Chassé-croisé de bouts de papiers

16/12/09 par  |  publié dans : Scènes, Théatre | Tags :

La comédienne Francette Maeder nous reçoit dans les coulisses de la pièce Lettres Croisées
Télégramme à l’attention de nos lecteurs : Depuis le 26 novembre, la compagnie grenobloise 23heures24 présente la pièce Lettres Croisées, de Jean-Paul Alègre, à l’espace Schoelcher de Seyssins, dans la banlieue de Grenoble.
Soixante lettres susurrées, proclamées, hurlées, haranguées ou chuchotées, qui forment une ode à l’amour, à la vie tout simplement.
Sur scène, cinq comédiens donnent vie une série d’échanges épistolaires. Mamie écrit des cartes postales drôles et touchantes à sa petite fille partie en vacances, un syndicat se plaint de ses problèmes de voirie, une jeune fille transmet des messages enflammés à son “coucou d’amour”. autant d’individus et d’histoires qui provoquent un chassé-croisé de bouts de papiers.
Même si l’humour est au rendez vous, la trame de fond se veut l’histoire touchante d’une jeune fille sur son lit d’hôpital qui correspond avec son grand père.

En plusieurs temps le spectateur comprend que les personnages sont liées, un peu à la manière de Love Actually. Simples voisins, ou encore amants, ils se connaissent tous de près ou de loin. Et comme dans la vraie vie, c’est le moment où on se dit que le monde est petit.

Décryptage d’une pièce à voir et à revoir avec la comédienne Francette Maeder.

(La sonnerie d’un texto vous surprend :) Fran7, bien compris, pièce = multitude de petites histoires, mais quel est l’échange épistolaire qui vous touche le +, vous fait rire, vous émeut ? Racontez-nous…

Francette Maeder : Ce qui est drôle c’est qu’au moment où on s’y attend le moins, on peut tomber, par exemple, sur une réponse au style administratif alors que le contenu est totalement loufoque et pourtant…. tout à fait vraisemblable !
Par exemple cette réponse des Établissements Laroche à Melle Pagnolo qui s’est plaint par courrier d’un fer à friser, certes petit et pratique pour les voyages, mais qui lui brûle régulièrement les cheveux…. Le metteur en scène a voulu que la secrétaire qui y répond soit un peu coincée et défende à fond le sérieux de la maison. Elle aurait simplement pu dire que l’achat fait est celui d’un fer à souder mais non, elle argumente : “Ce qui explique, sans doute, que vous ne soyez pas satisfaite de ce produit qui remporte par ailleurs une adhésion sans faille de notre clientèle… “. Lèvres serrées, cheveux tirés, lunettes cerclées. Cela suffit pour camper le personnage. Tout est dans le ton donné, ce qu’on n’a jamais lorsqu’on lit une lettre. Or, un même texte, selon la façon dont on le dit, peut avoir une intention différente. Gare aux interprétations!
Les échanges les plus émouvants sont bien sûr, ceux entre Ariane et son grand père ou avec le chirurgien.

(Dans votre boite aux lettres une carte postale :) Chacun pioche ce qu’il veut dans ce mélimélo des genres. Mais au final il y a une histoire plus tragique dessous, cette jeune femme et son grand père, vous nous expliquez ? C’est une histoire vraie ?

FM : C’est un échange entre un grand père et sa petite fille (dans la pièce, une jeune fille) qui a eu un terrible accident de voiture et est hospitalisée dans un grand hôpital blanc. Il y a tant d’amour entre eux que le cœur se serre. Le grand père soutient Ariane en lui envoyant Mozart et Beethoven qu’elle écoute en lui répondant. Chacun essaie de minimiser la situation, c’est beau. On découvre petit à petit que tous les autres personnages ont un lien avec eux, soit directement, soit par ricochets. Ce sont eux qui apportent les respirations, les éclats de rire aux moments justement nécessaires pour ne pas tomber dans le mélodrame. C’est tout l’art de l’auteur Jean-Paul Alègre (qui est le président des “Ecrivains Auteurs de Théâtre” dont le siège social est au théâtre du Rond Point à Paris et qui est aussi le parrain des 23 heures 24).
Il a connu une situation aussi douloureuse et intense que celle-ci, même si l’histoire n’est pas exactement la même. Heureusement après beaucoup de volonté, de compétences, de chance et de temps, tout s’est bien terminé.

(Vous trouvez un billet doux dans votre poche :) Chère Francette, toucheriez vous deux mots sur la mise en scène ?

FM : Pierre Treille, le metteur en scène, a voulu une mise en scène sobre pour tout miser sur le jeu des acteurs. Rien sur la scène à part un coffre noir en fond qui servira de banc ou de podium. Sur la face visible du coffre, en noir également et en relief, 4 lignes qui figurent une enveloppe. A cour et à jardin, deux lais blancs, espaces d’Ariane et du grand père, lais qui laissent passer la lumière ou découpent leurs silhouettes grâce à une création “lumières” très belle et partie intégrante de la mise en scène. Les autres personnages (nous sommes au total 5 comédiens, jouons 33 personnages et 60 lettres) apparaissent et disparaissent comme par magie, là où on ne les attend pas ou bien arrivent sur scène comme tirés par un fil qui les lie les uns aux autres, ou encore se retrouvent tous sur scène afin de créer la surprise et ne pas engendrer de monotonie.

(Vos yeux s’arrêtent sur un post it collé au frigo :) Ainsi, vous jouez plusieurs personnages, et les changements de scènes et de costumes s’enchainent avec rapidité, comment ça se passe ? C’est une contrainte ?

FM : Tous les comédiens, sauf le grand père et sa petite fille, sont en noir. C’est un détail blanc qui va donner une touche différente à chacun.
Il faut effectivement changer de personnages, donc d’intention, d’attitude, d’inflexions de voix rapidement donc ne pas avoir les deux pieds dans le même sabot afin de bien évoluer dans l’espace, de ne pas empiéter sur le jeu des partenaires. Personne ne tire la couverture à soi, la pièce n’est réussie que si tout s’imbrique au mieux. Tout comme s’imbriquent les lettres. Un beau compliment : “mais vous êtes combien ?… 5 seulement !”
Jouer des personnages aussi différents est un pari et un vrai plaisir.

Le tragique l’emporte dans ce flot de courrier, et pourtant au risque de paraitre cliché, la vie continue, les mots, les joies…
On rit, on pleure. On est humain. La pièce a tout d’une grande. Les comédiens sont justes, la mise en scène sobre. La musique intervient au bon moment.

Comme dit Jean-Paul Alègre, “Ce petit miracle […] allez le partager, il fait honneur au théâtre!”
Pour plus de renseignements sur la troupe ou sur les prochaines dates, rendez vous sur http://23heures24-webnode.com

Mise en scène : Pierre Treille
Avec ; Florence Sevin, Francette Maeder, Ludovic Jarre, Michelle Micheli, Pierre Sikirdji
Lumières : Raoul Tartaix

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1 commentaire

    papy  | 22/12/09 à 18 h 11 min

  • J’aime tes écrits et continuerez à les suivre
    coucou-bisous

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