mais il n’explique pas tout, les danseurs portent la force tellurique de leur danse originelle, qu’ils nous transmettent comme ils la transmettent de génération en génération depuis la nuit des temps. La danse vous traverse comme le chant, elle vous saisit physiquement, elle atteint en vous ce que vous portez d’archaïque à votre insu, les origines de votre être au monde singulier comme la trace du passage de l’homme de la nature à la culture.
Seul le voyageur solitaire peut vivre de tels moments quand il a la chance d’être au bon moment au bon endroit. C’est ce que le Tjimur Dance Theatre offre au grand public d’Avignon qui ne s’y trompe pas, ils font salle comble depuis le début et c’est on ne peut plus mérité.
Magnifique.
On espère les revoir au cour d’une prochaine tournée, comme bientôt « Floating Flowers » à Istres, découvert aux hivernales 2016.

Jean Barak

As Four Steps

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire