Automne et Hiver au Lucernaire : Bon appétit bien sûr !

03/01/12 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : , , ,

Un repas familial dominical… A priori ça sent bon les retrouvailles, la famille réunie autour d’un bon repas dans une ambiance douce et chaleureuse. Eh bien dans Automne et Hiver, on oublie ça !

Ici tout éclate, le vernis, la bienséance, les faux-semblants ! Chacun ressortira de ce dîner épuisé. Epuisé d’avoir pour une fois tout lâché, ses échecs, ses regrets, ses douleurs, et de devoir faire comme si rien n’avait été dit, pour sauver les apparences, ne pas briser la famille.
Margareta et Henrik sont mariés depuis une soixantaine d’années, et reçoivent pour dîner comme chaque mois leurs deux filles, Ewa et Ann, respectivement 43 et 38 ans. L’alcool coule à flots. Apéritif, vin blanc, vin rouge, whisky, digestif, vont provoquer fatalement un déliement des langues, pour entrer dans la spirale du règlement de compte familial.
Le personnage de Ann, joué par Sophie Torresi, est le moteur de la discussion. Elle est serveuse, mais voudrait écrire ; mère célibataire, elle enchaîne les relations d’un soir ; et elle a de gros problèmes d’argent. Sa vie est un véritable fiasco comparée à celle de sa sœur, qui possède argent, stabilité, et confiance en elle. En quête de réponses, et son impulsivité aidant, Ann va bousculer un à un les membres de sa famille, jusqu’à ce que chacun s’exprime enfin. Et ça marche, au prix de larmes et de cris.

Voilà pour l’ambiance. Côté mise en scène – signée Agnès Renaud -, c’est plutôt épuré. Une table fait office de seul élément de décor, long meuble rectangulaire, que les comédiens manipulent à chaque changement de « séquence », jusqu’à ce qu’elle face un tour complet sur elle-même. La boucle est bouclée, le dîner est fini, chacun rentre chez soi.

Lorsque les spectateurs arrivent dans la salle, les comédiens, face au mur, sont déjà en place, la lumière est crue, et la scène est dénuée de rideau. L’ensemble inspire un sentiment assez étrange de « distanciation », l’impression que les rouages de la mise en scène sont à découvert, ce qui empêche la véritable immersion du spectateur dans l’histoire qu’on lui raconte.
C’est plutôt grâce au jeu des acteurs que l’identification a lieu. Une mention spéciale pour la mère, Cristine Combe, qui incarne parfaitement cette mère castratrice, froide, attachée par dessus tout à contrôler les apparences et à ne rien laisser paraître. On se met alors dans la position de Ann, la sœur ratée, et on comprend quelle frustration, quelles difficultés cela doit provoquer d’avoir été élevée par une mère qui cache en permanence ses sentiments, et juge le moindre fait et geste de ses filles. On se rend compte aussi, petit à petit, qu’Ewa, celle des deux sœurs qui semble si épanouie, ne l’est en fait pas du tout, mais a hérité de la tendance maternelle à intérioriser, ce qui l’étouffe. Ce sera l’occasion pour elle d’enfin parler de ce qui la ronge, ne pas réussir à avoir d’enfant, et qui ruine son couple. Les parents devront faire face à ces révélations, et répondre de leur comportement passé, tout en laissant paraître eux aussi, leurs fêlures. Le père, ne s’étant jamais remis de la mort de sa mère, a délaissé sa femme, et cette dernière n’a jamais supporté la rivalité avec sa belle-mère.

Le message est clair, ce n’est facile pour personne. Absolument tout le monde a quelque chose à reprocher à ses parents, ou une faille cachée. Lars Norén, l’auteur de cette pièce, utilise le cadre du repas familial comme règlement de compte, comme l’a fait autrefois le réalisateur Thomas Vinterberg pour son célèbre film Festen. Le premier est suédois, l’autre danois. Doit-on y voir une manière de faire plutôt nordique ?
Même si la mise en scène est inégale, avec des longueurs certaines, notamment au début de la pièce, certains moments dégagent une telle tension, qu’on en oublie leur côté brut et qu’on se laisse complètement emporter par la situation. Automne et Hiver a en tout cas le mérite de nous faire voir que chaque famille est imparfaite, et ça, c’est rassurant.

Au Théâtre du Lucernaire, Paris 6e, jusqu’au 8 janvier, du mardi au samedi à 21h.
http://www.lucernaire.fr/

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1 commentaire

    Puck  | 03/01/12 à 17 h 20 min

  • Il faut insister sur la table, elle est vraiment très belle avec ses branches de métal qui se mêlent dans tout les sens. Bravo bravo au décorateur !

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