De l’humour au Toursky

23/12/17 par  |  publié dans : A la une, Scènes, Théatre | Tags : , , , , ,

Plateau d’humour et d’anthologie au Théâtre Toursky

Tout va très bien Madame la Marquise

Tout le monde sait maintenant à Marseille et en Région que la culture n’est plus une priorité, depuis les dernières rafales électorales. L’État « ni, ni », entendez ni à gauche ni de gauche, soutient encore la culture dans les institutions officielles, les scènes nationales, mais abandonne les lieux de création et d’invention qui ne pouvaient tenir sans l’aide publique. Questionner, éveiller, alerter, chercher, instruire même, allons donc ? Distraire, oui ! Panem et circences.
Ils voulaient être libres ? Qu’ils se démerdent. On se souvient de Malraux pestant sur la sébile et les cocktails Molotov, mais il avait, lui, inventé les maisons de la Culture. D’autres les ont peu à peu fermées, en douce, comme un robinet qu’on serre peu à peu. On les a vu venir, les nouveaux, lentement, avec de belles paroles, des promesses et des mains sur le cœur, des professions de foi et des envolées lyriques. La réduction drastique des subventions et la suppression de la moitié des emplois aidés a porté un coup fatal à tous le secteur associatif, social et culturel, qui permettait -au moins- à de jeunes diplômés sur le pavé de trouver un premier emploi, dans un monde en proie au chômage de masse. Artificiel peut-être, non rentable sans doute. Si ce n’était donner sa chance. Mais quelle est la productivité de la galère et de l’avenir déprimé ?

 


La présidente du MEDEF disait innocemment, « l’amour est précaire, pourquoi l’emploi ne le serait-il pas? ». Ah, l’amour ! Faute de zinc où appuyer le coude, nous éviterons la psychanalyse de comptoir, et résisterons à la tentation Ravachol.

 

Marcel Pagnol

Marianne Sergent en Madame Loyal c’est déjà tout un programme, son récit intimiste nymphomaniaque sur un épisode tauromachique et sexuel torride dans l’Espagne des Machos fait hurler de rire le public Marseillais, qui adore la truculence. La paella et la sangria inondant au retour les rangs des spectateurs des arènes et sa robe blanche, à la vue et à l’odeur du sang, ça justifie un entracte pour s’en remettre. « Je ne savais pas que je pouvais contenir autant » s’étonne-t-elle.

 

 

Le conteur Saïdou Abatcha se laisse aller à jouer dans la cour des humoristes, les proverbes africains ne manquent pas de sel.
Avec Edmonde Franchi, habituée des scènes marseillaises et du Toursky, nous sommes dans l’univers patoisé de Marcel Pagnol et des poissonnières au grand cœur, on ne s’en lasse pas.
Louise Bourrifé n’est pas en reste, du côté de Toulon ou de Nice, quand elle campe un chasseur au quotient intellectuel d’huître, elle est désopilante dans son imitation de l’abeille qui a goûté aux pesticides de Monsanto. La ruche meurt de rire.

 


Avec l’humour gris de Smaïn on change de registre, son patron de bar arabe et raciste touche là où ça fait mal, « Je ne suis pas raciste, je m’appelle Mohamed ». On pense à Bourvil, « Je ne suis pas un imbécile puisque je suis douanier ! ». Impasse logique.
« Ça peut faire rire cinq minutes, pas toute une vie » conclue-t-il. On le suit avec grand plaisir, il est déjà passé au Toursky, on s’en souvient.

 

Même pas drôle…

Direz-vous. En effet, et ça ne va pas s’arranger. « l’humour est l’arme blanche des hommes désarmés contre l’adversité » répétait Romain Gary à qui voulait l’entendre, mais on l’entendait peu, il en a usé jusqu’à s’en user. Pour l’humoriste Mélenchon « C’est la faute aux syndicats et aux journalistes qui n’ont pas fait leur boulot». On rit.
« Je l’aimais bien, avant, un peu moins maintenant, il est brillant, très brillant, mais à quoi ça sert autant de lumière si c’est pour s’éclairer le cul » ? demande Christophe Alévèque en très grande forme, du moins en apparence, qui sort essoré de sa prestation comme un boxeur qui a tout donné, au seuil du malaise. Un grand acteur tragique, qui se déchire l’âme pour nous faire rire, avant que d’en pleurer.
Il commente l’actualité sans filets, ordonne de sortir aux spectateurs qui aiment d’Ormesson, qui se gardent bien de le faire. D’Ormesson a lui aussi raté sa sortie, Johnny lui a tout pris, avec deux millions de personnes sur les Champs-Elysées, gaullien. Il s’interroge sur un islamiste « modéré » qui s’avérerait être un porc et qui a obligé des musulmanes à en bouffer.
Il prévient : je suis sans limites, et questionne : vous vous demandez pourquoi je ne passe plus à la télévision ?
L’actualité c’est avant tout la naissance d’un bébé panda dans un zoo en France, jusqu’au moindre détail, toute la journée, à la radio et à la télévision, sur sa marraine. Les génocides attendront leur tour. Faut pas pousser.
« On va mal ! » dit Alévèque en boucle. On ne peut pas lui donner tort.

Le gouvernement Macron soutient la Culture comme la corde soutient le pendu, sa côte de popularité monte, Madame la Marquise.

Jean Barak

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