Out of context For Pina

18/07/10 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags :

On ne le répétera jamais assez : la danse flamande est au centre du monde chorégraphique. Et ce n’est pas Alain Platel qui fera de sitôt affirmer le contraire. Après Vsprs et Pitié!, l’orthopédagogue-revenu-à-ses-premières-amours (la danse, donc), continue d’enchanter les scènes chorégraphiques avec Out of context, qu’il a voulu pièce du dépouillement. Dépouillement du décor, tout d’abord : une fois n’est pas coutume, ni décors titanesques, ni troupes de musiciens sur scène. En tout et pour tout, deux micros, des couvertures rose saumon qui pourraient bien être des draps d’hôpital. Dépouillement des corps, ensuite, avec neuf danseurs débarrassés d’emblée de leurs oripeaux : directement arrivés de la salle, comme si les loges d’artiste offraient déjà trop de luxe superflu, ils investissent l’espace et se déshabillent jusqu’aux sous-vêtements, lentement, méthodiquement, en prenant soin de bien les plier, les empiler. Première incursion dans un univers de l’ordre clinique, et premier ravissement. Car chez Platel, les interprètes donnent littéralement chair (nue) à l’enjeu scénique. Dépouillement du propos, enfin. Si le chorégraphe belge a beaucoup de choses à dire, rien, dans Out of context, ne tend vers l’exégèse d’un argument codifié d’avance. Engagé, forcément ; analytique, jamais.

Photo : Chris Van de Burght.

Non que la création manque de fond : depuis les deux pièces susnommées, Alain Platel poursuit avec ses danseurs l’aménagement d’un langage corporel qui tend vers l’hystérie, celle observée notamment pendant de nombreuses années dans les asiles psychiatriques. Mais si l’hystérie est partout, elle s’appréhende surtout comme une carapace formelle sensible face aux intempéries du monde, plutôt que comme tendance généralisée. Ce qu’Out of context donne à voir, c’est le désemparement et une peur de l’inconnu partagés, plus qu’une folie collective. Gestes secs et piqués, répétés à l’envi par des corps tendus et en tension extrême permanente : le vocabulaire platelien interroge l’hyper-réactivité dans ce qu’elle a de plus ou moins tangible, à l’aune de solos majestueux ou de corps-à-corps tourmentés mais toujours en parfaite communion. Une communion de l’impatience, d’abord et avant toute chose. Mus par l’urgence, les corps des danseurs de Platel s’expriment en parfaites cassures, en pleins pas déliés et révélateurs de névroses plus ou moins enfouies.

For Pina, enfin. Tout à l’admiration que porte le belge à l’immense chorégraphe de Wuppertal, Out of context comble (un peu) l’espace laissé terriblement vacant depuis la disparition de la Bausch. Moins marquée par les dualités et rivalités hommes-femmes, mais pareillement inquiète des relations humaines, la pièce lui déploie un hommage subtil et malicieux, au détour d’instants de merveilleuse ironie. Danse classique et musique pop mises à mal, intrusion de la parole entre deux fouettés, humour cinglant en contrepoint à un romantisme désespéré, le tanztheater n’est jamais loin. Mais c’est à un même amour de la scène, et celle du Théâtre de la Ville en particulier, que renvoie surtout Out of context. Et quand, le temps d’un Nothing compares to you version écorché vif de Jimmy Scott, les danseurs renfilent un à un leurs costumes de ville, surgit la même sensation de doux flottement : et si tout n’avait en fait été que rêve et parenthèse (dés)enchantée? L’émotion est bien affaire de contexte, finalement. Et Platel, plus que jamais, tombe décidément très à propos.

Out of context For Pina, mise en scène d’Alain Platel. Par les ballets C de la B. Du 22 au 26 juillet au festival d’Avignon.

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