Vertical Road : de l’humain au sacré

07/03/11 par  |  publié dans : Danse, Scènes

Vertical Road, donc, nouvelle création du chorégraphe-danseur britannique d’origine bangladeshi, qui ne cesse d’interroger le spirituel et les frontières de la danse, toutes disciplines mêlées. Il a fait danser Juliette Binoche, s’est produit en duo avec Sylvie Guillem et Sidi Larbi Cherkaoui, a collaboré avec le Ballet national de Chine. Tout cela, c’était avant Gnosis, sublime solo du Akram Kahn danseur, qui revenait à ses premières amours, le kathak, une danse traditionnelle indienne à laquelle il a été formée dès l’enfance. Là, il n’avait jamais été aussi proche de l’essence même de la danse, dégagée de toute esbroufe extérieure – la danse comme nécessité, et non comme spectacle, en somme.

De Gnosis, il reste dans Vertical Road la virtuosité et la teneur hautement spirituelle que peut revêtir le mouvement chorégraphique. Chez Akram Kahn, la danse se fait porte d’accès vers quelque chose de supérieur, qu’il se garde bien de nommer. Là-haut, il y a ce qu’on veut, ce qu’on y cherche. Aucun prosélytisme, mais l’envie de broder autour de rencontres singulières ; ici, la danse contemporaine avec l’œuvre du poète et philosophe persan Rumi, instigateur du soufisme et l’un des plus grands mystiques de tous les temps.

Formidable metteur en scène lorsqu’il ne danse pas lui-même, Kahn donne toute la place aux interprètes, qui font se répondre l’énergie du corps et la tranquillité du spirituel. Si la route est verticale, elle est loin d’être droite : tout n’est qu’ondulations, chutes spiralées, tours infinis sur soi-même. Les derviches tourneurs ne sont jamais bien loin, dans des chorégraphies à huit dans l’ombre et la poussière, qui donnent aussi bien à voir l’adhésion à un groupe de pensée (les fidèles face au guide, parfois placé en ombre chinoise derrière un rideau comme en papier calque) qu’une recherche individuelle du sacré. Mais on trouvera ce qu’on veut face à Vertical Road, habile et virtuose composition collective plus que profession de foi. Il y a l’idée d’une sérénité à conquérir, le besoin impérieux d’un ralenti dans une vie qui ne fait que courir. Akram Kahn, lui, a trouvé la sienne : des danseurs parfaits, dans une partition circulaire qui rappellent que la danse, aussi, peut être le meilleur moyen de s’élever.

Vertical Road, Akram Kahn :
* A Paris, du 4 au 13 mars au Théâtre de la ville
* A Nantes en mai 2011

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