“Five”, Laura Arend en Avignon

25/07/17 par  |  publié dans : A la une, Danse, Festival | Tags : , , , ,

« Five » de Laura Arend, la danse franco-israélienne au féminin est au Théâtre Golovine

Israël est un étrange pays né ex nihilo des pires convulsions de l’histoire, on ne devrait donc pas s’étonner que sa danse fut à nulle autre pareille. On connait bien dans notre Grand Sud la Batsheva, comme le mouvement « Gaga » de Ohad Naharin, mais une deuxième génération émerge qui en est issu peu ou prou. Paradoxalement, la lyonnaise Laura Arend est de ceux là, elle s’expose avec « Five », une pièce totalement atypique.

Soleil de plomb

Il et elles sont tout de blanc vêtus, à l’identique, t shirt et short ample, silhouettes se mouvant au ralenti dans la quasi obscurité. Mais le mouvement se déploie et la lumière croit sans cesse, jusqu’à devenir aveuglante, comme le soleil brûlant de Palestine. Entre harmonie et convulsions on retrouve fugitivement la gestuelle de Naharin qui s’empare des corps, ils s’approchent se mêlent ou s’éloignent, l’intimité alterne avec la solitude. Mais tout se dérègle, les déplacement paraissent de plus en plus aléatoires, chaotiques, comme s’ils voulaient sortir du cadre étroit du plateau. Deux danseuses s’étreignent, l’une d’elle invite une spectatrice pour une longue accolade, les autres se bousculent pour en être aussi.

 

Désordre

La chorégraphe fait feu de tout bois, elle évolue sans complexe ni transitions du style néoclassique au contemporain ou à la danse folklorique. Deux danseurs rejoignent le public et déchirent à grand bruit des paquets de biscuits apéritifs soufflés, ils jouent à en lancer aux danseuses qui doivent les attraper avec la bouche, le public est invité à faire de même, ils sont une bande de préadolescents qui chahutent comme dans une colonie de vacance, ou plutôt des gosses de kibbutz sans leurs moniteurs, grosses godasses et chaussettes de foot, sac à dos fluo. Mais nous sommes dans un pays colonial et en guerre, la farce tourne court, c’est au son des armes à feu que la pièce change encore de nature.

 

Five

Iconoclaste

On pourrait légitimement hurler au grand n’importe quoi mais tout passe, la farce comme la tragédie, la joie de vivre comme l’angoisse. Les codes sont passés allègrement à la moulinette et c’est drôle,  mais la sincérité des protagonistes comme celle du texte subliminal emportent l’adhésion. Danseuse et chorégraphe, Laura Arend convainc.
Très jeune danseuse française formée à Lyon puis danseuse de la Kibbutz Dance Company, elle crée le « Laboratin Art Company », elle est rejointe pour cette création par quatre danseurs -et danseuses- de la Bathsheva, de Vertigo et de Kibbutz, Eli Cohen, Nitsan Margaliot, Lola Mino et Marija Slavec. C’est au théâtre Golovine, un des temples de la danse en Avignon. Nul doute qu’on les reverra bientôt dans les théâtres de la Région.

Jean Barak

 

Five

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