Castellucci : au nom du fils

20/10/11 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : , , ,

J’avais beaucoup entendu parler de Castellucci avant d’aller voir sa dernière création à Avignon. Alors, par la force des choses, j’avais des images en tête, j’avais tracé les contours d’une personnalité dans mon esprit, sans avoir jamais rien vu de lui. Cependant, j’avais soigneusement évité de lire les critiques et j’allais jusqu’à me boucher les oreilles quand j’entendais prononcer le nom de Romeo Castellucci. C’est donc presque vierge de tous préjugés que j’ai découvert Sul concetto di volto nel figlio di Dio (Sur le concept du visage du fils de Dieu). Le titre n’a pas participé non plus à me donner des pistes sur ce que j’allais voir, tant mieux. À la sortie, les avis semblent divisé, mais personne n’est resté indifférent. Une fois de plus, Castellucci fait honneur à sa réputation.

Un vieil homme installé sur un beau canapé blanc dans un appartement plutôt chic, à la décoration aussi froide que moderne, porte toute son attention à un documentaire animalier. Son fils, vêtu d’un costume élégant, s’apprête à partir au travail, lorsqu’il lui fait comprendre que quelque chose cloche. Il s’est fait dessus, tâchant par la même occasion, le canapé d’un blanc éclatant. Cela n’a pas pu nous échapper, et nous reste étrangement en tête. Son fils ne rechigne pas à le laver, mais à peine changé, voilà que le vieil homme « s’oublie » à nouveau. Et cette fois, c’est le petit coussin d’une chaise, blanc, lui aussi, qui y passe. Son fils s’emporte un peu, avant de s’excuser. Ce n’était pas prévu, ça ne devait pas se passer comme ça, il devrait déjà être parti, loin de toute cette merde. Romeo Castellucci pousse le réalisme de la séquence jusqu’à diffuser l’odeur dans toute la salle. Pour une fois, ça ne vaut peut-être pas le coup de s’arracher les places du premier rang. Il nous met face à une réalité qu’on préfère ne pas affronter. Malaise.

Pendant tout ce temps, le visage du Christ, une reproduction agrandie du tableau Salvator Mundi d’Antonello da Messina, couve la scène de son regard bienveillant – voire approbateur. Sa pureté, la beauté de la peinture, et la force qui s’en dégage contraste avec un homme qui n’est plus capable de contrôler son corps, l’être humain dans sa faiblesse. On se demande s’il faut en vouloir au Christ de laisser l’humain se dépatouiller dans sa propre merde.

Castellucci

Dans la seconde partie du spectacle, qui joue sur les symboles et les messages codés, des enfants viennent se venger, en bombardant l’image de ce visage impassible, avec des grenades qui remplissent leurs cartables. Romeo Castellucci dit avoir été marqué par une photographie de Diane Arbus d’un enfant tenant une grenade dans sa main, car l’homme est aussi artiste plasticien. Chacun pourra y voir ce qu’il veut. Si la première partie est univoque, le phénomène inverse s’applique à la suivante. Cela va même jusqu’à laisser au spectateur le choix de sa préférence pour la phrase finale : « You’re (not ) my shepard. » (« Tu (n’)es (pas) mon berger »).

Je ressors un peu sonnée mais j’ai fait mon choix. Castellucci, je suis pour.

Sul concetto di volto nel figlio di Di :
→ Théâtre de la Ville, Paris, du 20 au 30/10
→ Le CENTQUATRE, Paris, du 2 au 4/11
→ Théâtre national de Bretagne, Rennes, du 10 au 12/11
→ La Rose des Vents, Villeneuve d’Ascq, 29 et 30/12

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