Cesena à Avignon, quel jour on est ?

21/07/11 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : , ,

Le spectacle commence dans ma tête, la courte nuit précédente : je rêve qu’arrivée sur le lieu de Cesena, c’est la précipitation à l’entrée, on m’écrase contre le guichet et on m’arrache ma place des mains. Désolée, je me retrouve dans un Noctilien à demander aux passagers : dois-je porter plainte auprès de la police ou auprès du Festival In, pour vol de ticket d’entrée ?
Je me réveille avec la pensée qu’il n’existe pas de police du In puisque le In, c’est le royaume du civilisé, de l’étiquette respectée.
Le spectacle continue sur la route. Parcourir Avignon à 4 heures du matin, c’est croiser bon nombre de fêtards pas encore éteints, passer devant des boîtes de nuit qui battent leur plein, découvrir, devant un théâtre, deux amoureux endormis à la belle étoile. Impression bizarre de traverser la ville et la nuit à l’envers.
En programmant Cesena à cette heure-ci, Anne Teresa de Keersmaeker propose plus qu’un ballet, c’est une tranche de temps unique qu’elle nous incite à goûter, une expérience qu’on ne provoquerait jamais de sa propre volonté.

Arrivée place du Palais des Papes, une foule plutôt silencieuse et bouffie sirote des cafés offerts par le Festival. C’est café, ou soupe au gingembre. Nous piétinons sur les pavés. Quelles limites a – t- on tous atteintes cette nuit, en s’arrachant du sommeil pour venir assister à une pièce de danse contemporaine ? Quelqu’un, quelque chose ici, nous pousse dans nos retranchements : notre curiosité, la chorégraphe, la singularité d’Avignon, tous sont en partie responsables.
Ceux qui ne se sont pas couchés, ceux du samedi donc, côtoient ceux du dimanche. Bonjour, bonsoir, les ouvreurs ne savent pas trop sur quel pied saluer en nous laissant entrer dans la cour d’Honneur.
Malgré l’heure indue, il y a tout de même des gens capables de tenir des propos avignonnais : « Cet après-midi nous rencontrons Martine Aubry, elle veut faire connaissance avec de jeunes artistes » ; ça parle de l’Hamlet boueux de Vincent Macaigne, des précédents d’Anne Teresa.

5 heures, Cesena commence, il fait encore nuit. Les paupières brûlent et certains dorment déjà. Les danseurs, eux, de quelle manière ont-ils dormi ? Les silhouettes sur scène sont floues et indifférenciées. Au sol, un cercle de sable crissant, strict à l’ouverture de la pièce, s’épanouit peu à peu en traînées. Il faudra attendre 7 heures pour que le jour complet se fasse sur les corps, et qu’on les distingue les uns des autres. Apparaissent aussi leurs baskets fluos, qu’ils lacent et délacent calmement, à plusieurs reprises.


Cesena, la cérémonie à l’aube.

A 8 heures, je retourne me coucher. Logée entre le 16 et le 17 juillet, aura existé une extension du temps, une nuit-journée-spectacle, un secret de foule entre chien et loup.

En 2011/2012, Cesena sera en tournée à Paris, Lille, Reims, Caen… Mais à des heures banales et dans des lieux normaux.

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