Meet me Halfway d’Edouard Hue

17/07/17 par  |  publié dans : A la une, Danse, Festival | Tags : , , ,

« Meet Me Half Way » d’Edouard Hue au Théâtre Golovine à 18h30

Au Théâtre Golovine, on danse.

Ce n’est pas le seul, la concurrence avec les Hivernales est rude et les subsides disproportionnées, mais le territoire de la danse est si vaste qu’il y a de la place pour tout le monde.
Edward Hue est un nouveau venu en haut de l’affiche, on dit un « artiste émergeant », ce qui est inexact : il n’est pas né avec la rosée du matin, la maîtrise de sa pièce en témoigne.

 

 

« Rencontre moi à mi chemin » est un propos ténu.
La référence au Boléro de Ravel s’impose, bien que la musique -ou plutôt le son- soit parfaitement contemporain. Il se passe quelque chose d’étrange avec la danse contemporaine : vous supportez sans déplaisir une bande son qui d’ordinaire vous aurait fait jeter votre chaîne stéréo par la fenêtre.
La danse est à l’image de ce boléro, un pur exercice scolaire de précis de composition, mais qui est devenu l’oeuvre la plus jouée au monde. Une ritournelle obsédante peu à peu monte en puissance, toujours la même, renforcée sans cesse par de nouveaux instruments. Elle finit fortissimo, en apothéose.

 

 

Deux danseurs dans l’obscurité roulent sur le sol. Il se dresse et danse seul. Elle le rejoint, ils entament un duo dans un ralenti cannabique où le temps s’arrête, dans un mouvement incessant, un pur kata d’aïkido réglé au millimètre mais dansé, fluide comme le sable dans un sablier. Peu à peu, imperceptiblement, le mouvement comme le son enflent, les forces s’affrontent et s’équilibrent. Alors, comme dans la voie de la souplesse, le judo, il faut créer le vide pour que le mouvement advienne, et il advient. Mais la force reprend ses droits et la danse devient une lutte gréco-romaine, enfin les pulsions se déchaînent et c’est une bataille de chiffonniers. Apparaît un tiers qui danse seul, puis dans l’épuisement des forces contraires un trio apaisé s’esquisse.

 

 

Avec un propos minimaliste Edouard Hue crée une pièce totalement personnelle, dans des territoires peu explorés. On pourrait croire que tout a déjà été dit cent fois, certes, mais pas par lui et pas comme ça.
Dans ce monde saturé d’informations au rythme de plus en plus effréné qui nous affole, il prend le risque de tout ralentir, à la limite des possibilités physiques et du déséquilibre. Il livre son secrêt : ne jamais être dans la tension musculaire mais toujours dans la fluidité des articulations. C’est simple : essayez d’essayer….
« Meet me Halfway » est une pièce sobre, originale, et c’est beau. Il ose et il a raison, le public présent et nombreux le confirme.

Jean Barak

Avec la belle Erine O’Reilly, Félix Heaulme qu’on a découvert chez Josette Baïz puis chez Michel Kelemenis, et le chorégraphe lui même, résident de Seinod, Scène Régionale.

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