Cendrillon à L’Odéon : jolie petite histoire

16/11/11 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags : , , ,

Après Le Petit Chaperon Rouge et Pinocchio, Joël Pommerat réécrit et met en scène un conte d’enfants seuls.

Voilà un spectacle “à partir de 8 ans” qui sent très fort la cigarette : le père fume des cigarettes, la fée fume des cigarettes, et la très jeune fille s’appelle Cendrier dans la bouche de ses pestes de demi-sœurs. Ce n’est pas la seule audace de la pièce.

Elle est bien terminée l’époque où une dénommée « Cendrillon » épousait « le Prince Charmant ». Aujourd’hui, ce dénouement serait tenu pour risible et réac. Chez Pommerat, la narratrice nous informe juste que ever after, les jeunes premiers continuent à se donner des nouvelles, s’envoyant des lettres de temps en temps. On suppose que la très jeune fille est très occupée après le spectacle, elle a toute sa vie à construire.

Sandra, demi prénom pour un petit morceau de gamine, est donc une « très jeune fille » maigrichonne et butée. Elle a le ton défensif et fâché des enfants qui cherchent à imposer leur réalité, défiant quiconque, leur voix intérieure y compris, de la contredire : « Bah oui elle est morte ma mère ! » « Faut me laisser maintenant, j’ai à faire. » A savoir : penser à sa mère, chaque minute, pour empêcher celle-ci de mourir pour de vrai.

Pommerat montre comme les engrenages du mal-être s’enclenchent à la perfection dans l’esprit d’un enfant, le verrouillant dans le chagrin, dans la culpabilité. Tout part d’un malentendu : Sandra a cru entendre sa mère à l’agonie l’enjoindre de… ; parfaite mission pour l’enfant orpheline qui comblera le vide de l’absence par l’obsession du souvenir.
Dès lors, les corvées imposées par la « future femme du père de la très jeune fille » tombent à point nommé pour punir celle-ci d’avoir oublié sa mère ne serait-ce que cinq minutes : « Oui, ça aussi, je crois que je vais aimer ça, retirer les cheveux des lavabos, c’est dégueulasse, ça va me faire du bien. ».
Sandra prend un plaisir certain, sans doute inconscient, à souffrir. Nous aussi, à la regarder se traîner des sanitaires au fil à linge, coincée dans un corset censé lui redresser la colonne vertébrale.

De toute façon ils sont tous tordus, dans Cendrillon : le Prince chante comme une fille (d’ailleurs c’en est une, derrière son costume), la future belle-mère ressemble à Marine Le Pen et le père est d’une lâcheté fantomatique. Parfois même, en d’amusantes trouvailles, Pommerat raconte le conte à l’envers; ainsi la chaussure perdue glisse-t-elle d’une propriétaire à l’autre.

Dans le choix des acteurs comme dans la scénographie, le metteur en scène a pris le parti du lugubre. Les oiseaux s’écrasent sur les parois de la maison en verre, l’impact résonne, Sandra- Cendrier les balaie, c’est horrifiant et captivant.

Cendrillon, écrit et mis en scène par Joël Pommerat
D’après le mythe de Perrault
Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier, jusqu’au 25 décembre

Plus d’infos sur : www.theatre-odeon.eu

Images © Cici Olsson

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