Tristan et Isolde à l’Opéra Bastille

14/11/08 par  |  publié dans : Scènes

“La blessure est l’endroit où la lumière pénètre en vous”

L’affiche promet du grandiose. Et pourtant, le spectacle se révèle décevant. L’intrusion de la vidéo dans le spectacle total wagnérien paraissait logique, mais ici, elle prend le pas sur la mise en scène, qui finit par disparaître tant elle est épurée, se contentant d’effets (certes originaux et efficaces) pour tenter d’exister. Et au final, c’est la musique qui perd sa place, avalée par l’écran.
Si les intentions et le parti-pris de mise en scène sont intéressants par le regard qu’ils posent sur l’œuvre, le tout manque de force émotive, reste un peu froid. Il y a de très beaux tableaux vidéo (on retrouve les grandes marottes de Bill Viola, le sacré et sa transgression, le rituel, la pureté, les éléments), de la crudité sans trop de cruauté, dans les images léchées du premier acte et de la scène finale.

 

Mais le mélange de ces images-là avec des images volontairement “mal” filmées (caméra portée à la main, bruit vidéo, peu de lumière) donne l’impression (en partie fausse) d’un manque de cohérence, et vient même gâcher le duo d’amour du deuxième acte. Il faut attendre le troisième acte pour voir la scène reprendre enfin ses droits sur l’écran, et ce n’est qu’au finale que l’osmose se fait entre les deux espaces. Et la musique dans tout ça ? Les voix masculines sont un peu plates (seul le Roi Marke, incarné par Franz-Josef Selig, tire son épingle du jeu), Waltraud Meier (Isolde) affiche une petite forme, et l’orchestre se débat pour ne pas prendre trop de place, réfrénant ses forces pour ne pas écraser une scène falote.
Ce spectacle, par sa froideur, s’avèrera une mauvaise introduction pour le novice, mais il ravira l’intellect des connaisseurs. Dommage, car cette mise en scène aurait pu être un chef d’œuvre.

A l’Opéra Bastille jusqu’au 3 décembre 2009

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