“Crowd” de Gisèle Vienne, Rave party aux Salins

26/12/19 par  |  publié dans : A la une, Danse, Scènes | Tags : , , ,

Une danse sous psychotropes au Théâtre des Salins

Crowd Gisèle Vienne

Crowd est un “Hit chorégraphique”, entendez une pièce culte -avec quinze danseurs- qui tourne sans cesse. Un rave party sous acide: vous croyez foncer à 200 kilomètres à l’heure alors que vous avancez péniblement au pas d’un escargot asthmatique. Ce monde est sauvage, le désir est exacerbé, la violence est constante, Thanatos domine Éros. Toute caresse est une gifle, la rencontre des corps tourne à la rixe ou au viol, seule un peu de douceur apparaît fugitivement entre filles ou entre garçons. Les temps sont à la célébration de la rencontre entre tous les genres, excepté entre l’homme et la femme, c’est obsolète. La guerre entre eux est de rigueur, la douceur est a priori impossible.

Comme la violence dans un film de Sam Peckinpah, la danse est ralentie à l’extrême, jusqu’à l’immobilité totale, où seul un danseur bouge encore au ralenti. Parfois l’image bégaie, elle saute comme si des dents de la pellicule avaient cassé, le mouvement est décomposé, altéré. Le son électronique est obsédant, parfois à la limite de l’infarctus auditif, Gisèle Vienne entend emmener le spectateur à la limite de ce qu’il peut supporter. C’est une chorégraphe à part, comme ceux qui viennent d’ailleurs elle n’a cure des codes. Généralement ça rate, mais parfois de si près qu’ils inventent de l’improbable, du jamais vu, du nouveau. Plasticienne, elle crée des poupées géantes, ambiguës comme des préadolescentes qui ont mûri trop vite, des Lolita, fruit vert interdit et objet de désir coupable. Entropique, sa danse ressemble à ces poupées troublantes, étranges et inquiétantes. 

C’est radical, comme toutes ses pièces. Dans le public, nombreux sont comme sous hypnose, fascinés, transportés par la musique électronique et leurs perceptions modifiées. D’autres trouvent le temps long, mais pour Gisèle Vienne, le public vient de toute la Région, c’est un événement. Au temps maintenant éloigné du Festival “Danse à Aix”, sa Directrice et Fondatrice Ginette Escoffier répondait aux objecteurs de sa programmation “Je veux tout vous faire découvrir”. La danse est un univers sans limites en expansion, qu’on aime ou pas Gisèle Vienne, elle fait partie intégrante du paysage chorégraphique international. A découvrir nécessairement, donc.

Jean Barak

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