Empty Moves I, II et III, d’Angelin Preljocaj

17/10/14 par  |  publié dans : Danse, Scènes | Tags : , , ,

Preljocaj Empty Moves I II III

Nul n’est obligé de s’extasier devant « Empty Words », la performance de John Cage, ni de considérer qu’un urinoir devient une œuvre d’art, par la seule grâce de la signature du peintre Duchamp et de son installation au musée. Comme l’oeuvre d’art est inventée par son spectateur, celui qui considère que cette œuvre majeure du vingtième siècle reste une pissotière est aussi respectable que celui qui se pâme devant ce génie de la subversion.

L’insolence dadaïste face à un monde de l’art sclérosé et obtus était un énorme pied de nez, comme la toile contemporaine -un temps vénérée- d’Aliboron, peinte par la queue d’un âne. Ces canulars ont fait souffler un vent frais et généré les postures de l’art comptant pour rien, qu’on confond souvent avec contemporain. Aujourd’hui, l’artiste, c’est çui qui dit qui est, pour autant qu’il trouve son marché, voire même un public.

Performance

Il n’en reste pas moins que ce spectacle atterrant de Cage est devenu mythique, par le miracle de l’enregistrement. C’est de cette bande sonore qu’Angelin Preljocaj s’inspire pour créer trois pièces successives, réunies aujourd’hui en une seule de près de deux heures: « Empty Moves I II et III ».
C’est une performance extraordinaire des quatre danseurs (dont deux danseuses), toute en immobilité et tension musculaire, explosant en brèves libérations aériennes. Allant jusqu’au bout de leurs forces, ils se révèlent athlètes de haut niveau autant que danseurs. On retrouve les mouvements d’ensemble de grand papa, les figures et enchaînements de l’antique gymnastique obligatoire de nos parents, mais déclinés à l’infini dans une esthétique de danse contemporaine. Ce n’est pas vraiment une découverte, ceux qui avaient vu les deux premières versions les retrouvent intégralement, augmentées de la dernière partie.
Au précis de grammaire aride, le Maître d’Aix ajoute à la version III une bonne dose d’humour, agitation frénétique et grimaces à l’avenant, au delà des figures arithmétiques d’une danse très conceptuelle.

Grammaire, algèbre, géométrie dans l’espaces, c’est au bonheur des premiers de la classe, ceux qui entreront à centrale. Foin de tout propos, c’est le mouvement pour le mouvement, au détriment du sens et de l’émotion. En quelque sorte, de la recherche fondamentale: les chercheurs ont vocation à chercher, parfois ils trouvent, mais rarement.

Pourtant, comprenne qui pourra, le miracle s’accomplit. Seuls trouvent ceux qui cherchent.
Couvert de récompenses Angelin Preljocaj n’est pas un perdreau de l’année, il est au sommet de son art de chorégraphe. Érudite et savante, complexe ou sensuelle, sa danse se suffit à elle même.

Pari réussi.

 

 

 

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